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( source originelle : https://www.blast-info.fr/articles/2021/edf-la-machine-a-broyer-edf-tient-les-syndicats-entre-ses-mains-VGWOUc41RgOoiPVRXI8uzg )

EDF, la machine à broyer : « EDF tient les syndicats entre ses mains » (extraits)

Numéro 2 de Force ouvrière à EDF, Rémy Casabielhe est l’un des principaux négociateurs des accords ces dernières années au sein de l’entreprise. Dans l’entretien qu’il accorde à Blast, après les premiers volets de notre enquête, le délégué syndical dénonce sans détours l’inaction de la direction mais aussi des syndicats face aux problèmes d’harcèlement, de discriminations et de suicides. Et met en cause les accords conclus depuis une vingtaine d’années, responsables de ce phénomène. Des propos qui détonnent et lèvent le voile sur une complicité qui ne dit pas son nom.
Rémy Casabielhe, délégué central adjoint FO, met les pieds dans le plat.
DR

Le combat syndical, Rémy Casabielhe connaît. Entré à EDF en 1981, ce juriste de formation réputé pour sa ténacité est d’abord passé par la CGT, puis la CFE-CGC, avant de rejoindre les rangs de FO. Délégué syndical au siège social parisien et adjoint du délégué central pour la société-mère, il est l’un des principaux négociateurs des accords sociaux chez l’électricien. A EDF, sa voix porte. Mais le voilà aujourd’hui arrivé à un constat : celui de son impuissance à faire reconnaître et prendre en compte par les syndicats et l’entreprise la réalité du management pathogène en vigueur dans le groupe, depuis une vingtaine d’années. Un véritable déni qui s’explique, selon lui, par la dépendance des grandes organisations représentatives du personnel vis-à-vis de la direction.

Dans cet entretien qui risque de faire parler, il détaille notamment comment la direction d’EDF est même devenue... l’évaluatrice des dirigeants syndicaux.

Blast : Vous avez un long parcours à EDF. Vous êtes délégué central FO depuis 2018, vous avez été notamment conseiller prud’homal, avez siégé et participé à des nombreuses instances, mené de nombreuses batailles. Vous êtes ce qu’on peut appeler « un dur », en matière syndicale. Avant FO, vous avez milité au sein d’autres organisations...

EDF-RESULTS/Rémy Casabielhe : J’ai eu des mandats locaux dès 1985 sous l’étiquette CGT, au niveau de mon établissement, jusqu’en 2007. Après avoir dû abandonner mon second mandat de conseiller prud’hommal en cours, pour venir travailler à Paris et intégrer le siège d’EDF, je n’ai pas adhéré à la CGT du siège car ses membres étaient totalement inféodés à la direction, et très dogmatiques. Ce que je n’avais pas connu, auparavant. J’ai donc rejoint la CFE-CGC, elle était très puissante au siège et elle avait à l’époque l’image d’un syndicat très combattif, tant collectivement qu’individuellement. Je suis alors devenu secrétaire du comité d’entreprise et du comité d’hygiène et sécurité du travail (CHSCT) du siège, mandat que j’ai laissé à une de mes camarades, puis j’ai été nommé président du syndicat des fonctions centrales. A ce titre, j’ai participé à des travaux de la fédération sur le thème du syndicalisme et du management, j’ai apporté des idées mais je me suis rendu compte que ça ne plaisait pas vraiment.

Blast : Ca ne plaisait pas… C’est-à-dire ?

Rémy Casabielhe : Le problème est apparu au grand jour quand on a commencé avec ma collègue du CHSCT à épingler des directeurs du comité exécutif (le Comex), sur des dossiers de réorganisation. On a essayé de nous imposer comme réorganisation locale une restructuration internationale du pôle Europe du sud, avec le transfert d’activités et de salariés de Paris à Milan… Comme ce directeur refusait de nous communiquer les documents que nous demandions, on a finalement saisi la justice, en référé. Normalement, le comité central d’entreprise aurait dû être saisi mais la CGT, qui était majoritaire, refusait la saisine. Je les ai forcés mais j’ai bien vu qu’il y avait certainement une tractation en cours entre la CGT et le Comex. Ensuite, on a eu à gérer la transformation des bureaux en open space. On a imposé des expertises payées par l’employeur. La CGT s’opposait à tout ce que nous demandions et puis j’ai senti que la CFC-CGC commençait à être gênée, car la DRH faisait pression sur la fédération. J’ai quitté ce syndicat quand le secrétaire fédéral a voulu tout reprendre en main et nous a demandé, à ma collègue et à moi, de nous calmer. Avec ma collègue, comme nous étions également délégués du personnel, on s’est installé avec nos dossiers dans le local des délégués du personnel et on a démissionné de la CFE-CGC.

Blast : C’est là que vous rejoignez Force ouvrière ?

Rémy Casabielhe : On est resté des mois dans cette situation, tous les autres syndicats sont venus nous voir pour essayer de nous convaincre d’adhérer chez eux. FO nous a proposé de les rejoindre. Ce syndicat n’était pas représentatif au siège, on a contribué à ce qu’il le devienne. A FO, mon délégué syndical central m’a confié la plupart des négociations collectives. Mais je me suis vite rendu compte que tout ce je préparais pour les négociations ne servait pas à grand-chose : la fédération se mettait d’accord en direct avec le DRH d’EDF et ce n’était jamais dans le bon sens. En fait, tout est systématiquement faussé.

Ils ont peur de tout perdre

Blast : C’est assez sidérant, ce que vous décrivez !

Rémy Casabielhe : Les quatre syndicats représentatifs, CGT, CFDT, FO et CFE-CGE, fonctionnent de la même façon. A la base, ils sont tous liés par les accords sociaux qui prévoient des moyens beaucoup plus favorables que le droit commun, et ils ont peur de tout perdre, lors de prochaines renégociations. Le nœud, ce sont donc les accords sur le dialogue social...

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