__

Déjà condamné pour des faits similaires en 2020, le géant industriel français Orano fait l'objet d'une deuxième condamnation (1) pour sa campagne de recrutement « Surprenez-vous, rejoignez-nous » diffusée en novembre 2021. En cause, sa publicité sur le prétendu « recyclage » des déchets radioactifs, accusée d'être « de nature à induire en erreur le public ».

L'industriel se targue en effet de recycler 96 % du combustible usagé. C'est faux puisque seulement 1 % du combustible usé est réellement réutilisé !

Actuellement 34 000 tonnes d'uranium de retraitement (URT) sont entreposées en Drôme/Vaucluse sur le site du Tricastin (Pierrelatte) sans aucun débouché. Et contrairement à ce que voudrait faire croire la publicité d'Orano: l'uranium de retraitement (URT) n'est pas recyclé en France mais en partie expédié en Sibérie ! C'est là seulement que cet URT peut être enrichi pour être réutilisé. En effet pour faire face à l'accumulation d'URT (plus de 1000 tonnes par an) Orano a signé en 2020 un contrat avec le géant russe Rosatom. Une partie de l'uranium de retraitement est ainsi envoyé en Sibérie, dans l'usine de Seversk.

2020_publicite_Orano-Areva_Faux-et-mensonges.jpgCe nouveau jugement écorne le mythe de la France « championne du recyclage », en mettant en évidence les liens d'Orano avec l'étranger, en l'occurrence, la Russie, pour faire sous-traiter ses déchets radioactifs ; une énorme épine dans le pied du lobby nucléaire.

Il y a donc un décalage flagrant entre la publicité d'Orano incitant les jeunes à postuler dans une filière « propre et vertueuse » et la réalité de la matière radioactive qui termine entassée en France sans projet crédible de réutilisation ou bien expédiée en Russie. D'ailleurs le traitement de ces déchets radioactifs reconvertis et le stockage final soulèvent de grandes inquiétudes tant pour l'environnement que pour la santé et la sécurité des travailleur.e.s en France comme à l'étranger.

Dans son délibéré, le JDP « constate qu'Orano ne dispose pas, à l'heure actuelle, des moyens techniques de réutiliser les URT, selon les indications qu'elle a elle-même fournies en séance et qui sont confirmées par son site internet (lequel indique que « il ne dispose pas des équipements pour assurer la phase préliminaire de conversion »). De fait, seuls des opérateurs étrangers, en particulier russes, sont en capacité de procéder à ces opérations d'amont nécessaires au recyclage  ». Le jugement précise : "alors que la sensibilité du sujet appelle une particulière rigueur dans l’expression, le Jury est d’avis que cette seconde publicité présente de façon tendancieuse l’état et les perspectives de l’activité de recyclage des sous-produits de la combustion nucléaire et qu’elle est donc de nature à induire en erreur le public. Elle est, par suite, contraire aux règles déontologiques précitées."

Orano n'a d'ailleurs manifesté aucune intention de suspendre son contrat malgré le conflit guerrier en Ukraine. Les sanctions occidentales prisent par les USA et l'OTAN touchant le pétrole et le gaz russe protègent étonnamment  le nucléaire. Les relations toxiques d'Orano et de la filière nucléaire française mettent à mal l'idée selon laquelle le nucléaire permettrait l'indépendance de la France et serait une force.

Avec sa nouvelle publicité étalée dans les médias Orano voulait faire croire que les déchets nucléaires n'étaient plus un problème. Son mensonge est éventé d'autant que les déchets radioactifs mortels issus du fonctionnement régulier des centrales nucléaires sont l'un des problèmes majeurs et insolubles que pose toute la filière nucléaire à l'humanité. Et ce pour des millénaires.

__
(1) condamnation par le Jury de Déontologie de la Publicité. Arguments et Jugement ici :

0_logo_pdf.png