__

En 2012 une trentaine d’inspections "risque d’incendie" ont été menées dans l’ensemble des 136 Installations Nucléaires de Base. Autant dire qu'à peine un quart des installations ont été contrôlées ! Mais déjà le constat est sans appel de l'aveu même de l'Autorité de Sûreté Nucléaire :

France-Nucleaire_carte_complete_hors-INBs.jpg- en 2011, "une centaine de départs de feu ont été recensés dans les installations nucléaires de base en France". Si tous n'ont pas donné lieu à des incendies : "plus de 40 % de ces départs de feu ont pour origine des défauts électriques" dont au moins un a donné lieu à la mise en place d’un plan d’urgence interne (PUI) - celui du transformateur électrique de la centrale du Tricastin le 2 juillet 2011- et "80 % d’entre eux ont nécessité des interventions" humaines spécialisées.

- "la situation reste nettement perfectible en ce qui concerne la gestion des charges calorifiques" c'est-à-dire de connaître la quantité totale de chaleur que peuvent dégager l'ensemble des combustibles présents dans l'espace en cause. Autant dire que les Directions envoient les pompiers et agents de sécurité dans le brouillard du risque réel.  Pas mieux pour les permis de feu et la sectorisation incendie,

- "des progrès sont nécessaires pour préciser l’attitude des intervenants face à un incendie". Ce serait la moindre des choses!  Progrès à mettre en oeuvre aussi pour "la doctrine à adopter pour l’élaboration et la mise en œuvre des « permis de feu »". Ce document administratif obligatoire qui a pour but de s'assurer que toutes les mesures de prévention sont prises lors d'un « travail par point chaud » (c’est-à-dire au cours duquel un corps métallique est porté à très haute température, ou peut générer des particules incandescentes) susceptible de provoquer un incendie,

Aveux de taille : des départs de feux fréquents et pas de respects des obligations et consignes

Premier aveux de taille sur le site internet de l'ASN : "Les départs de feu sont des événements relativement fréquents dans les installations nucléaires". Ah bon ? mais alors pourquoi ne pas en informer la population systématiquement ?

2013-05-29_Greve-salaries-Tricastin_Areva-Mafia.jpgAutre aveux : les directions des installations nucléaires ne respectent que très peu leurs obligations et consignes. Elles doivent pourtant, selon la législation, prendre en compte et en charge trois exigences : la conception des installations, la prévention des départs de feu et la lutte contre l’incendie (1).

La situation de laxisme et d'impréparation est telle qu'une nouvelle réglementation en matière de maîtrise d’incendie dans les installations nucléaires de base va venir en révision de la doctrine jusque-là appliquée depuis 14 ans (arrêté du 31 décembre 1999). En effet l'ASN semble découvrir que "le risque incendie constitue un enjeu majeur dans la prévention et le traitement des accidents pouvant affecter ces installations". Ce qui va la conduire aussi à élaborer un guide permettant (enfin) aux inspecteurs de s’assurer du respect ou non par les opérateurs des obligations de sécurité incendie. Histoire de prendre en compte, ni plus ni moins, et ce qui se passe depuis le début de la catastrophe nucléaire à Fukushima (Japon) et les recommandations internationales. Il était temps !

Mais pudeur de vierge effarouchée, pas un mot sur les rejets éventuels de matières radioactives lors de ces feux et incendies, ni des impacts sur la santé des salariés intervenants ni sur la population et les territoires. Pourtant : " Un incendie survenant dans une installation nucléaire est susceptible d'entraîner des incidents ou des situations accidentelles : arrêt automatique d’un réacteur, destruction de matériels indispensables à la sûreté de l’installation, etc... Il peut aussi conduire à la dispersion de substances dangereuses (radioactives ou chimiques) dans l'environnement" (extrait du site internet de l'ASN).

Le nucléaire français est sûr, les nucléocrates et le lobby nucléaire vous le disent et répètent...


__
(1) l’article 44-II de l’arrêté du 31 décembre 1999 stipule :
La conception des installations:  L'exploitant doit concevoir ses installations afin qu'un incendie éventuel puisse être circonscrit à un périmètre déterminé ; en outre, à l'intérieur de ce périmètre, les conséquences de l’incendie doivent être maîtrisées [7]. La conception doit de ce fait prendre en compte la « sectorisation des installations » (découpage de l'installation en zones délimitées par des parois physiques ou séparées par un espace suffisant) et la ventilation des locaux visant à assurer un confinement dynamique des matières radioactives par une mise en dépression ;
La prévention des départs de feu : Les risques d’incendie doivent être identifiés et analysés ; en particulier, un « permis de feu » doit être établi après l’analyse de ces risques et la définition des dispositions de protection à mettre en œuvre pour tous les travaux susceptibles d'être à l'origine d'un départ de feu. Par ailleurs, la nature et la quantité de matières combustibles dans les locaux doivent être maintenues par l’exploitant du site en deçà des hypothèses retenues dans la démonstration de sûreté nucléaire ;
La lutte contre l’incendie : L'exploitant doit mettre en place une organisation et des moyens pour lutter contre l’incendie et éteindre un feu dans des délais compatibles avec la résistance au feu des espaces sectorisés, ou limiter l'extension de l'incendie. Cette organisation repose sur des équipes de secours internes au site et, si nécessaire, par les sapeurs-pompiers des services publics de secours.

Dans les installations nucléaires, des équipes de première et deuxième intervention doivent être constituées de personnels qui ont une connaissance approfondie des installations et des équipements de sûreté ; ces équipes doivent recevoir une formation vis-à-vis du risque incendie adaptée à leurs missions respectives. Ce premier dispositif doit permettre une intervention avant l’arrivée des secours extérieurs, sous la direction d’un chef des secours qui appuie les équipes extérieures dès leur arrivée sur les lieux du sinistre.

L’organisation doit reposer sur la complémentarité entre :
Des équipes internes au site :  Équipes qui ont une connaissance approfondie de la configuration des locaux et sont habilitées à procéder aux manœuvres d'exploitation nécessaires (mises hors tension, isolement de circuits, contrôle de la sectorisation d’un secteur de feu, déclenchement du dispositif d'extinction fixe, etc.) ;
Les sapeurs-pompiers.
Chaque centrale nucléaire doit disposer par ailleurs d’un officier de sapeurs-pompiers professionnel qui participe à la prévention du risque d’incendie, anime des exercices et facilite les relations avec les services départementaux d'incendie et de secours.

Dans les centres du CEA, les usines d’AREVA et les centres de l’ANDRA, les Formations Locales de Sécurité (FLS), composées de personnels de l’installation spécialisés, affectés à temps plein à cette mission, doivent constituer les équipes internes de secours. Dans ce dernier cas, l’appui des services de secours publics n’est pas systématiquement sollicité.