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On pensait avoir tout vu, que les technocrates fanatisés de la destruction atomique avaient produits tous leurs épisodes nauséabonds, que les "gros yeux" de l'ASN avaient enfin générés leur effet sur les apprentis-sorciers et bricoleurs de la modernité nucléaire de feu le 20ème siècle, que les 1000 accidents annuels dans les centrales atomiques françaises avaient calmé les délires du toujours plus et du encore-encore, que les canicules et sécheresses épuisant les volumes et débits des fleuves dans lesquels chaque centrale pompe ses eaux de refroidissement et rejettent ses eaux chaudes avaient calmé les pulsions névrotiques   : et bien non.

CNPE DU TRICASTINCe 12 septembre 2019, l'IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire ) révèle que EDF, qui a récupéré avec joie l'an dernier une partie des activités de feu-Areva (rebaptisé Orano pour dissimulé une titanesque faillite à plusieurs centaines de millions), vient de leur avouer de sérieux problèmes dans la fabrication de matériels équipant les centrales nucléaires françaises. Sa filiale "Framatome" a quelque peu "merdé" dans le traitement thermique de dé-tensionnement appliqué aux joints soudés réalisés pour l’assemblage des différents composants. En clair que le procédé mis en oeuvre, après que de savants "têtes d'oeufs" de haut niveau l'aient conçu et que des ingénieurs-techniciens-ouvriers l'aient mis en oeuvre, ne permet pas de maintenir une température suffisamment homogène sur toute la longueur du joint soudé.

Ainsi, la température maximale prescrite a été dépassée sur certaines portions circulaires du joint soudé, tandis que, sur d’autres portions, la température minimale n’a pas été atteinte. Du grand art ! Prêt à péter à tout moment, c'est le 14 juillet et la Saint-Barthélémy réunis. Car les propriétés mécaniques des matériaux en sont affectées, ce qui conduit EDF à devoir fissa réexaminer ses études de démonstration de sûreté des équipements concernés. Et comme équipements concernés il est question des énormes "Générateurs de Vapeur" de 22 mètres de haut pour 465 tonnes qui équipent toutes les centrales nucléaires de l'hexagone. Ces grosses cocottes-minutes dans lesquelles l'eau, portée à haute température par la réaction atomique, se transforme en vapeur qui va faire tourner un alternateur produisant de l'électricité (telle la dynamo du vélo). A raison de parfois plus d'une dizaine de GV par installation : c'est du jamais vu !

Explications techniques

L’enveloppe des générateurs de vapeur est essentiellement constituée, du bas vers le haut, d’un fond hémisphérique, d’une plaque tubulaire, de deux ou trois viroles cylindriques, d’une virole tronconique, de deux viroles cylindriques et d’un dôme elliptique (cf. schéma en annexe). Tous ces composants sont assemblés par soudage.

Infographie - Traitement thermique de détensionnement de soudures de générateurs de vapeurLors de la réalisation de ces joints soudés, le métal en fusion est porté à une température bien supérieure à celle du métal des pièces à assembler afin de constituer le joint entre deux pièces. Lors du refroidissement, le métal d’apport et le métal des pièces se rétractent, mais les différences de température induites par le soudage font que le retrait n’est pas uniforme. Aussi, après le refroidissement, des contraintes "résiduelles" mécaniques affectent les joints soudés. Auxquelles s'ajoutent les conditions thermiques du soudage qui occasionnent des modifications des matériaux et la création de structures métallurgiques très dures et fragiles localement.

Le process de fabrication de ces équipements prévoit un traitement thermique de dé-tensionnement par chauffage par induction ou four annulaire après le soudage afin d'amener le joint soudé à une température permettant l’adoucissement des composés métallurgiques les plus durs de la zone affectée thermiquement et une certaine relaxation des contraintes.  Pour garantir la qualité du traitement ces procédés doivent permettre de maîtriser la température appliquée ainsi que les vitesses de chauffage et de refroidissement. Pour l’acier des viroles de générateur de vapeur, les règles de conception et de construction des matériels mécaniques des îlots nucléaires REP (RCC-M, édité par l’AFCEN) que suit Framatome, fixent la plage de réalisation de ce traitement thermique entre 595 °C et 620 °C.

Ainsi depuis 2008, du temps où "Framatome" faisait partie d'Areva, sont utilisées ainsi huit à neuf moufles pour couvrir toute la circonférence extérieure du joint soudé d’une virole de générateur de vapeur, et autant pour couvrir la circonférence intérieure. Quatre rangs de moufles sont disposés côte-à-côte afin de recouvrir toute la zone à traiter, à savoir le joint soudé ainsi qu’une certaine distance de part et d’autre.Et bien manque de pot, aujourd'hui EDF s'aperçoit lors de simulations réalisées récemment que des hétérogénéités de température appliquée par ce procédé conduisent par endroit à ne pas respecter la plage de température indispensable à la fabrication : la température la plus basse est significativement inférieure à la température minimale prescrite, et la température la plus élevée significativement supérieure à la température maximale prescrite.

Conséquence : les Générateurs de vapeur risquent de péter dans les centrales nucléaires

Dans sa note, l'IRSN est claire : "Une température de traitement insuffisante a pour conséquence une moindre relaxation des contraintes résiduelles. Une température de traitement excessive a pour conséquence une diminution de la limite d’élasticité, de la résistance à la traction et de la ténacité du matériau. En conséquence, les propriétés mécaniques considérées à la conception dans les analyses du comportement mécanique de l’enveloppe des générateurs de vapeur concernés sont remises en cause du fait de l’écart constaté, qu’il s’agisse des zones où la température est insuffisante ou de celles où elle est excessive. " En jargon moins jargonnant : il y a de forts risques que ça casse. Et boum, Tchernobyl et Fukushima vous donnent rendez-vous en France.

La note d'information de l'IRSN :

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Dernière heure : ce mercredi 18 septembre 2019, EDF commence à préciser quelles centrales atomiques seraient concernées par ces malfaçons, le nucléariste indique six réacteurs en exploitation, localisés dans les centrales du Blayais (Gironde), du Bugey (Ain), de Fessenheim (Haut-Rhin), de Paluel (Seine-Maritime) et de Dampierre (Loiret), soit un total de seize générateurs de vapeur en activité. Ainsi que plusieurs générateurs de vapeur qui ne sont pas encore en service (s'agirait-il de ceux concernés par la folie du "grand carénage" comme à Cruas/Ardèche et Tricastin/Drôme-Vaucluse? ) ainsi que les quatre de l'EPR de Flamanville (Manche), et trois équipements neufs destinés à être installés dans la centrale de Gravelines (Nord).

L'ASN a précisé au Monde qu'elle avait demandé des éléments supplémentaires à EDF et qu'elle allait mener cette semaine une inspection sur le site de Framatome de Saint-Marcel (Saône-et-Loire) alors que EDF "estime que les écarts constatés ne remettent pas en cause l'aptitude au service des matériels et ne nécessitent pas de traitement immédiat », c'est-à-dire que EDF compte plaider auprès de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) que ces défauts de fabrication ne nuisent pas au niveau de sûreté et ne contredisent pas le cahier des charges de l'exploitation. « Il appartiendra à l'ASN de trancher, quoi qu'il en soit » reconnait toutefois le directeur adjoint EDF du parc en exploitation.