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Encore une stratégie perdante pour la nucléocratie. A se demander comment une industrie peut encore tenir face à autant de gabegie, d'erreurs, de malversations, de déliquescence, d'opérations financières tordues. Dernier errement en date une vaste émission d’obligations "vertes" convertibles en actions (OC) pour un montant pouvant atteindre 2,4 milliards d’euros et qui plombe un peu plus EDF. La banque BNP Paribas qui a conseillé l'électricien dans cette opération se réjouissait pourtant il y a peu de ce que soit la plus large émission convertible verte jamais réalisée espérant que les pressions du gouvernement français sur "Bruxelles" acculent la Commission européenne à classer le nucléaire comme énergie verte et ainsi bénéficier d'aides et d'avantages financiers.

2020-07-20_cours-bourse-EDF_plonge.pngLe groupe dont la production d’électricité nucléaire a baissé de 17,6% sur un an en août en France et dont le programme d’entretien des centrales est en décalage avec les programmations (près de la moitié du parc nucléaire français est à l'arrêt actuellement ce qui posera un problème d'approvisionnement si l'hiver est rigoureux), voit le cours de ses actions perdre 8%, à 8,14 euros, du fait de l’impact "dilutif" de cette émission d’obligations convertibles. Tellement habitués à tordre le bras aux finances publiques qui viennent cycliquement au secours du secteur nucléaire pour combler ses pertes et les faire payer aux contribuables, les technocrates nucléaristes qui gangrènent les cabinets ministériels et l'esprit des politiciens professionnels ont encore une fois vendu du vent.

Via cet emprunt sur quatre ans, EDF voulait duper son monde faisant croire à des ambitions dans le secteur des énergies renouvelables. Mais, pas fou, les investisseurs et autres spéculateurs savent très bien que tant que le gouffre nucléaire persiste l'entreprise ne pourra pas développer un véritable et dynamique secteur d'énergies renouvelables. Le nucléaire est, pour EDF et la France, l'obstacle à l'adaptation à la donne de l'urgence climatique.

Le marché des obligations vertes qui servent à financer des projets environnementaux est pourtant en plein essor depuis deux ans notamment par les émissions d’entreprises et souveraines. Dans les pays qui se désengagent du nucléaire ou bien ne sont pas soumis à l'atomisme ça fonctionne à l'image, début septembre, de l’Allemagne et de son émission de "dette verte" pour 6,5 milliards d’euro ou encore des Pays-Bas, de la Belgique, de l’Irlande ou de la Lituanie. S'obstinant dans l'erreur/horreur nucléaire, EDF a annoncé son intention d’émettre deux nouvelles tranches d’obligations "hybrides" en euro, l’une à 6,5 ans et l’autre à 10 ans.

Mais avec un résultat opérationnel dont le manque à gagner voisinera certainement, d'après l'électricien lui-même, les 2,5 à 3 milliards d'euros, dont le coût de construction de l'EPR de Flamanville atteint les sommets délirants de 12,4 milliards d’euros (soit plus du triple du montant initialement prévu), avec sur les bras un chantier britannique d’EPR à Hinkley Point qui lui a déjà couté 25 milliards d’euros : des analystes financiers et courtiers estiment à présent que EDF n’a plus les moyens de ses projets et objectifs. Pourtant le groupe français s'entête et veut construire d’ici à 2035 six nouveaux EPR en France (coût total prévisionnel de 46 milliards d’euros à multiplier par 2 ou 3 évidemment).

Casser l'unité du groupe EDF, privatiser le secteur rentable des ENR et garder public le secteur en perdition du nucléaire

EDF est surendetté avec une dette financière brute de 61 milliards d’euros à fin 2019 et un mur d’investissements principalement lié à la prolongation au-delà de 40 ans. Les dirigeants d'EDF veulent donc réaliser des économies massives (plan "Hercule") sur la seule variable d'ajustement encore malléable du fait de la complicité idéologique des syndicats : la masse salariale. Mais ceux-ci commencent à ne pas apprécier l'opération. La collaboration de classes est en surchauffe. La Commission européenne et sa Direction générale de la concurrence de la Commission européenne - fer de lance du dogme de la concurrence sans limite - entend imposer à l’État français la désintégration du groupe EDF au nom du respect des règles de la concurrence. La « réforme » de Bruxelles approfondit le projet gouvernemental Hercule, qui vise aussi à démembrer EDF.

Les activités plus rentables — renouvelables et distribution — seraient privatisées tandis que la non-rentable du nucléaire resterait publique.  Le plan prévoit ainsi la scission du groupe en plusieurs parties : une société baptisée Bleue pour le secteur le plus déficitaire le nucléaire historique (détenue à 100 % par l’État) et que les contribuables devront subventionner.

Cette société Bleue serait actionnaire à 100 % d’une société Azur propriétaire des barrages hydroélectriques pour échapper à la mise en concurrence des concessions échues. Une autre société Verte, détenue à 65 % par l’État et à 35% par des privés s'occuperait des énergies renouvelables,de  la commercialisation,de  la distribution et des autres activités de concurrence (tel Dalkia). Pour l’Agence des participations de l’État, qui porte la participation publique (83 %) au capital d’EDF (1)  : « La position de la Commission européenne consiste à privilégier une holding sans rôle opérationnel ni contrôle sur ses filiales et une indépendance entre celles-ci […] Cette position entraînerait l’impossibilité de maintenir un groupe intégré et irait au-delà des exigences posées par les textes européens »

« L’avenir du secteur électrique, et donc de la transition énergétique, se négocie dans l’ombre à Bruxelles avec un seul crédo : sauvegarder un simulacre de concurrence, en ignorant les enjeux techniques, économiques, écologiques et industriels de ce secteur et malgré le bilan indéfendable de cette politique », exprime le syndicat Sud Énergie, d'autant que cette « désoptimisation » forcée du système électrique français se traduira inéluctablement par la hausse des factures d’électricité des abonnés.

Mais les nucléocrates gardent espoir car - plutôt que de réclamer l'abandon du nucléaire, la reconversion des personnels et une véritable politique d'énergies alternatives - les syndicats espèrent avec leur patronat contraindre l'Etat (les contribuables) à apporter, encore une fois, son soutien financier. Ainsi les quatre fédérations CGT, CFE-CGC Énergies, CFDT, FO Énergies et Mines ont demandé une rencontre au premier ministre en accusant, dans un courrier, l’État d’être largement «responsable de la dégradation financière» d’EDF et de donner fissa à l’entreprise «les moyens d’investir pour participer pleinement à la relance industrielle dont le pays a urgemment et massivement besoin"... pour que "ce grand groupe industriel de service public" devienne "le fer de lance de la relance, au service de la nation". Un discours du siècle passé sans aucune perspective, corporatiste, stagnant sur un productivisme dépassé et mortifère pour la planète qu'applaudiront à l'unisson la macronie, le medef et les écocideurs de tous poils.

JPS

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sources : https://www.capital.fr/entreprises-marches/edf-plus-forte-baisse-du-sbf-120-a-la-mi-seance-du-mardi-8-septembre-2020-1379853 . https://www.capital.fr/entreprises-marches/edf-lenvolee-des-actions-risque-de-caler-le-conseil-bourse-du-jour-1375804 . https://www.lefigaro.fr/flash-eco/edf-les-syndicats-veulent-rencontrer-le-premier-ministre-20200907

(1) https://reporterre.net/Exclusif-Le-projet-fou-de-Bruxelles-pour-demanteler-EDF?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne