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Si la catastrophe nucléaire de Fukushima-Daïchi a fait vaciller en 2011 la filière atomique mondiale, le bilan noir de la décennie pour la nucléocratie repose aussi sur des raisons de fonds économiques et industrielles. Le nucléaire coûte de plus en plus cher, est trop complexe à construire et à faire fonctionner au regard notamment des énergies renouvelables. L'illustration en est données par les EPR de Flamanville et de Finlande qui coûteront entre trois et quatre fois plus que ce qui était initialement budgété et avec des retard qu'aucun autre secteur industriel n'accepterait de subir sans y mettre un terme immédiat..

Japon

Japon.jpgEt les dangers extrêmes, qui jusqu'à présent étaient contenus et masqués par une propagande habile et répétée dans les quelques pays nucléarisés, ne sont plus acceptés par les populations. Neuf ans après le commencement le 11 mars 2011 de la catastrophe atomique au Japon, le gouvernement nipon peine à convaincre les habitants expulsés des zones contaminées d'y revenir malgré une décontamination de surface qui a déjà coûté 24 milliards d'euros au pays du soleil levant. La facture s'alourdit un peu plus chaque jour et les pertes de l'entreprise privée Tepco ont du être reprises par l'Etat faute d'autre solution. Privatisation des profits, collectivisation des pertes au détriment des autres budgets d'Etat (enseignement, santé, culture, social,...)

Sur les 54 réacteurs nucléaires du Japon - tous arrêtés dans l'année qui a suivi la catastrophe - seuls sept ont redémarrés plus ou moins et dans un contexte d'hostilité croissante des habitants et riverains qui, au Japon, ont leur mot à dire à l'inverse de la France où jamais n'a eu lieu une quelconque consultation publique sur le choix du nucléaire.

Chine

Chine.jpgConséquence rapide aussi de la catastrophe japonaise qui a fait suite à celle de Tchernobyl en 1986 (où le coût de limitation des radiations par le recouvrement par une succession de sarcophages géants en béton de la centrale explosée ne cesse de gréver le budget du pays) : la sortie définitive du nucléaire en Allemagne pour 2022. La Chine, elle, a gelé pendant plusieurs années ses autorisations de construction de nouveaux réacteurs atomiques. Seuls deux réacteurs EPR ont commencé à produire de l'électricité à Taishan après quatre années de retard.

France

France.jpgEt même la France, accro et dépendante à 75% de la destruction atomique, a été contrainte de mettre en place des mesures de sûreté renforcées (dont toutes les centrales ne sont pas encore équipées) alourdissant encore un peu plus le coût du kW d'origine nucléaire. Plusieurs hausses des tarifs d'électricité ont ainsi alourdit le budget des consommateurs-abonnés de EDF. Et l'Etat a du voler au secours de l'électricien en lui octroyant une dote de 2 milliards d'euros pour lui éviter la faillite, tout comme il l'avait fait pour Areva devenu Orano après avoir perçu, elle, 7 milliards d'euros de l'Etat. Et ce n'est pas les effets d'annonces par le gouvernement Macron/Philippe de construire et implanter en France dans les années à venir 6 réacteurs nucléaires EPR qui feront illusion. Alors que le premier réacteur atomique EPR en construction dans le pays à Flamanville  affiche dix ans de retard pour un coût multiplié par près de quatre. Mais comme en France, les risques sont reportés, sous une forme ou sous une autre, sur les contribuables et consommateurs...

Et l'aventure casse-coup et mégalomaniaque de EDF au Royaume-Uni dans son autre projet d'EPR à "Hinkley Point" a conduit à la démission du Directeur financier de l'électricien opposé à cette gabegie et à ce risque hypothéquant l'entreprise dont la facture est passée su ce projet  de 16 milliards de livres à près de 22 milliards. Et ce n'est pas fini.

Les français semblent bien piègés car ou bien les vieilles installations périmées bénéficient de rafistolages coûteux voir exorbitants sans garantie de plus de sécurité réelle et de tenue pour les années suivantes ou bien chaque année ils devront payer les coûts du démantèlement ou bien de la construction, dans une fuite en vant, de nouvelles installations nucléaires pas du tout concurentielles face aux énergies renouvelables.

Finlande

Finlande.jpgEn Finlande, la technologie franco-allemande de l'EPR piloté par Areva (devenu Orano) et Siemens (qui s'est retiré avant le fiasco), accumulent les retards et explosion de budgets. Avec de fortes pénalités financières pour le français. Et un sixième retard de mise en service du réacteur Olkiluoto 3 vient d'être annoncé par TVO (l'exploitant finlandais) ce 19 décembre alors que la mise en service avait été programmée pour 2009.  Ce qui devait constituer la vitrine internationale à l'export du savoir-faire franco-allemand, en lançant en 2004 ce chantier pharaonique en est à sa dixième années de retard et de non-rentabilité. Production électrique espérée à présent pour 2021. Si tout va bien.

Etats-Unis

Etats-Unis.jpgAux Etats-Unis plusieurs réacteurs dont l'efficacité était plus que discutable en terme de jours de fonctionnement annuel ont été fermé par les exploitants eux-mêmes par manque de compétitivité, face aux prix bas de l'électricité non-nucléaire, notamment la production de gaz de schiste bon marché et l'essor des éoliennes. Sources plus facile a raccorder au réseau. Ce contexte a conduit à  l'abandon pur et simple d'un projet de construction de deux réacteurs atomiques en Caroline du Sud jugés trop chers par les investisseurs.
 
Suisse
drapeau-Suisse.pngL'arrêt de la centrale nucléaire de Mühleberg (BE) a eu lieu vendredi 20 décembre 2019 à 12h30, après 47 ans d'activité. Cette décision d'arrêt définitif de l'une des plus vieilles centrales nucléaires au monde a été prise par le groupe privé BKW. Le  nucléaire n'est plus rentable et la vieillesse des installations rend illusoire leur prolongation pour un coût raisonnable. Rentabilité, obsolescence et meilleurs investissements ailleurs ont motivés ce choix, pour la Direction "Il faut se tourner vers les énergies renouvelables". La Suisse repose déjà à 60 % sur l'énergie hydraulique pour sa production d'électricité.
La pression sera réduite dans le réacteur et la température de son eau passera de 280 à moins de 100 degrés. L'événement est historique puisque c'est la première fois qu'une centrale tire définitivement la prise en Suisse. Mühleberg a connu plusieurs incidents par le passé : un incendie en 1971, puis des fissures repérées sur le manteau du réacteur dès les années 1990. Cette centrale couvrait environ 5% de la production électrique du pays. Les travaux complexes de démantèlement débuteront le lundi 6 janvier 2020, un chantier titanesque dont les coûts de démantèlement s'élèveront à près d'un milliard et ceux liés à la gestion des déchets à 2,5 à 3 milliards de dollars (1,4 milliard de francs). Ces coûts de démantèlement sont presque huit fois plus élevés que les coûts de construction.
Une fois le réacteur éteint, les barres d’uranium seront stockées dans une piscine de désaffectation. L’eau permettra de stopper les radiations et de refroidir les combustibles qui continueront d’émettre de la chaleur. La salle des machines et toutes les autres parties de la centrale seront vidées et désossées par les quelque 200 employés qui travailleront sur le site. Pompes, moteurs, câbles et même le béton devront être décontaminés et mesurés avant d’être évacués. Au total, le démantèlement de Mühleberg générera 20'000 tonnes de déchets, dont 16000 tonnes radioactives.Un chantier colossal d'une durée de quinze ans minimum.
En mai 2017, le peuple de la Confédération Helvétique décidait à 58 %, lors d'un référendum,de soutenir la "stratégie énergétique 2050" interdisant la construction de nouvelles centrales atomiques et garantissant la sortie du nucléaire. C'est le 9 décembre 1969, que la Suisse avait mise en service sa première centrale nucléaire, le bloc 1 de Beznau (AG),  en 1972 c'était au tour de la centrale atomique de Mühleberg de démarrer après avoir obtenu des autorités de la commune , sept ans auparavant, le feu vert et l'autorisation du Département fédéral de l'énergie accordé aux "Forces motrices bernoises" (BKW). A la suite de l’accident de la centrale expérimentale de Lucens (VD) en 1969, la Suisse a été le premier pays au monde à démanteler entièrement un réacteur.
Actuellement, 82 réacteurs sont en cours de démantèlement en Europe. 4 réacteurs ont déjà été démantelés jusqu'à présent: ceux de Khal et Niederaichbach en Allemagne  ( 23 et 21 ans pour parvenir à la décontamination des sites mais pas des déchets), de Lucens en Suisse et de Mol en Belgique (22 ans de travaux).
 
Allemagne
Philippsburg2.jpgLa sortie du nucléaire allemand se poursuit comme prévu, le prochain réacteur nucléaire de Philippsburg 2 de 1,5 GW, dans le sud-ouest du pays, exploité par l'opérateur privé EnBW a été fermé le 31 décembre 2019. C'est le troisième depuis 2015. Il couvrait depuis 1984 un sixième de la demande d'électricité dans l'état du Bade-Wurtemberg. Il ne reste plus que six réacteurs (puissance combinée de 8 GW) encore en service pour deux à trois années, trois réacteurs seront fermés en décembre 2021 et les trois derniers d'ici la fin de 2022. En 2019, le nucléaire produisait encore plus de 70 TWh d'électricité, couvrant environ 12 % de la demande d'électricité de l'Allemagne.
En 2011 au lendemain de l'accident nucléaire de Fukushima au Japon, le gouvernement avait décidé  la fermeture immédiate des réacteurs construits avant 1980 et d'inverser les prolongations de durée d'exploitation plus récentes. Les exploitants nucléaires doivent aussi verser un montant total de 23 milliards d'euros (25,6 milliards de dollars) dans un fonds géré par l'Etat pour le financement du stockage nucléaire à moyen et long terme en Allemagne.
Pour la ministre fédérale de l'Environnement, Svenja Schulze : "le consensus sur l'abandon du nucléaire est solide comme le roc, la sortie du nucléaire rend notre pays plus sûr, permet d'éviter les déchets radioactifs (...) Il est important de souligner, à une époque où certains propagent l'énergie nucléaire comme un prétendu sauveur du climat, qu'elle ne résout pas un seul problème, mais qu'elle en crée de nouveaux pendant un million d'années ".
 
International
 

planete-Terre-feu.jpgLes difficultés de la filière nucléaire ne se résument pas aux problèmes de l'EPR. Pour l'Agence internationale de l'énergie (AIE), partout le renforcement des normes de sûreté conduit les opérateurs nucléaires à des investissements qui renchérissent le prix de l'électricité nucléaire, alors que les installations vieillissent et nécessitent, comme en France par exemple, des budgets d'entretien de plus en plus élevés. La catastrophe de Fukushima n'a fait que renforcer des tendances déjà existantes. « Le principal facteur est économique car dans des économies avancées, l'équation est devenue très compliquée (Les énergies renouvelables constituent désormais) une façon plus économique de produire de l'électricité » et comme en occident (France, Finlande, Etats-Unis) il a été très difficile de "construire à temps et en respectant les budgets » la rentabilité à court terme et celle à moyen terme joue en faveur des renouvelables.

Du simple point de vue capitalistique, le nucléaire est un secteur à fuir. Sauf à ce que les Etats garantissent les risques financiers d'investissement et de fonctionnement et ceux liés aux catastrophes nucléaires. En Europe, l'existence d'un marché du carbone et de droits à polluer rendent l'énergie nucléaire encore un peu attrayante pour quelques rares audacieux investisseurs.

Bilan

La part du nucléaire dans la production mondiale d'électricité diminue d'année et année : si en 1996 elle voisinait 17,6 %, aujourd'hui elle ne dépasse qu'à peine les 10 %. Malgré le raccordement d'une trentaine de centrales pendant les dix dernières années, le nucléaire n'y assure cependant que 4 % de la consommation finale d'énergie, moins que l'éolien.

Au final, le bilan de cette décennie est sombre pour le nucléaire; et les années à venir certainement encore plus catastrophiques. D'autant que la facture des démantèlement des installations atomiques va se présenter chaque année. Pas sûr que les jeunes et les nouvelles générations qui hériteront et héritent déjà et de l'inconséquence de leurs parents et de leurs déchets mortels l'acceptent facilement. Il faudra bien rendre des comptes.

Bonne année 2020 libérée de l'écocide nucléaire.