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Surcharge dangereuse de bore dans le circuit primaire et pas moins de 10h pour qu'EDF rétablisse la situation

Centrale-nucleaire-de-Tricastin_batiment-reacteur_batiment-combustibles-uses_prise-eau_rejet_03.jpgAu Tricastin (Drôme-Vaucluse) c'est la surdose.  Cette fois-ci la vedette en one-man show est  le réacteur atomique n°1 après une révision de visite décennale VD (1) qui a pourtant duré plus de 5 mois. Mais nul ne peu faire de rossinante un cheval de course. Malgré les diplômes, les affirmations guerrières et les millions d'euros dépensés.

À l’arrêt depuis plus juin 2019 pour un long et magnifique, et fort coûteux, programme de vérifications des équipements agrémenté de nombreux travaux censés assurer la conformité de l’installation nucléaire et garantir sa "sûreté", c'est une double violation des règles générales d’exploitation qui s'est produite le 14 novembre. Et ce  alors que la phase de redémarrage du réacteur était lancée. Un taux de bore trop important dans le circuit primaire en charge de réguler la réaction en chaîne atomique a dépassé allégrement les normes et règles de sécurité ainsi que les autorisations afférentes. On a frôlé la catastrophe comme à Tchernobyl.

Un  tel incident est censé être maîtrisé en moins de 8 heures, mais il a fallu plus de 10 heures à EDF pour rétablir la situation.  Le sérieux et l’exhaustivité des contrôles et des modifications effectués durant cet arrêt laisse plus que songeur et glace le sang. D'autant que l'incident se situe au sortir du tremblement de terre du Teil (Ardèche) qui a ébranlé les sites nucléaires de Cruas et ... du Tricastin (voir l'analyse de l'IRSN publiée hier) le 11 novembre. Avec deux répliques dans la semaine de redémarrage du réacteur n°1.Et sans aucune information de la population.

En quantité insuffisante le bore ne module plus la réaction nucléaire, en trop grande quantité c'est le risque de perte de refroidissement du cœur du réacteur nucléaire.

Le bore est ajouté dans l’eau du circuit primaire sous forme d’acide borique dissous pour absorber les neutrons de la réaction atomique. C'est un des seuls moyens sur lesquels l’exploitant peu agir pour moduler et arrêter une réaction en chaîne. Lorsque la concentration en bore dans les circuits est trop importante c'est la corrosion des métaux par cet acide, et le risque d’une cristallisation du bore autour de certains équipements provoquant l'affaiblissement de leur résistance et l'obturation du circuit primaire. Circuit  dont la fonction - essentielle et fondamentale - est le refroidissement du réacteur. La concentration de bore relève donc de règles strictes (règles générales d’exploitation RGE) validées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Ce 14 novembre, loin  de les respecter, EDF s'en est affranchie,le maximum autorisé à flambé. A quoi sert donc un arrêt de réacteur au cours duquel EDF est censé tout vérifier et remettre en conformité? Mutisme de l’exploitant comme de l’ASN.
 
edf_tricastin_br_rechargement_recateur.jpgCette VD4 (visite décennale visant à prolonger la durée de fonctionnement des réacteurs au delà de 40 ans ne présage rien de bon. D'autant que EDF a tenu secret cet incident avant de le révéler sur son site internet le 19 novembre. Piteux, l'exploitant nucléaire reconnaît que "Cet événement est dû à une erreur dans la configuration du circuit mis en œuvre pour cette activité". Tiens donc. Mais évidemment, comme à l'accoutumée et malgré le classement par l'ASN sur l'échelle Ines des accidents nucléaires, le nucléariste d'affirmer avec un aplomb mégalomaniaque que cet accident "n’a eu aucune conséquence pour la sûreté de l’installation ou l’environnement." (2). Mais l'ASN l'entend autrement (3) : "Le 18 novembre 2019, EDF a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif pour la sûreté relatif au non-respect des règles générales d’exploitation (RGE) du réacteur 1 de la centrale nucléaire du Tricastin, portant sur le dépassement de la concentration maximale en bore autorisée dans le circuit primaire...  ce qui pourrait altérer le refroidissement du réacteur. L’exploitant n’a rétabli une concentration en bore conforme qu’après plus de 10 heures... En raison du non-respect des règles générales d’exploitation et du dépassement du délai de retour à une situation conforme, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES".


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(1) Ce réexamen portant sur l’ensemble des risques et inconvénients que présente une installation : il ne porte donc pas seulement sur les risques d’accident mais également sur l’impact de l’installation sur l’environnement, la résistance aux  séismes, la protection contre l’incendie et le confinement. https://www.asn.fr/Lexique/R/Reexamen-periodique

(2) https://www.edf.fr/groupe-edf/nos-energies/carte-de-nos-implantations-industrielles-en-france/centrale-nucleaire-du-tricastin/actualites/depassement-de-la-concentration-en-bore-dans-le-circuit-primaire-principal-de-l-unite-ndeg1

(3) https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Non-respect-des-RGE-relatives-a-la-concentration-en-bore-du-circuit-primaire