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Ce 24 août, alors que deux travailleurs vérifiaient l’étanchéité des tuyauterie d’air et vannes d'alimentation d’air non radioactif des robinets pneumatiques (1) dans le bâtiment du réacteur nucléaire n°2 de la centrale de Cruas (Ardèche,) l'un d'eux a reçu une particule radioactive sur la nuque. C'est lors de son passage au portique de détection de sortie de zone contrôlé que sa contamination supérieure à la limite réglementaire annuelle fixée pour chaque centimètre carré de peau a été détectée (2). En une seule intervention ce travailleur a reçu plus de rayons ionisants que la limite maximale autorisée sur toute une année. Ce n'est que le 4 septembre que l'ASN a rendu public la contamination (3).

Centrale Nucléaire de Cruas-Meysse extension ICPE  et SRAM Réacteur n°4 le 09 11 2019 0 04H28EDF qui n'est pas en mesure d'identifier l'origine exacte de la contamination a tenté dans un communiqué de minimiser la situation (« sans conséquence pour la santé du salarié, le salarié concerné n’a pas été arrêté et poursuit son activité à la centrale ») que l'Autorité de sûreté nucléaire a pourtant classé au niveau 2 sur 7 sur l’échelle internationale de gravité des événements nucléaires (échelle INES). Comme pour se dédouaner (et masquer d'autres problèmes?) EDF pense que la particule était présente dès l’entrée de l’intervenant dans le bâtiment réacteur.

Si la particule radioactive fixée sur le corps a pu être retirée dans l'affolement, ce travailleur ne pourra pas revenir en zone nucléaire avant un an et devra être suivi médicalement par la médecine du travail en plus du suivi classique des personnes intervenant en zone contrôlée. Seul les semaines et années à venir diront le niveau d'altération de sa santé.

Plusieurs cas de contamination radioactive de travailleurs surviennent chaque année en France dans les centrales atomiques de EDF. L'incident de contamination de Cruas est le quatrième depuis fin juillet, les précédents ont eu lieu à Cattenom (Moselle), Fessenheim (Haut-Rhin) et Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher).

Bis-repetita

L'Autorité de sûreté nucléaire qui a mené une inspection sur le site du réacteur n°2 que le le 31 août 2021, soit 4 jours après, réacteur qui est en arrêt programmé pour maintenance depuis le mois de juillet, précise que  « Malgré les investigations menées sur le parcours suivi par l’intervenant, les zones ou les points de contamination qui ont pu être à l’origine de cette contamination n’ont pas pu être déterminés ». Elle demande à EDF de lui fournir un rapport d’analyse avec propositions de correction du problème ... sous deux mois.

Mais c'est le deuxième avertissement de l’année adressé par l’ASN à la centrale de Cruas-Meysse qui demande à EDF d’accentuer ses efforts de sécurité radiologique et de mieux veiller à la propreté radiologique des installations. Et la situation ne date pas d'hier puisque déjà en 2011 les antinucléaires du CAN84 manifestaient devant la centrale nucléaire et en 2017 plusieurs militants de Greenpeace s’y étaient introduits pour “pointer du doigt les failles de sécurité” de certaines zones des centrales EDF. Les militants lanceurs d'alerte avaient écopé de 4 mois de prison de sursis et d’amendes de 500 euros.

Cruas-Meysse_CAN84_marche-antinucleaire-pour-la-vie.JPGDes installations nucléaires à mettre d'urgence hors d'état de nuire

Rappelons que le 19 juillet 2021 Cruas n'était pas passé loin de la catastrophe : le circuit d’injection de sécurité à basse pression du réacteur nucléaire n°2 était resté inopérant pendant plus de 24h sans que personne ne s'en aperçoive. Or, en cas d’accident causant une brèche au niveau du circuit primaire du réacteur, ce circuit d’injection de sécurité (RIS) permet d’introduire de l’eau borée sous pression dans celui-ci afin d’étouffer la réaction nucléaire et d’assurer le refroidissement du cœur. Un évènement significatif pour la sûreté classé par l'ASN au niveau 1 (précurseur) sur l'échelle INES.

Et le 12 août 2021 un autre événement significatif pour la sûreté -  l’indisponibilité d’un des deux groupes électrogènes à moteur diesel de secours - frappait cette fois-ci le réacteur atomique °4 de Cruas (4). Nul doute que ce réacteur n'a pas fini de faire parler de lui. Et il vaudrait mieux le mettre en arrêt définitif avant qu'il ne soit trop tard.

Le 28 juin 2021 un autre événement significatif - l’indisponibilité d’une voie du circuit d’injection de sécurité haute pression - frappait le réacteur n° 1. Menace détectée tardivement par EDF (5).

Le 21 février 2021 s'étaient les grappes de contrôle de la réaction nucléaire du réacteur n°1 qui ne se trouvaient pas en bonne position de sécurité, un évènement significatif de non-respect des prescriptions a position des grappes de contrôle du réacteur 1 de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse, lors de sa mise à l’arrêt pour maintenance et rechargement partiel en combustible. Grappes sensées permettre de disposer d’une marge plus importante pour arrêter la réaction nucléaire. Il avait fallu plus de 1h30 pour que le franchissement des valeurs de pression et de température à partir duquel ce groupe de grappes d’arrêt aurait dû être en position extraite soit détecté et corrigé (6).

Le jeudi 5 août 2021, à 12h20, le réacteur nucléaire n°1, reconnecté au réseau électrique le mardi 27 juillet à 20h40 après son arrêt depuis le 20 février, s’arrêtait brutalement en urgence (Scram). L’origine exacte de l’incident, toujours pas connue (7).

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(1) Cette activité consiste à pulvériser un aérosol permettant de détecter une éventuelle fuite sur les liaisons de ces robinets avec le circuit d’air comprimé de régulation (SAR)

(2) les limites réglementaires annuelles maximales de doses de radioactivité "acceptables" pour les travailleurs du nucléaire sont fixées en France pour douze mois consécutifs à 20 millisieverts pour le corps entier et à 500 millisieverts pour une surface de 1 cm2 de peau

(3) https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Contamination-externe-d-un-intervenant-conduisant-au-depassement-de-la-limite-annuelle

(4) https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Detection-tardive-de-l-indisponibilite-d-un-groupe-electrogene-de-secours-a-moteur-diesel3

(5) https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Detection-tardive-de-l-indisponibilite-d-une-voie-du-circuit-d-injection-de-securite-haute-pression

(6) https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Non-respect-des-specifications-techniques-d-exploitation64

(7) http://savoie-antinucleaire.fr/2021/08/07/incident-et-arret-en-urgence-du-reacteur-nucleaire-n1-de-la-centrale-atomique-de-cruas-meysse-ardeche/