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Dans chaque réacteur nucléaire, plus de 50 grappes de commandes réparties en groupes contiennent des matériaux qui absorbent les neutrons. Elles permettent de moduler, par leur insertion plus ou moins importante dans le cœur, la réaction atomique du réacteur nucléaire. Leur entretien et leur maintenance en bon état de fonctionnement sont déterminant pour garder le contrôle du démoniaque processus radioactif artificiel en charge de chauffer de l'eau dont la chaleur plus ou moins intense produira la vapeur actionnant la dynamo qui produira en bout de course un peu d'électricité.

13 mois de mutisme et de dissimulation

Aussi le contrôle complet de ces grappes est déterminant pour la sécurité. Les grappes de commande c'est un peu comme les freins d'une voiture, si le liquide est fuyard et les plaquettes usées alors que la pédale est défectueuse et le câble effiloché : personne ne donne cher de votre peau et de celles des autres en proximité du véhicule. C'est pourtant cette sombre réalité que vient d'avouer EDF à l'ASN. Après quand même 13 mois de mutisme et de dissimulation. Pas moins de 28 réacteurs de 900 MWe sont concernés. C'est donc le processus lui-même mis en oeuvre qui est inadapté et défaillant. Pourtant il semblait que la France possédait les meilleurs techniciens et ingénieurs au monde et une technologie de pointe.

fission-atomique-reacteur-nucleaire.jpgLe 2 septembre 2020, penaud et forcé , EDF a donc avoué à l’ASN cet événement significatif pour la sûreté, cette réalisation incomplète du contrôle du bon fonctionnement de groupes de huit grappes de commande des réacteurs de 900 MWe. Pas moins de sept centrales nucléaires sont concernés au Blayais (Gironde), Chinon (Indre et Loire), Cruas (Ardèche), Dampierre (Loiret), Gravelines (Nord), Saint-Laurent (Loir-et-Cher) et Tricastin (Drôme-Vaucluse).

L'ASN ne s'est pas pour autant précipité à rendre publique l'information, attendant le 15 octobre 2020 pour la publier discrètement sur son site internet. Pourtant c'est en septembre 2019 que le pot aux roses est découvert à la centrale nucléaire de Gravelines. A l’occasion de la réalisation d’un essai périodique du système de protection d’un des réacteurs les techniciens constatent que l’essai ne permet pas de vérifier complètement l’exigence associée au blocage de ces grappes.

Pourtant, en plus de leur utilisation en situation quotidienne "normale" de régulation et de production plus ou moins élevée de radioactivité, en cas d'accidents donc l’extraction de ce groupe de huit grappes doit pouvoir être bloqué. Si le dispositif de blocage ne fonctionne pas correctement c'est l'emballement de la réaction an chaîne, la détérioration des produits de fission (combustible) par l’augmentation de puissance endommageant certaines parties du cœur. Ce qui s'est passé à Tchernobyl et Fukushima-Daïchi.

Aucun contrôle depuis 2006

Après analyse, EDF a conclu que ce contrôle de sureté n’a jamais été conduit sur les réacteurs des centrales nucléaires de Blayais, Chinon, Cruas, Dampierre, Gravelines, Saint-Laurent et Tricastin depuis 2006. Pourtant la même situation avait déjà été constatée puis corrigée à la centrale nucléaire du Bugey (Ain) en 2008. Douze années auront donc été nécessaire pour entreprendre un contrôle général en juillet et août 2020. Général mais pas total puisque le réacteur 4 de la centrale nucléaire de Chinon actuellement à l’arrêt ne verra son contrôle effectue qu'avant un redémarrage à programmer.

Paniers-entreposage-fond-piscine.jpgLes conséquences potentielles et l’absence de prise en compte du retour d’expérience de l’évènement survenu à la centrale nucléaire du Bugey en 2008, et  au vu des délais énormes pour évaluer l’importance du problème détecté dès 2019 à Gravelines, l'ASN à classé cet événement au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité) pour les 28 réacteurs concernés. Circulez, il n'y a rien à voir.
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src : https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Realisation-incomplete-d-un-controle-de-bon-fonctionnement-des-grappes-de-commandes