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Un défaut de résistance au séisme des échangeurs du système de refroidissement intermédiaire des réacteurs nucléaires vient d'être découvert dernièrement par EDF lors d'une revue de ce système. Le nucléariste à été contraint de déclarer à l'ASN le 29 septembre 2020 cet événement significatif pour la sûreté (1).

Tous les réacteurs nucléaires de 900 MWe sont en fait concernés : des centrales nucléaires de Cruas (Ardèche) avec 4 réacteurs, de Gravelines (Nord/Hauts-de-France) avec 6 réacteurs, de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher/Centre-Val de Loire) avec 2 réacteurs ainsi que les réacteurs 1 et 4 de la centrale nucléaire de Chinon B (Indre et Loire/Centre-Val de Loire) avec 2 réacteurs sur 4, les réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly (Loiret/Centre-Val de Loire) avec 3 réacteurs sur 4 et les réacteurs 3 et 4 de la centrale nucléaire du Tricastin sur 4 réacteurs.

reacteur_nucleaire_REP.pngCe système dit de "refroidissement intermédiaire" (RRI), où règne une très forte pression,  concourt au refroidissement des matériels et des fluides des systèmes auxiliaires et de sauvegarde du réacteur. En fonctionnement normal comme en situation accidentelle. Essentiel donc car à la moindre défaillance, en cas de séisme, c'est le fonctionnement des matériels refroidis qui est remis en cause avec risque de générer une fuite du circuit primaire et un échauffement de l'immense piscine dans laquelle sont entreposés les produits de fission atomique (combustible). Pas moins !

Le circuit RRI comprend, par réacteur, deux pompes et deux échangeurs disposés en parallèle (voies A et B). Les défauts ont été constatés précisément sur les supportages des échangeurs permettant le refroidissement des mécanismes de commande de grappes, des condensats et des effluents du système de distribution de vapeur dans l’ilot nucléaire. Déjà en mai 2011 un dysfonctionnement avait rendu indisponibles les voies A et B du circuit de refroidissement intermédiaire (RRI) du réacteur B2 de 900 MWe à la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux, et en mars 2010 c'étaient les réacteurs n°1 et 2 de 1300 MWe de la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire qui connaissaient le même sort (2). A croire que l'expérience ne sert à rien.

En cas de séisme, comme celui qui s'est produit l'an dernier au Teil (Ardèche), c'est aussi l’isolement des tronçons affectés par les défauts qui aurait été compromis, empêchant ainsi de préserver le fonctionnement des systèmes de sauvegarde de toute l'installation. Explosion, projection et rejets radioactifs à la clef. Territoires contaminés, populations exposées, catastrophe régionale assurée.

Si des travaux de remise en conformité ont été entrepris dare-dare selon EDF, des contrôles et des réparations éventuelles devraient être réalisés aussi sur les autres réacteurs de 900 MWe de type CPY. Et fissa, mais EDF ne les envisage que lors des prochains arrêts de réacteurs programmés pour rechargement de combustible, parfois dans plusieurs mois. Il joue avec le feu.

Cet événement significatif pour la sécurité des 19 réacteurs concernés a été classé par l'ASN au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité) .

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(1) https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Defaut-de-resistance-au-seisme-d-echangeurs-du-systeme-de-refroidissement-intermediaire
(2) https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Indisponibilite-des-voies-A-et-B-du-circuit-de-refroidissement-intermediaire-RRI-Reacteur-B2 et https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Indisponibilite-du-systeme-RRI-des-reacteurs-n-1-et-2