__

Au stade vélodrome à Marseille une partie des supporters a tendance à s'emballer tel un vulgaire réacteur nucléaire français. Les jurons fusent en exprimant clairement à celui en charge de contrôler la bonne tenue du match un terrible "l'arbitre on t'enc..." Eh bien chez EDF, à la centrale atomique de Cruas-Meysse (et dans les autres aussi) il en est de même vis à vis de l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Exemple par l'incident du 21 juillet 2021 sur le réacteur nucléaire n°3.

Retour vers le futur

Le 8 juin 2022, EDF a déclaré à l’ASN un événement significatif pour la sûreté du réacteur atomique n°3. Une déclaration quelque peu forcée car l'incident qui touche au non-respect de la conduite à tenir prescrite par les règles d'exploitation (STE), à la suite de la dérive d’un capteur de température intervenant dans une chaîne du "Système de protection du réacteur" (RPR) remonte à l'année précédente. En effet...

Cruas-Meysse_CAN84_marche-antinucleaire-pour-la-vie.JPGLe 21 juillet 2021, alors que le réacteur 3 était en cours de redémarrage, un essai montre une dérive de l’information transmise par un composant intervenant dans la mesure de température de la chaîne du "Système de protection du réacteur" (RPR). Or ce système RPR a pour principales fonctions la détection de situations anormales, l'arrêt automatique du réacteur et le déclenchement des systèmes de sauvegarde appropriés en situation accidentelle. La détection est indétectée. Quelque peu risqué car en cas d'indisponibilité de cette chaîne, la seule conduite à tenir c'est l'arrêt sous 24 heures (repli) du réacteur si le réglage du composant défectueux n’est pas réalisé dans ce même délai.

Tranquilou EDF a effectué une analyse de ce qui s'était passé ce jour là et, balayant d'un revers de la main la situation réelle, a conclu que le système RPR devait être malgré tout disponible car la mauvaise transmission d'information était une forme de "conservation" par rapport à la valeur mesurée par le capteur de température. Le réglage du composant de la chaîne RPR n’a donc été réalisé que 5 jours plus tard le 25 juillet 2021. Et motus et bouche cousu.

Manque de peau, 9 mois plus tard, le 5 avril 2022, lors d'une inspection (1) portant sur le bilan des essais, l’ASN a interrogé EDF sur la gestion de cet évènement et l'analyse réalisée a posteriori par la filière indépendante de sûreté du site a montré que le réglage du capteur aurait dû être bel et bien réalisé sous 24 heures ou alors que le repli/arrêt du réacteur aurait dû être engagé selon les prescriptions règlementaires (STE). EDF reprend vis à vis de l'ASN le slogan des supporters de l'OM.

Ce nouvel incident a été classé sur l’échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques au niveau 1.

__
(1)
référence INSSN-LYO-2022-0480