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Le 23 novembre 2021 dernier, EDF a avoué auprès de l’ASN que depuis 2019 une sonde de température (thermocouple) défaillante et donc pas en état de jouer son rôle de mesure et de prévention du risque sur le réacteur atomique n°2 de Cruas-Meysse était affecté par erreur à la surveillance du déséquilibre de la puissance neutronique du cœur du réacteur. Ainsi depuis plus de deux ans les données surveillées par l'instrumentation externe de mesure (système RPN) étaient donc erronées et ne pouvaient pas permettre la surveillance du déséquilibre de la puissance neutronique du cœur, d'anticiper et de réguler un emballement potentiel de la fission nucléaire. Il s'agit là d'un événement significatif pour la sûreté.

2018-08-08_Cruas-Meysse.jpgCette erreur d’affectation dans le système de traitement d’information (KIT) du réacteur n°2 est la conséquence de précédentes défaillances de certains thermocouples qui avaient conduit à un bricolage : des permutations avec les thermocouples adjacents, certes permises par les spécifications techniques d’exploitation (STE), mais qui ont perduré jusqu'à l’arrêt ponctuel du réacteur n°2 qui a eu lieu entre septembre et octobre en 2021.

L’exploitant a donc utilisé, en remplacement du système de surveillance externe, le réseau des thermocouples pour surveiller la puissance nucléaire du cœur, en s’appuyant sur un thermocouple indisponible. La disponibilité du système de mesure de puissance nucléaire n’était donc pas complète. Ainsi durant tout le fonctionnement du réacteur n°2 entre 2019 et 2021, et alors que des arrêts pour rechargements de "combustible" et réparations se sont déroulés et auraient pu permettre de mettre un terme à la défaillance, le système externe de mesure de la puissance nucléaire a été indisponible à trois reprises durant plus de huit heures.

Or en cas d’accident, certains de ces thermocouples sont utilisés pour mesurer le niveau d’eau dans la cuve ainsi que les risques d’ébullition du circuit primaire et de "dénoyage" du cœur du réacteur atomique.

Dans les réacteurs à eau sous pression (REP) exploités par EDF tels à Cruas-Meysse (Ardèche) , la puissance nucléaire du cœur est surveillée par une instrumentation externe de mesure (système RPN) constituée de quatre capteurs de mesure situés le long de la cuve du réacteur. Il permet de connaître en continu le niveau et la distribution de puissance le long des assemblages (crayons) des produits de fission atomique (faussement nommé "combustible").  Une série de sondes de températures, appelées thermocouples, situées dans le cœur du réacteur complète le dispositif et permettent de mesurer, via un calculateur d’instrumentation du réacteur (KIT), la répartition de la puissance dans le cœur, notamment en cas d’indisponibilité du système RPN.

Cet événement significatif pour la sûreté a été classé par l’ASN au niveau 1 de l’échelle INES.