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Disons-le d'entrée de jeu : on peut éviter le pire – la catastrophe nucléaire – en mettant à l'arrêt définitif les installations nucléaires. Mais peut-être est-ce trop simple pour les mystiques de l'atome et leurs relais étatiques politiciens et administratifs. Simple et sans valeur pour leurs plans de carrières, leurs petits avantages et les a-côtés si agréables aux comptes en banque et à la reconnaissance des pairs. Au diable la santé de la population et la protection des territoires. Alors, tête dans le mur et esprit conditionné de caste, on préfère se faire valoir en accompagnant l'horreur atomique. Conscience niveau zéro et technocratisme en bandoulière : on élabore en petit comité de co-optés des plans, des scénarios, des stratégies pour occuper le terrain.

 

Le 8 août 2019 vers 16h30 les patients civils l’Agence NucléDernièrement, en octobre – le risque avéré et la menace approchant à grand pas comme le dit l'ASN elle-même – les préfets du Gard, de la Drôme et du Vaucluse se sont poussés du col, on fait mousser la technostructure et impliqués dans leurs manœuvres sinistres la protection civile, les pompiers, les gendarmes et policiers. Sous l’œil attendri du CEA (Commissariat à l'Energie Atomique) et d'Orano-Areva, avec un grand absent de taille : la population. C'est qu'on n'aime pas dans ces cercles de pouvoirs et d'entre-soi les regards critiques et les questions basiques bien dérangeantes et très terre-à-terre : la vie, la santé, la mort, les expulsions, les pertes définitives d'emplois et d'activités, les territoires rayés de la carte.

 

Eclairages sur la mascarade

 

A Nîmes (Gard), ces 9 et 10 octobre 2019, on se l'est joué à la Trump : les méchants terroristes nous en veulent. Les criminels ne sont donc pas ceux qui rejettent au quotidien dans l'air et l'eau et sur terre la radioactivité mortelle et les déchets neurotoxiques délétères pour des milliers de générations, mais le Malin, l'Autre, l’Étranger. Scénario « attaque nucléaire » donc. Et tout ce qui va avec pour contenir... non pas la radioactivité mais la population, ces hordes d'inconscients prêts à fuir la région sinistrée pour tenter de se mettre à l'abri. Pas moins de 350 quidams intervenants dans leurs domaines de compétences quotidiennes (pompiers, policiers, gendarmes, militaires Sentinelles, protection civile,...) ont été réquisitionnés, par un sous-préfet « hors classe », pour jouer le rôle d'experts et de « sachants » capables, comme chacun sait, de se synchroniser en une fraction de secondes ou après maints exercices et formations pour passer au travers des particules contaminantes mortelles.

 

2019-10-15_exercice-crise_Nimes.jpgEuh, non, il ne s'agissait pas de lutter contre la radioactivité mais de « gérer » l'ingérable. A la manœuvre : le « Centre zonal opérationnel de Crise » (ça c'est du précis et clair pour tout un chacun), « l’État major interministériel de la zone de Défense et de Sécurité Sud » et le Centre National Civil et Militaire de Formation et d'Entrainement. Que du beau monde en uniforme et quelques technocrates de cabinets préfectoraux. Parmi les figurants quelques-uns portent une combinaison NRBC-e (Nucléaire, Radiologique, Bactériologique, Chimique) ; pour la forme car de toute façon dans les stocks il n'y en a pas assez pour tout le monde et pas de toutes les tailles. Et pas pour la population ni les enfants, ni pour les personnes handicapées, ni pour les malades hospitalisés,... Et puis le temps de les enfiler et de les passer au voisin. On a le temps de « morfler  un max » comme disent les précaires sous-traités du nucléaire.

 

Alors l'exercice sera avant tout constitué d'ateliers pédagogiques tel comment dénuder une victime des radiations et l'enfouir rapidement dans un sac plastique à double enveloppe. Mais aussitôt des questions basiques se posent : que faire des vêtements contaminés ? où les mettre et les faire disparaître ? comment transporter la victime contaminée voire des centaines sans que le personnel médical et autres intervenants soient à leur tour contaminés ? Ni contaminés l'ambulance et les locaux hospitaliers dans lesquels séjournent déjà d'autres patients et personnels ? Là c'est mystère et boule de gomme. Et puis, les têtes pensantes qui nous protègent ont très vite évacué la réalité, telle par exemple la concomitance d'une explosion contaminante avec un incendie ou un effondrement de routes devenues impraticables. On mesure très vite que c'est mission impossible. Seule certitude, les militaires boucleront le secteur et soit forceront les quidams à demeurer en zone contaminée, soit les expulseront de leurs lieux de vie, de travail, de scolarisation. Pour toujours. Bienvenue au pays radieux et enchanté de l'atome tricolore.

 

Le 14 octobre, c'est au tour de la ville d'Orange (Vaucluse) de jouer la pièce « frères de tous les pays solidaires » face au risque nucléaire. Sur la base aérienne et sous l’œil attendri d'un responsable du Commissariat à l'Energie Atomique on ne doit pas dire « accident nucléaire et contamination radioactive » mais « accident radiologique ». La « com » avant tout en présence d'observateurs suisses et états-uniens et de l'ineffable IRSN dont l'actuelle ministre de la santé fut Présidente.

 

2019-10-15_exercice-crise_Orange_Vaucluse_helico-allemagne.jpgÉcran de fumée donc dès le départ pour la soixantaine de personnes réquisitionnées (techniciens, scientifiques, pilotes, technocrates) et des hélicoptères venus porter assistance à la France meurtrie, en provenance de pays transfrontaliers ou proches (Italie, République Tchèque, Allemagne). Leur mission durant une semaine : évacuer des victimes ? sauver des vies ? Que nenni, ça c'est déjà trop tard. Non simplement cartographier une zone de 80 kilomètres couvrant les communes de Mirabel-aux-Baronnies, Puyméras, La Garde, Paréol, Rasteau, Vacqueyras, Orange, Buis les Baronnies. En la survolant à des hauteurs de 40 à 90 mètres pour cartographier, via des détecteurs embarqués, la radioactivité.... « naturelle ». On parle toutefois de potassium40 radioactif et d'uranium238 radioactif. Mais au passage, l'un des responsable lâchera « on ne survole pas la zone pendant les rejets (radioactifs et particulaires radio-contaminants) mais quand le site est stabilisé et que tout est déposé au sol ». Cynique jusqu'au bout. Mais comme l'objectif officiel le précise : il s'agit de maintenir les compétences et les relations avec les équipages voisins . « C'est très intéressant de voir les autres matériels utilisés », ira jusqu'à susurrer le responsable de l'IRSN. Science sans conscience est la ruine de l'âme... Le CEA se réjouit.

 

Un jour plus tard et pour 48h, les 15 et 16 octobre, c'est le site atomique du Tricastin qui a été choisi par la préfecture de la Drôme, de la direction de la sécurité civile (DSC, Mission nationale d’Appui à la gestion du Risque Nucléaire) et de l’autorité de sûreté nucléaire (ASN). Là sont implantées près de 15 installations nucléaires civilo-militaires sur 650 hectares, deux départements (Drôme et Vaucluse) et trois communes (Pierrelatte, Saint Paul-Trois-Châteaux et Bollène). On trouve ici le cocktail explosif le plus fou implanté sur une faille sismique et sous le niveau du canal de Donzère-Mondragon : la chimie nucléaire (conversion, défluoration et dénitration), l’enrichissement de l’uranium, la transformation de produits atomiques, 4 réacteurs atomiques à bout de souffle, des laboratoires appartenant à Orano-Areva, EDF et CEA. Pour cet exercice de simulation les nucléocrates ont joué à « super Mario ». Version on joue à se faire peur « mais c'est pour de faux, hein les gars » sous l’œil théâtral de la sous-préfète de la Drôme avec pour thèmes « sûreté nucléaire » et « sécurité civile ».

 

2019-10-15_exercice-cirse_Tricastin.jpgEt dire que des personnes ont travaillé et préparé un tel exercice : deux poids lourds se percutent, des bouteilles de gaz explosent, un container cylindrique de produits uranifères se fissure, des rejets chimiques toxiques se dégagent. Il n'y a que deux blessés. Le Préfet déclenche le PPI (Plan Particuliers d'Intervention). Les sirènes sont censées alerter la population. Seul hic, comme pour les exercices des années précédentes : très peu de personnes les entendent, ces sirènes, surtout si vous êtes aux champs au simplement à l'école en classe ou au bureau ou en salle des machines de la centrale atomique voisine. D'autant moins audible que l'exercice de « crise » prévoit qu'elles ne se déclenchent que dans un rayon de 5km sur sept communes de Vaucluse et de Drôme. Alors que le PPI a été dernièrement élargi à 20 kilomètres et couvre plus de 70 communes et leurs habitants et travailleurs... D'ailleurs les maires des 7 communes fictivement impactées et des 76 communes du périmètre d’application du PPI ont été priés de ne pas mettre en œuvre les plans communaux de sauvegarde (PCS) de leur commune. Ça créerait certainement trop d'ennuis et serait trop près de la réalité. Idem du bouclage de la zone réflexe du PPI qui n'a pas effectué par les forces de police et de gendarmerie. C'était plus sûr et ça aurait gêné le déroulé du scénario. En clair : je cache et tais ce que je ne veux pas voir.

 

Mais soyez rassurés bonnes gens « il s'agit d'un exercice grandeur nature pour tester la chaîne d'informations entres les autorités préfectorales et de sûreté nucléaire » affirme le responsable d'Orano-Areva. L'information et l'alerte de la population attendront, l'important est de bien verrouiller ce qu'on livrera comme boniment pour endormir le troupeau. La dernière phrase du communiqué est déjà prête, c'est celle qui figure au bas de chaque document nucléariste après un accident : « cet incident (classé au niveau 0 ou 1 selon l'humeur du moment) n'a pas eu d'impact au niveau de la population et de l'environnement ».

Mais, malgré toutes ces précautions dans le verrouillage de fuite (d'information), la presse convoquée sur place a pu, sourire en coin, se rappeler que déjà en 2013 il y avait eu quelques ratés : le Directeur de la Ferme aux Crocodiles de Pierrelatte et le personnel censés participer à l'exercice de simulation en se confinant à l'intérieur du bâtiment. par simple pression sur un bouton fermant hermétiquement toutes les portes et fenêtres avaient laissé à l'extérieur des clients, que l'appel du directeur à la cellule de crise de la Préfecture était en fait arrivé chez les pompiers qui n'étaient pas au courant de l'exercice, que l'appel automatique d'alerte d'Areva était arrivé sur le portable d'un salarié... qui ne travaillait pas ce jour-là.

 

Cinquante gendarmes, 100 pompiers et cinq équipes d'astreinte, 3 préfectures d'Ardèche, du Gard et de Vaucluse, la Zone militaire de défense Sud-Est à Lyon et Sud à Marseille, l'IRSN et Météo France mobilisés pour cette mascarade : il fallait oser !

 

J.R et MVM