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La visite de Bruno Le Maire au Kazakhstan fin juillet a permis de "débloquer quelques problèmes administratifs". C'est en ses termes que le gouvernement français a masqué un accord scélérat avec le pouvoir kazakh révélé par le site "Novastan" (seul média en français et en allemand spécialisé sur l'Asie centrale) : la mise en exploitation d’un gisement d’uranium par la multinationale française de l’uranium, Orano, qui recouvre une zone boisée protégée de 366 hectares de "saxaoul".

L'argent de la destruction et de la mort

2019-07-31_mine-uranium-orano-kazakhstan-carte.jpgMoyennant compensation financière dont le montant est tenu secret, Orano/Areva a obtenu par décret d'Etat, l’autorisation de nettoyer une forêt de 366 hectares de "saxaoul" recouvrant un gisement potentiel d'uranium sur laquelle le nucléariste tricolore détient une licence à 51% dans un joint-venture franco-kazakh (Kazatomprom, KATCO). Le "saxaoul" est une plante endémique menacée qui fait l’objet d’une interdiction de coupe au Kazakhstan depuis 2015.  C'est le seul arbre qui pousse dans les déserts kazakhs et qui ne demande pas des apport en eau et en nutriments spécifiques. Le saxaoul, qui fait entre deux et neuf mètres de haut, fixe les dunes de sable, évitant érosion et surtout tempêtes de sable, deux problèmes de plus en plus pressants dans cette partie désertique d’Asie centrale.

Grâce au gouvernement français, la zone forestière qui était jusque-là sous la protection de l’entreprise publique régionale en charge des forêts du district de Suzak, dans le sud du Kazakhstan, est libérée de ces empêcheurs de massacrer l'environnement. La région boisée par cet arbre en disparition dans le pays sera "nettoyée". Le décret de « déclassement de parcelles du fond forestier (…) pour l’extraction d’uranium » permet in fine l’approvisionnement en uranium de la France nucléaire tout en assurant une plus-value économique pour Orano dans les décennies à venir. L'argent de la destruction et de la mort. Orano  extrait déjà près de la moitié de sa production mondiale au Kazakhstan, soit entre 3 200 et 4 000 tonnes d’uranium par an.

Un gisement toxique à la place d’une forêt protégée
 
Ce « permis foncier » du gouvernement kazakh pour le gisement de Kanjugan au sein de la licence minière de Muyunkum, amadoué sordidement par la France, fait voler en éclat la protection environnementale. Si dans les faits, la multinationale française avait déjà obtenu le droit d’exploiter ce gisement par un décret daté d’octobre 2018, celui-ci précisait la nécessité de conserver la forêt de saxaoul, empêchant la mise en exploitation telle que le conçoit Orano/Areva. Sa méthode d’extraction de lixiviation in situ ne nécessite pas de créer une mine à ciel ouvert  mais est fortement controversée dans le monde car polluant les nappes phréatiques et délaissant de nombreuses boues toxiques difficilement nettoyables.
 
orano-forêt-saxaoul-kazakhstan-mine-uranium_yellow-cake.jpgLa Peste ou le choléra ?
 
Orano qui ne recule devant aucune duplicité affirme que cette technique « présente des avantages environnementaux par rapport aux méthodes traditionnelles ». Selon le site web d’Orano, elle est surtout très économique; et comme « il est nécessaire d’entreprendre des travaux de nivellement (pour la mettre en oeuvre) cela impliquent de couper les saxaouls ». Le chef des gardes-forestiers de la région kazakhe de Kyzylorda, Rau Aralbaïev (cité par le journal kazakh Kursiv.kz) tient à rectifier : « Le couper, c’est endommager l’environnement de notre région » d'autant que "les forêts de saxaouls sont également menacées par les nombreux feux dans la steppe dus aux températures élevées et à la sécheresse durant l’été, mais surtout à l’activité humaine."  Extrêmement résistant au chaud comme au froid, il peut également, grâce à ses racines pouvant atteindre jusqu’à 30 mètres de profondeur, capter des eaux des nappes phréatiques.
 
Toujours plus de destruction de la nature et d'avidité
 
2019-07-31_Bruno-Le-Maire_ministre-français-Economie-Finances_Kassy-Jomart-Tokaïev_president-kazakh.jpgCe permis de destruction et d'exploitation enfin obtenu par l'entremise du gouvernement Macron-Philippe, il reste encore à Orano/KATCO un gisement à exploiter au Kazakhstan. En janvier 2018, le nucléariste a acheté une troisième licence d’exploitation minière à South Tortkuduk dont les réserves pourraient couvrir plus de 10 ans de production. Elle sera la plus importante de la multinationale française au Kazakhstan qui espère sa mise en service en 2020  et devrait représenter la majeure partie de la production de KATCO en 2022. Le Kazakhstan est depuis 2009 le premier producteur au monde d'uranium avec 41% de la production mondiale en 2018, dont 22% pour Kazatomprom, juste devant Orano (11%).
 
La France étant encore dépendante à 70% de l'uranium pour produire son électrique, le ballet de courbettes des Présidents français devenus VRP vers le Kazakhstan n'a de cesse. Inauguré par François Hollande il y a deux ans ce sera bientôt au tour d'E.Macron de se rendre en procession en Asie, toute dents blanches en avant. Les vampires pourront se congratuler devant les caméras et louer leur dieu atome sur le dos des peuples et de la planète
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source  originelle : https://www.novastan.org/fr/kazakhstan/orano-va-raser-une-foret-protegee-pour-exploiter-une-mine-duranium-au-kazakhstan/ (23 août 2019), média européen dédié à l’Asie centrale.

en savoir plus :
https://www.novastan.org/fr/kazakhstan/bruno-le-maire-en-visite-diplomatique-au-kazakhstan/
https://www.novastan.org/fr/kazakhstan/le-kazakhstan-attend-une-visite-demmanuel-macron/