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Depuis le 7 février 2012 un arrêté officiel(1) impose que « Les activités importantes pour la protection et leurs contrôles techniques, les actions de vérification et d'évaluation sont réalisés par des personnes ayant les compétences et qualifications nécessaires". Et c'est de la responsabilité de l'employeur - en l'occurrence Orano-Areva-  de former ses personnels pour au moins maintenir les compétences et les qualifications et, pour le moins, s'assurer que les sous-traitants extérieurs en font de même. C'est la moindre des choses tant pour la sécurité des travailleurs que pour la protection  de l'environnement sur site ou lors des transports et que pour les populations riveraines.

Pas de formation à la prévention des risques, à la sécurité, à la santé et à la salubrité publiques ni à la protection de la nature et de l'environnement

Prise en défaut une première fois, Orano-Areva avait été sommée le 23 mars 2017 par une décision de l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) de se mettre en conformité dans les meilleurs délais. L'exploitant nucléariste s'y était engagé. En premier lieu en rédigeant et mettant à jour les modes opératoires de conditionnement de déchets pour y intégrer la notion de contrôle technique de vérification systématique des colis (de déchets) finis. C'est le moins que l'on puisse attendre dans ce secteur d'activités à très haut risque. Le déchets radioactif n'est pas un carré de chocolat à déguster lentement.

2022_fut-dechets-radioactifs_radioactive.jpg4 ans plus tard, le 19 janvier 2021, terrible constat : les engagements pris sont comme un vieux chewing-gum sous la semelle, sur le coup ça colle mais après on s'en débarrasse. Ainsi le nouveau salarié fraichement arrivé et en charge de la vérification systématique des colis de déchets radioactifs n’a pas été formé au fameux arrêté définissant les actions qu'il doit effectuer principalement lors des activités importantes pour la protection des intérêts protégés (AIP)  ou la prévention des risques et des inconvénients (EIP) :  telles - une paille ! - la sécurité, la santé et la salubrité publiques, ou encore la protection de la nature et de l'environnement.

Nul doute que Areva-Orano va énoncer encore une fois auprès de l'ASN quelques engagements de respects des prescriptions puis passer à autre chose en attendant un prochain contrôle d'ici quelques années. Comme en politique les engagements n'engagent que ceux qui y croient. Et l'ASN accompagne.

L’entreposage de déchets et les indications obligatoires sur les fûts et emballages ont s'en bat les c...

Dans le même dilettantisme et j'men-foutisme que pour la formation, gérer correctement les zones d’entreposage des fûts de déchets radioactifs semble au-dessus de l'entendement d'Orano-Areva (3).

Déjà l'an dernier, les 26 et 27 avril 2021, la « gestion des déchets » d'Orano-Areva au Tricastin avait été épinglée (2) principalement pour son manque de vérification du placement des colis de déchets radioactifs aux bons endroits telles ces zones d’entreposage 14E (référencée 14EU6B04683) et 35E (référencée 35EU6B04733) où n'importe quoi y était placé. Orano-Areva s’était alors engagé auprès de l'ASN à mettre à jour ses fiches d’entreposage pour préciser l’ensemble des types de colis de déchets autorisés ou non à tel ou tel endroits.

140496474Huit mois plus tard dans la zone d’entreposage 35E qui ne doit accueillir que des emballages non combustibles, cette indication ne figure toujours pas sur la fiche affichée au niveau de la zone (coche manquante). Résultat : un colis non conforme aux règles d’entreposage contenant des tuyauteries PVC combustibles dans une caisse en plastique combustible y séjourne depuis le 9 mars 2021. Deux autres dont on ne sait depuis combien de temps ils sont là ont vécu le même sort. A quoi servent donc les rondes trimestrielles de vérification du respect des règles d’entreposage sur la zone ? Ces 3 colis inflammables ont été déplacés en urgence dans un entreposage voisin car les inspecteurs de l'ASN pointaient le bout du nez.

Toujours aussi grave, voir plus, ce qui se passe dans la zone d’entreposage 14E où sont stockés des déchets dont la teneur isotopique en uranium 235 est supérieure à 1% et l’activité massique supérieure à 100 Bq/g et pour lesquels une limite de masse à 15 kg ne doit absolument pas être dépassée. Pourtant là, à l’est de la zone, une file de colis est stockées sans que soit respectée la zone de séparation obligatoire de 1,5 mètre des autres files de déchets radioactifs. Ni même matérialisée au sol pour se repérer. Résultat la longue files des containers zigzague allègrement tantôt se rapprochant dangereusement des autres déchets radioactifs stockés. Cerise sur le gâteau (atomique) : le plan affiché au niveau de l’entreposage qui indique la zone de séparation obligatoire inverse l'orientation de la file par rapport au Nord de la zone d’entreposage. Le nucléaire c'est de la haute précision et de la rigueur.

Et ce n'est pas fini (4). Des sacs de déchets non étiquetés, parfois déposés hors des points de collecte (figurant pourtant dans le document référentiel d’exploitation) se retrouvent de ci de là. Par exemple au niveau de l’atelier de traitement "au trempé". Là des sacs fermés sans aucune identification sont entassés à proximité de la tenue ventilée utilisée dans la zone où les pièces sont rincées au nettoyeur à eau à haute pression. Ce seraient des déchets de nettoyage des rétentions de l’atelier balancés là depuis l’été 2021. Un peu plus loin, dans la zone d’entreposage temporaire de déchets du chantier de dépose des stockeurs ( zone 53B) trois caisses en plastiques de déchets se retrouvent sur une zone bancale, ni plane ni imperméabilisé et foutu de travers partiellement sur l’herbe. L’une d'elle est même au-dessus d’une fosse dont la trappe d’accès est partiellement ouverte.

Pourtant, après l’inspection de l'an dernier (26 et 27 avril 2021) Orano-Areva s’était engagé à ce que son système de gestion des déchets soit clair et que toutes les opérations de suivi et de contrôle terrain soient bien standardisées et nommées avec des personnels identifiées dans les organigrammes. Parole, parole, parole. Ainsi l’INB 138 échappe à la règle et aux engagements à tel point que Orano-Areva en vient à sous-traiter à présent sa mise en place et la réalisation d’un cahier des charges. Dans quels délais? mystère et boule de gomme!

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(1) article 2.5.5 de l’arrêté
(2) lettre de suivi de l'ASN INSSN-LYO-2022-0401
(3 )Pourtant selon l’article 6.3 de l’arrêté du 7 février 2012 l’exploitant doit définir la liste et les caractéristiques des zones d’entreposage des déchets produits dans son installation. Ainsi de la durée d’entreposage selon le type de déchets, leur nature et caractéristiques.
(4) L'article 6.2 de l’arrêté du 7 février 2012 dispose que « l’exploitant est tenu de caractériser les déchets produits dans son installation, d’emballer ou de conditionner les déchets dangereux et ceux provenant de zones à production possible de déchets nucléaires, et d’apposer un étiquetage approprié sur les emballages ou les contenants ».