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Le 13 septembre 2022, alors que le réacteur nucléaire n°3 de la centrale atomique de Cruas-Meysse (Ardèche) est à l’arrêt programmé pour une visite partielle de contrôle, les équipes qui procèdent à un essai de fonctionnement sur le système de contrôle volumétrique et chimique découvrent une véritable calamité : une inversion de câblage sur des relais électriques de commande de fin de chaînes qui permettent d’envoyer des ordres pour manœuvrer les matériels tel le fonctionnement de certaines vannes cruciales au réacteur atomique.

reacteur-nucleaire_arret-de-tranche.jpgLe 14 septembre une vérification de l’ensemble des relais de commande de fin de chaînes est réalisée et une inversion de câblage apparaît sur d’autres relais. C'est le bordel. Et cette plaisanterie sinistre s'avère finalement remonter au mois d’août précédent lorsque le remplacement de ces derniers a été effectué. Parmi les relais impactés, plusieurs touchent un groupe électrogène diesel de secours (voie B) qui sert à alimenter les circuits les plus cruciaux du réacteur nucléaire n°3 en cas d'incident ou de panne de courant. D'autant plus risqué que l’autre moteur diesel ( voie électrique A) de ce réacteur est déjà mis hors-service. Une situation qui met à mal la sûreté des installations nucléaires et la sécurité des populations locales et de l'environnement.

Dans cette situation les spécifications techniques d’exploitation (STE) imposent que l'indisponibilité des matériels concernés soit réparée sous huit heures. Mais il a fallu plusieurs semaines avant que EDF ne se rendent compte du sérieux problème en cours et effectue les réparations indispensables terminées que le 17 septembre 2022. Soit cinquante-cinq heures après la découverte de l’indisponibilité. Bien loin des délais réglementaires impartis. Et ce n'est que le 21 septembre 2022 que la direction de la centrale EDF de Cruas-Meysse s'est finalement fendue d'une déclaration de ces "incidents significatif pour la sûreté" de niveau 1 sur l’échelle INES qui en compte 7 à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Le temps nécessaire sans aucun doute pour constater également que les câblages des relais de commande des réacteurs n°1 et n°4 qui avaient été réalisés précédemment s'avéraient aussi peu fiables et touchés par les mêmes erreurs d'inversion. Alors ce n'est que le 5 octobre que l'ASN a pu communiquer sur l'incident nucléaire (1). Dormez en paix braves gens on veille sur votre mort.

Crusa_Sous-traitance-securite-sante.jpgEvidemment l’industriel nucléariste ne donne aucun détail sur les autres systèmes concernés, pas plus qu’il n’avance d’explication sur ces erreurs de raccordements (2). Ce qui illustre la piètre qualité des interventions de maintenance réalisées, un doute sur la fréquence des vérifications du bon fonctionnement des équipements tout comme sur la surveillance globale des installations. Il est vrai que ces interventions sont souvent sous-traitées au mieux offrant extérieur.

Rappelons que déjà le 8 juin 2022, EDF avait déclaré à l’ASN un événement significatif pour la sûreté du réacteur atomique n°3. Une déclaration quelque peu forcée car l'incident qui touche au non-respect des règles d'exploitation (STE) suite de la dérive d’un capteur de température intervenant dans une chaîne du "Système de protection du réacteur" (RPR) remontait à l'année 2021 (voir notre article du 8 août 2022 "Cruas-Meysse : la protection et la sécurité du réacteur n° 3 mises à mal alors que le réacteur redémarrait").
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(1) https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/detection-tardive-de-l-indisponibilite-du-groupe-electrogene-de-secours-a-moteur-diesel
(2) Cette inversion a aussi pour conséquence un vieillissement prématuré des relais.