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carte-bulgarie-et-pays-limitrophes.jpgL’unité VI de l'unique centrale nucléaire "Kozloduy" de Bulgarie, sur le bord du Danube à la frontière de la Roumanie, a subit le 29 octobre un accident dans son système de refroidissement. Son arrêt forcé en urgence s'est produit tandis qu'il venait de redémarrer après des travaux de réparation. L'autre réacteur de conception également soviétique "VVER-1000" est encore en fonctionnement. Areva/Orano est directement impliqué dans cet incident. Ayant conduit les travaux de modernisation du réacteur nucléaire VI le nucléariste tricolore se vantait en 2017 d'avoir ainsi pu faire prolonger de dix années au moins le fonctionnement de ce monstre dangereux (1).

Les autorités bulgares, comme à l'accoutumé en nucléocratie, assurent que la situation ne présente aucun risque pour la santé. Le ministre bulgare de l’Énergie, Rosen Hristov, qui a visité la centrale nucléaire mardi 1er novembre, a annoncé, dans le plus pur style d'omerta si prisé par les nucléocrates qu’« après de nombreux tests effectués, toutes les analyses indiquent qu’il s’agit d’un problème technique qui est en train d’être résolu ».  Puis, sous la pression des questions, pour préciser : " ... et tant que ce problème ne sera pas résolu, l’unité ne sera pas redémarrée".  Ce qui n'a pas empêché les autorités bulgares d'annoncer que le redémarrage aurait lieu un jour plus tard avant de le reporter au 3 novembre puis au 7 novembre à 22 heures, soit neuf jours après l’accident. Pourtant certaines sources estiment que la mise en service pourrait prendre encore plus de temps.

Si l’accident entraîne un doute sur la contamination radioactive interne et externe au réacteur, tant le pays est gangréné par les mafias, un énorme manque à gagner pour l’État est déjà acté. Avec un prix moyen de l’électricité à la bourse bulgare qui atteignait les 175 €/MWh la semaine dernière, la perte est estimée à 4,2 millions d’euros par jour.

 

Elévation des niveaux de radioactivité

2022-10-11_station-radioactivite_Roumanie-RA-Bechet.jpgUne élévation du niveau de radioactivité a été mesurée par deux stations de surveillance en Bulgarie et en Roumanie. La station de Béchet en Roumanie située au nord-est du site atomique a enregistré un niveau de radioactivité frôlant les 150 nSv/h depuis le 29 octobre voire les dépassant le 4 novembre 2022 au-delà de 160 nSv/h. La station de Hayredin en Bulgarie située au sud-est de la centrale nucléaire a mesuré un élévation radioactive depuis le 29 octobre pour voisiner les 140 nSv/h le 4 novembre 2022.

2022-10-11_station-radioactivite_Bulgarie-Hayredin.jpgOr aucun niveau de radioactivité artificielle est anodin et sans impact sur la santé ou l'environnement. En France le seuil imposé par la nucléocratie elle-même de limite d’exposition de la population est de 1 millisievert par an (mSv/an) soit 114 nanosievert par heure (nSv/h).

 

 

Presque aussi vielles qu'en France

2022-10-29_centrale-nucleaire-Bulgarie_recateur-sovietique.jpgConstruits il y a un peu plus de trente ans (en 1980 et raccordé au réseau en 1988 pour le réacteur V et en 1982  et raccordé au réseau en 1993 pour le réacteur VI ) ces deux réacteurs ont une capacité totale d’un peu plus de 2 000 MW et fournissent environ 30 % de l'électricité du pays (2). Quatre anciens réacteurs de Kozlodouy, de 440 MW, construits dans les années 1970 après une trentaine d'années de fonctionnement ont été fermés en 2002 et 2006 comme condition nécessaire pour l'entrée du pays dans l'Union européenne (pour la France l'Union Européenne n'impose pas les mêmes exigences). En compensation les autorités bulgares recevaient 210 millions d'euros prélevés sur les impôts des citoyen-nes des autres pays.

 

La Bulgarie : une mafia nucléariste

Depuis 2008, le physicien nucléaire Guéorgui Kotev, qui a travaillé dans la centrale de Kozlodouy comme expert pendant dix-sept ans, dénonce des malversations portant sur plusieurs centaines de millions d'euros, l'insécurité du site et des risques écologiques énormes.

Selon Atanas Tchobanov, fondateur du site BalkanLeaks  (3) - petit frère bulgare du site Wikileaks - le « lobby nucléaire » bulgare serait une criminalité organisée infiltrant l'État bulgare, ce qui serait selon lui confirmé par l'analyse de l'ambassadeur américain à Sofia, James Pardew, publiée dans un télégramme « confidentiel  » de 2005 et dévoilé en 2011 par BalkanLeaks

Le français Areva/Orano devenu Framatome/EDF est l'un des fournisseurs en produits de fission atomique de la Bulgarie tout comme l’états-unien Westinghouse (devenue filiale de Toshiba). En 2007 EDF s'était porté candidat au rachat de la centrale nucléaire à hauteur d’une participation allant jusqu’à 49 % (4). Récemment, Sofia a annoncé l'ouverture d'un marché public réservé uniquement aux fournisseurs occidentaux (5) et de préférence aux USA alors que le russe Rosatom en était le fournisseur historique. En juillet 2014, Westinghouse avait déjà négocié un contrat d’au moins 500 milliards de yens (3,6 milliards d’euros) pour la construction d'un nouveau réacteur atomique dont la mise en service était prévue en 2025.

Parallèlement la Bulgarie est une active productrice de munitions pour l'armée ukrainienne (6), l’industrie bulgare de l’armement ayant toujours su tirer profit des conflits de la région.

 

Une suite d'accidents nucléaires en Bulgarie

Le 4 mars 1977, au moment du tremblement de terre de Vrancea en Roumanie (qui fait 1 500 victimes) la centrale est arrêtée manuellement. En septembre 2001, les autorités bulgares reconnaissent pour la première fois, un incident nucléaire à la centrale de Kozlodouy et une « tendance inquiétante à la dégradation de la sécurité » et la Roumanie demande l'accès de ses experts à la centrale. Le 10 juillet 2002, des fumées sont détectées dans la gaine d'isolation d'une conduite de la tranche 2. La panne, « qui ne trouve pas son origine dans un incendie », est détectée dans la salle des machines du réacteur. Comme à l'accoutumée la direction de la centrale nucléaire indique que "la sécurité n'a pas été affectée".

2022-10-29_centrale-nucleaire-Bulgarie_vue-ensemble.jpgLe 17 juillet 2002, une tempête met hors-service l'une des six tranches de la centrale nucléaire. La direction de la centrale précise qu'il n'y a pas eu de fuites radioactives. En mars 2006, la tranche 5 à 1000 MW est arrêtée après une panne de la chaîne électrique, sans provoquer officiellement de fuite radioactive. La panne est classée au niveau 1 sur l'échelle internationale des incidents nucléaires (Échelle INES). Mais selon l'expert Gueorgui Kastchiev, « il y a eu un blocage massif des systèmes de protection sans précédent de l'histoire mondiale de l'énergie atomique », ce qui correspond selon lui à « un incident des 2e ou 3e niveau » sur l'INES. Selon le directeur de la centrale, « vingt-deux des 62 dispositifs de protection (de la centrale) ne fonctionnaient pas » au moment de la panne mais sans qu'« il y ait de danger d'explosion ». Chacun-e appréciera la maîtrise... de langage.

Fin avril 2011, une hausse du niveau de radioactivité est enregistrée dans l'enceinte de confinement dans le circuit primaire du réacteur numéro 5 lors d'une maintenance. Une hausse du niveau de gaz radioactif xénon (Xe 133) est constatée lors de travaux dans le circuit primaire du réacteur 5 alors que la centrale est apparemment à l'arrêt. Le personnel est évacué mais a cependant été exposé à des radiations de moins de 0,05 mSv (millisieverts) soit un dixième de la dose annuelle autorisée (0,5 mSv). L'incident a été classé sur l'échelle Ines au niveau 0. Le niveau de radioactivité est revenu à la normal le 26 avril vers 6 heures du matin.

Le 26 mai 2012, le réacteur n°6 est mis à l'arrêt, à la suite de l'activation automatique d'un système de protection de son générateur.

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(1) https://www.sa.areva.com/FR/groupe-1401/la-bulgarie-choix-du-nucleaire-pour-l-independance-energetique.html
(2) la Bulgarie est le troisième exportateur net d'électricité de l’Union européenne (2021) essentielles pour soutenir les systèmes énergétiques des pays voisins.
(3) https://www.facebook.com/balkanleaks
(4) https://www.enerzine.com/edf-en-lice-pour-le-rachat-dune-centrale-nucleaire/3651-2007-06
(5) https://www.sfen.org/rgn/bulgarie-washington-sofia-rapprochent
(6) https://www.euractiv.fr/section/politique/news/la-bulgarie-une-tres-secrete-productrice-de-munitions-a-lukraine/