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Ce n'est que le 20 avril 2020 qu'EDF a informé l’ASN de cet incident. Et que cette dernière l'a rendu publique le 29 avril soit 13 jours après le jour de l'incident nucléaire. Quoi, oh presque rien si ce n'est un événement significatif pour la sûreté : le non-fonctionnement du système de ventilation et d'extraction d’iode radioactive du bâtiment combustible du réacteur 3 de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse. Autrement dit la mort rôde, invisible. Et un problème supplémentaire surgit : des salariés sont en train d'effectuer des manutentions de produits de fission atomique (combustible) dans le bâtiment.

Il manque pas d'air...

Mais comment est-ce possible? On est le 16 avril 2020, un contrôle des réserves d’air associées aux matériels (registres) de ventilation est effectué par un technicien. Bizarre, que se passe-t-il? Les valeurs de pression sont anormalement basses. Alerte : les vannes d’alimentation en air de ces réserves ne sont pas en bonne position. Mais bordel comment ça se fait? Et, merde, des gars risquent de morfler dans le bâtiment et des rejets radioactifs dans l'environnement risquent de se produire. Il faut immédiatement interrompre les manutentions de combustible, qu'ils se mettent à l'abri et rétablir fissa la position des vannes.

Cruas-Meysse_CAN84_marche-antinucleaire-pour-la-vie.JPGLes deux vannes d’alimentation en air sont remise en position correcte en urgence. Mais pourquoi étaient-elle fermées? Les investigations vont révéler que la dernière intervention sur ces réserves d’air du système DVK remonte au 22 mars 2020. L’étanchéité de ce circuit de ventilation avait été testée et validée puis entre le 22 mars et le 16 avril, plusieurs manutentions combustible ont eu lieu dans le bâtiment. Et personne n'avait vu que certaines manœuvres automatiques de la ventilation étaient indisponibles.

Pourtant les spécifications techniques d’exploitation du réacteur en cas d’indisponibilité du système d’extraction d’iode l'interdisent. Nécessaire et indispensable car, en cas d’accident de manutention de produits de fission (combustible), le confinement du bâtiment combustible aurait été retardé voir impossible et les registres de ventilation auraient potentiellement dû être fermés manuellement.

Ouvrir ou fermer au bon moment, sinon...

Pour manœuvrer les systèmes de ventilation il faut de l’air comprimé. Chaque "registre" de ventilation possède donc pour cela d'une réserve d’air reliée au réseau d’air de régulation (SAR) du réacteur. Le bâtiment combustible est équipé d’un tel circuit de ventilation et de filtration de l’air pour maintenir la température ambiante dans les limites acceptables pour le personnel et les matériels. Mais en cas d’accident de manutention des assemblages de produits de fission atomique (combustible) une partie de la ventilation du bâtiment combustible doit être arrêtée pour permettre le fonctionnement optimal du dispositif d’extraction d’iode du circuit DVK qui nécessite un débit d’air réduit et aussi assurer également le confinement du bâtiment pour éviter tout rejet accidentel à l’extérieur de la centrale notamment d’iode radioactif.

Crusa_Sous-traitance-securite-sante.jpgPourtant, un mois plus tôt le 27 février 2020, lors des opérations de mise à l’arrêt de ce réacteur n°3 les équipes d’exploitation procédaient avant d'ouvrir le sas d’accès au bâtiment réacteur, à la mise sous tension des ventilateurs et à l'ouverture des deux des vannes d’isolement de l’enceinte de confinement du bâtiment réacteur. Mais, planning serré oblige, afin de permettre l'intervention des électriciens pendant les heures ouvrables, la mise sous tension des ventilateurs est anticipée en journée. L’ouverture des vannes est programmée plus tard. Mais à 10h22, les intervenants procèdent aux deux opérations sur deux des quatre vannes alors que toutes les conditions requises ne sont pas atteintes. Heureusement les deux autres vannes d’isolement de l’enceinte de confinement étaient fermées et étanches au moment de l’intervention. L’étanchéité des traversées d'enceinte a pu être maintenue. Cet dernier incident significatif pour la sûreté avait déjà été classé au niveau 1 de l’échelle INES, le 04 mars par l'ASN. Un mois plus tôt, le 21 janvier 2020, un autre incident significatif pour la sûreté avait eu lieu dans le réacteur n°4 : l’ouverture inappropriée du circuit du système de surveillance atmosphérique de l’enceinte de confinement (ETY). Bref plus personne ne parvient à suivre l'ouverture ou la fermeture des vannes et système dans le bon timing.