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9h00- Les marcheur-ses quittent la ferme agrobio qui les a accueillis pour la soirée et la nuit ; Un grand merci à Marc et Shirine pour leur accueil du cœur et matériel. Belle illustration de la mise en pratique d’une pensée respectueuse des êtres et de la planète. Si vous passez par ce petit village de La Bastidonne, faites-le détour par leur ferme, un lieu d’agriculture lové entre valats et monts verdoyants, vous en repartirez ressourcés et galvanisés.
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La nuit pluvieuse et venteuse a laissé place à une douce luminosité toute enveloppée encore de fraîcheur. Une légère brise enveloppe les premiers pas des marcheurs pour la vie. La route est sinueuse et les bas-côtés étroits en font une difficulté supplémentaire pour qui veut montrer au grand jour les drapeaux de l’espoir.
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Pertuis dresse sa tour-clocher orgueilleuse et dominatrice sur la ville désertée. Nous sommes dimanche et très peu de monde dans les rues. Une habitante précisera : « presque tous les jours c’est ainsi ». Cette ville illustre à merveille le décalage entre un lieu touristique et de villégiature estivale perçu de l’extérieur comme une belle à cueillir, et le quotidien d’habitants plutôt soumis au chômage et au désœuvrement et en replis sur eux-mêmes. Pourtant les rares habitants croisés, souvent travailleurs saisonniers de la vigne et des champs, engageront volontiers la discussion avec les antinucléaires. « Merci pour ce que vous faites... Il en faut des gens comme vous qui osent résister... » affirme un jeune au volant de sa voiture. Un peu plus loin, un groupe de retraités au teint hâlé par le soleil de Provence et de leur pays d’origine, échange : « Nous sommes d’accord avec vous, on ne peu plus vivre sous cette menace permanente et ils nous pourrissent les fruits de la terre… » Un autre : « Excusez-nous, à notre âge et après la dure vie qu’on nous a fait mener, nous ne pouvons plus guère marcher, mais nous sommes avec vous ». Quelques mots, quelques phrases, des réalités qui se croisent, de l’humain à l’œuvre. De l’espoir aussi.
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13h30- Pause du midi sur l’esplanade située au pied de la ville dans le lit ancien d’une rivière. "Attention" : un panneau indique que le danger d’inondation perdure et que l’eau peut se montrer ici violente. Nous ne sommes qu’à une trentaine de kilomètres… du centre nucléaire de Cadarache.
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14h30 – La Marche reprend, les antinucléaires foulent de nouveau le macadam. Encore. Les voitures qui croisent les marcheur-ses klaxonnent, les conductrices ou les conducteurs lèvent le doigt – chapeau les gars et les filles – certains lèvent le poing serré. A la sortie de Pertuis un camping-cariste propose de se ravitailler en eau. Merci. Direction le village provençal de Villelaure. Nous sommes toujours en Vaucluse.
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15h30 – A l’entrée du village : voiture de gendarmerie. Surveillance, annotations. La hiérarchie réclame du renseignement. Pour les autorités le citoyen est une menace. Pire qu’un patron-voyou ou un trader qui spolie le travail et la richesse produite par les salarié-es. Mais ceux et celles qui marchent n’en ont cure. Ce sont, depuis un certain temps déjà, des résistants. Et face à eux, l’envahisseur et le monstre ne sont pas étrangers mais bien tricolores et en kaki. Avec entre leurs mains  la destruction du vivant qu’ils nomment pudiquement « nucléaire ». Le cœur du village est atteint. Un air de "1900" de Bertolucci plane sur le village.
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Rencontre avec les boulistes qui, la plupart, sur le banc ou sur le terrain, n’ont comme objectif que le « petit » et d’éviter « fanny »*. Mais l’échange a toutefois lieu. La majorité des amoureux de la boule sont plus que réservés sur le nucléaire mais, ici, le poids de l’habitude et de la seule lecture du quotidien régional - fusion du Méridionnal (droite) et du Provençal (socialiste) - a gangréné le sens de la réflexion et de l’ouverture au monde extérieur. On fanfaronne avé l’accent bien appuyé pour en rajouter « Oh ici on a peur de rien ». Le régionalisme peut être la meilleure ou la pire des situations.

17h30 – Arrivée à la halte du soir chez l’ami Raymond. Ici, après une bonne douche chaude, délicieuse, on se restaure. Les marcheur-ses se rendent alors à la salle du village ou a lieu la projection de « Grand Central » suivit d’un débat avec la population locale.
«  Grand Central » réalisé par Rebecca Zlotowski avec, notamment, les acteurs Tahar Rahim, Léa Seydoux et Olivier Gourmet. De petits boulots en petits boulots, le personnage principal est embauché dans une centrale nucléaire. Là, au plus près des réacteurs, où les doses radioactives sont les plus fortes, il tombe amoureux. L’amour interdit et les radiations le contaminent lentement et chaque jour devient une menace… On y découvre comment ces salariés intérimaires sont considérés comme de la simple chair à emmagasiner les radiations. Comment, pour un salaire de 20% supérieur au Smic ils en viennent à sacrifier leur santé et leur vie.
A l’issue de la projection, ils sont plus d'une quarantaine dans la salle à parler de radioactivité, d’atteinte à la santé, de conditions de travail épouvantables, de morts. Et d’espoir encore avec la résistance à cet oppresseur criminel. Le débat est d'autant animé qu'un "consultant" du service de communication de Cadarache est venu rabâcher le discours suranné pro-nucléaire. En contre-point un jeune de 9 ans pose des questions très pertinentes : "qu'est-ce qui se passe alors et avec la destruction nucléaire ? pourquoi faire cela si cela produit des morts et des mutilations?..." . Une bouffée d'espoir et un sens de la vie qui balaie, à la fin de la soirée, le vieux discours nucléariste.

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* petit : cochonnet ; fanny : aucun point marqué