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Prescrits par l’ASN au début de l'année dernière - le 19 février 2019 -  afin de vérifier le bon état des sources électriques et leur résistance au séisme (1) ce n'est qu'un an plus tard qu'EDF s'est exécuté et a effectué les contrôles. Histoire de ne pas arrêter les réacteurs nucléaires quitte à les faire turbiner dans les pires conditions pendant une année entière. Et le résultat est sombre.

Le 17 avril 2020, EDF a constaté que ses installations battaient de l'aile une fois de plus : la résistance au séisme de matériels des groupes électrogènes de secours des réacteurs 1 et 4 de la centrale nucléaire de Cruas (Ardèche) n'était pas garantie (2). Idem sur le réacteur 2 de la centrale nucléaire de Chinon B (Loire) et le réacteur 1 de la centrale nucléaire de Gravelines (Nord). Pas moins donc de 4 réacteurs atomiques du Sud au Nord en passant par le centre ont des groupes électrogènes de secours à moteur diesel défaillants et ne pourraient pas jouer leur rôle d'ultime secours en cas de catastrophe naturelle. Ils assurent en effet de façon redondante l’alimentation électrique de certains systèmes de sûreté en cas de défaillance des alimentations électriques externes. Indispensable pour tenter d'éviter la réaction en chaîne incontrôlée et l'explosion.

2019-11-11_seisme_LeTeil_effondrement-maison.jpgPourtant, à Cruas, suite au tremblement de terre de novembre 2019 et les impacts sur la centrale atomique d'Ardèche, EDF avait affirmé avec le concours de la Préfecture que tout allait bien. Ce que la Coordination antinucléaire du sud-est avait dénoncé, preuves à l'appui. Mais la parole officielle se voulait rassurante face au mécontentement et aux craintes justifiées de la population.

EDF a donc attendu les arrêts de tranches indispensables au rechargement en éléments de fission atomique  ("combustible") des réacteurs pour s'apercevoir de défauts de montage de raccords en élastomère de tuyauteries sur l'un des deux diesels de secours des réacteurs 1 et 4 de la centrale nucléaire de Cruas et du réacteur 2 de la centrale nucléaire de Chinon ainsi que des défauts de corrosion de portions de tuyauteries d’un des deux diesels de secours du réacteur 1 de la centrale nucléaire de Gravelines.

Ces défauts viennent s’ajouter à ceux déclarés six mois plus tôt (le 30 octobre 2019) à la suite encore une fois de contrôles imposés par l’ASN. Un classement en incident nucléaire avait été décrété par l'Autorité le 26 novembre 2019 pour défauts de montage de raccords en élastomère de tuyauteries d’un des deux diesels de secours du réacteur 2 de la centrale nucléaire de Cruas mais aussi du réacteur 1 des centrales nucléaires de Blayais et de Chinon et du réacteur 3 de la centrale nucléaire de Dampierre. Avec en plus des défauts de corrosion de certaines portions de tuyauteries d’un des deux diesels de secours du réacteur 2 de la centrale nucléaire de Gravelines et du réacteur 1 de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux, et des défauts de connectique au niveau d’armoires électriques d’un des deux diesels de secours du réacteur 4 de la centrale nucléaire de Chinon.

Dans leur charabia technocratique mensonger habituel les nucléariste affirme évidemment que " cet événement n’a pas eu de conséquence sur les installations, les personnes et l’environnement". Mais que " compte tenu des conséquences potentielles du dysfonctionnement d’un des deux diesels de secours en cas de séisme, l’ASN classe au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité) pour ces quatre réacteurs supplémentaires". Elle a prescrit également d’autres contrôles toujours encore en cours de réalisation (décision n° 2019-0662 du 19 février 2019).

2019-11-30_CAN84-CANSE_Cruas_Meysse_Manifestation_04.jpgCes contrôles et les premiers aménagements et réparations avaient été originellement prescrits en 2012 après la catastrophe nucléaire de Fukushima-Daïchi. Si les travailleurs doivent aller toujours plus vite dans leur travail avec moins de personnes sur le tas, les directions EDF, elles, prennent tout leur temps pour garantir un tant soit peu la sécurité des installations. Et celles-ci sont loin d'être des jeunettes de l'année. Des rossinantes qui n'en peuvent plus et sont au bout du rouleau. A fermer de toute urgence. Ca coûterait moins cher et serait plus sécure.

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(1) suite aux précédentes prescription de l'année 2012 après la catastrophe nucléaire de Fukushima-Daïchi au vu des conclusions des évaluations complémentaires de sûreté (ECS) : n° 2012-DC-0274 à n° 2012-DC-0283, n° 2012-DC-0285 à n° 2012-DC- 0290 et n° 2012-DC-0292 du 26 juin 2012 fixant à Électricité de France – Société Anonyme (EDF-SA) des prescriptions complémentaires applicables aux sites électronucléaires de Belleville-sur-Loire, Blayais, Bugey, Cattenom, Chinon, Chooz B, Civaux, Cruas-Meysse, Dampierre-en-Burly, Flamanville, Golfech, Gravelines, Nogent-sur-Seine, Paluel, Penly, Saint-Alban et Tricastin

(2) Centrale nucléaire EDF de Cruas-Meysse - Réacteurs de 900 MWe en Ardèche, Centrale nucléaire de Chinon B - Réacteurs de 900 MWe dans la Loire , Centrale nucléaire de Gravelines - Réacteurs de 900 MWe dans le Nord