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par Annie et Pierre Péguin, mars 2019
Mise à jour du 1 septembre 2019
 
Le nucléaire en difficulté, Astrid est abandonné
 
Le projet de réacteur Astrid qui devait être construit à Marcoule est abandonné. Ce réacteur, dit de 4ème génération, devait fonctionner avec un "combustible" à base de plutonium lié à l'uranium dit "appauvri" dont la France nucléaire regorge et ne sait que faire. Cette technologie très complexe qui a déjà fait l'objet d'essais infructueux (Phénix à Marcoule, superphenix à Morestel) est particulièrement dangereuse. Les habitants de nos régions ne peuvent que se réjouir d'échapper au voisinage d'une telle réalisation porteuse de risques considérables. Certes des emplois ne seront pas créés, mais les énormes travaux de démantèlement d'unités nucléaires obsolètes à effectuer assureront encore longtemps du travail pour la région. Notons que dans le même temps le réacteur EPR en construction à Flamanville subit de plus en plus de défauts génériques, de retards, de surcoûts, au point que sa mise en route définitive n'est pas assurée. Quant à Iter en construction à Cadarache pour mettre en œuvre la technologie de fusion nucléaire, il se présente de plus en plus comme un gouffre financier qui ne fonctionnera jamais après avoir provoqué tant de destructions écologiques pour sa réalisation.
Nous assistons donc à ce que nous dénonçons depuis longtemps. La production d'électricité nucléaire est une industrie lourde, onéreuse, dangereuse, et rendue obsolète par les technologies modernes. C'est la plus mauvaise façon de faire bouillir l'eau destinée à alimenter les alternateurs. Nous réclamons l'arrêt en urgence des centrales nucléaires avant d'avoir à subir une catastrophe qui bouleversera nos vies menacées, et la vie en général sur nos territoires. Loin d'être utopique, cet arrêt est immédiatement réalisable grâce à l'interconnexion des réseaux européens et par la surcapacité de production d'électricité.


Article de mars 2019 :

Le nucléaire est à un moment charnière où EDF et Orano/Areva ne sont sauvés de la faillite que par l’État y investissant en notre nom 7 à 8 milliards d’€, où son coût devient bien supérieur à toutes les autres sources d’énergie et en particulier les énergies renouvelables, et où le risque de catastrophe devient de plus en plus possible ou probable. La France de plus en plus isolée s’obstine, contrairement aux pays voisins qui développent les alternatives pour s’affranchir de cette technologie lourde, mortifère et d’un autre temps.

En effet, la nucléocratie présente au sommet de l’État ne baisse pas les bras, ce qu’elle nous prépare si nous n’arrivons pas à l’arrêter est inquiétant, il s’agit tout simplement de basculer de la société de l’uranium à la société du plutonium pour aboutir au « nucléaire durable » encore bien plus dangereux !

La réunion publique organisée le 9 mars dernier à Narbonne concernant Malvesi au cours de laquelle nous intervenions, nous a permis de dégager quelques notions qu’il peut être utile de diffuser largement ou au moins de garder en mémoire.

Malvesi qui conditionne tout le minerai d’uranium qui arrive en France.est un maillon essentiel de la stratégie de nos dirigeants.

Sans enquête publique, Orano a obtenu de la préfecture de l’Hérault l’autorisation non seulement de rénover des ateliers existants (ce n’est pas du luxe, l’activité de Malvési dans la banlieue de Narbonne est source de pollutions chimiques et radioactives graves), mais aussi d’en créer un nouveau appelé NVH.

A partir du minerai d’uranium (U) importé, ou d’uranium issu du cycle du combustible nucléaire, Malvesi est autorisé à produire 21,000 tonnes par an d’uranium sous forme de fluorure d’uranium UF4, destiné à l’enrichissement au Tricastin.

Orano a obtenu l’accord pour que 300 de ces 21,000 t puissent être transformées en oxyde d’Uranium, UO2, dans ce nouvel atelier NVH, et destinées à Marcoule pour l’élaboration du combustible Mox dans l’usine Mélox.

C’est donc Malvesi qui prépare l’uranium nécessaire au fonctionnement des réacteurs, mais aussi celui qui permet la transition vers le programme nucléaire du futur (voir plus loin).

Notons qu’Orano voit très large, les autorisations obtenues dépassent largement les besoins actuels du nucléaire, elles supposent un accroissement notable de l’activité avec tout son cortège de pollutions chimiques et radioactives. La production actuelle de fluorure UF4 « n’est que » de 12 à 13,000 t /an soit quelques dizaines de tonnes/jour transportées par camion au Tricastin. Quant à l’usine Melox de Marcoule elle utilise une centaine de tonnes d’UO2 provenant de l’usine de Lingen en Allemagne, dont l’arrêt est programmé pour 2021du fait probablement de la dénucléarisation du pays. Voilà pourquoi Orano écrit :« Le groupe Orano fait le choix de relocaliser cette production d’UO2 sur le territoire afin de disposer d’un approvisionnement perenne et maitrisé » et obtient la création de l’atelier NVH. On verra que ce choix n’est pas anodin quant aux projets du lobby de l’atome.

L’enrichissement de l’uranium au Tricastin est nécessaire au fonctionnement des réacteurs actuels PWR dits de 2ième génération. En effet L’uranium naturel est essentiellement composé de l’élément 238 et de 0,7% de l’U235 qui seul est fissile, c’est-à-dire susceptible de se désintégrer en produisant une grande quantité de chaleur. Or la filière des réacteurs à eau PWR a besoin d’Uranium contenant à peu près 3,5 % de 235.

Le fluorure d’U, UF4, de Malvesi est transformé au Tricastin (à la Comurhex) en fluorure UF6 devenant gazeux à chaud, il peut alors être transféré à la nouvelle usine GB2, équipée des fameuses centrifugeuses, pour enrichissement en 235 .

L’U enrichi est utilisé comme combustible des réacteurs dont le fonctionnement génère outre de dangereux radionucléides, du plutonium par captation de neutrons par l’uranium.

Sous forme d’UO2, l’U enrichi constitue le « combustible » des réacteurs PWR actuels. Et il n’y a pas que le Pu qui se crée sous l’effet du bombardement neutronique, les réactions de fission génèrent aussi des radioélèments très dangereux, strontium, Césium, iode radioactifs pouvant être métabolisés par les organismes vivants à la place d’éléments essentiels tels que le potassium, le calcium ou l’iode. Tout cela fait que les assemblages de combustibles issus des réacteurs, « usés », sont beaucoup plus dangereux que les assemblages neufs, et il en est de même des piscines dans lesquelles on les immerge, elles sont fragiles et en cas de sabotage ou de catastrophe elles seraient source de très graves contaminations radioactives ; rappelons-nous l’angoisse due au risque d’effondrement de la piscine du réacteur N°4 de Fukushima.

Après 3 ans en réacteur, « usé », il est transporté à la Hague pour y être retraité après un séjour en piscine.

Le « retraitement » a pour but essentiel d’extraire le plutonium qui s’est formé au cœur des réacteurs sous l’effet des réactions de fission.

Le plutonium (Pu) est la pire des matières issues de l’activité industrielle, excessivement radio toxique (alpha) en cas d’absorption par l’organisme, de durée de vie très longue (avec une période de 24,000 ans, c’est 300,000 ans qu’il faut pour qu’il soit complètement désintégré!). Quelques Kg suffisent à atteindre la masse critique provoquant l’explosion atomique, et la France épicentre de l’industrie du Pu en aurait en stock aux alentours de 70t.

En tout cas, une fois que les militaires se sont servis, il faut trouver à utiliser le Pu accumulé auquel s’y ajoute près d’une dizaine de tonnes par an (chaque réacteur pouvant produire ~ 150 t/an de Pu) et pour cela le CEA en fait un combustible en l’associant avec l’uranium dit « appauvri ».

L’uranium « appauvri » généré en grosses quantités au cours des opérations d’enrichissement au Tricastin s’accumule, et il faut le valoriser.

Cette opération génère 7 fois plus d’U dit « appauvri » que d’U enrichi. Il est qualifié « d’appauvri » parce que contenant moins de 235, et plus de 238 , et pour laisser croire qu’il est peu dangereux. Il n’en est rien, contrairement à ce que son appellation d’appauvri pourrait suggérer, il reste à peu de choses près tout aussi dangereux.

Il s’accumule, il y en a 200.000 t stockées entre le Tricastin et la Haute Vienne, il faut lui trouver des débouchés. Les militaires en équipent déjà les têtes de bombes, obus et roquettes pour les rendre plus pénétrants. Mais l’U réduit en aérosol par l’explosion contamine pour des millénaires les pays qui subissent la guerre! Les maternités d’Irak regorgent d’horribles naissances de monstres, et on n’en saurait rien si les familles des vétérans américains touchés eux aussi, ne portaient pas plainte contre l’état US.

Mais cela ne suffit pas à écouler les stocks.

C’est là où apparaît plus clairement la vision du CEA qui œuvre depuis 60 ans à l’émergence d’une filière française du « nucléaire durable » (Il faut le faire de populariser un tel qualificatif !) basé sur le plutonium.

Première étape de transition, mettre du plutonium dans les réacteurs à eau PWR existants sous forme d’un mélange d’oxydes d’U appauvri et de Pu, c’est le Mox clé de voute de la stratégie actuelle en attendant celle à venir.

Le Mox, mélange donc d’oxydes d’U appauvri et de Pu à ~7 à 8 % de Pu, c’est un « combustible » beaucoup plus réactif, dangereux et difficile à gérer. Les piscines dans lesquelles ils doivent refroidir nettement plus longtemps, une cinquantaine d’années, en deviennent des lieux potentiels de catastrophes atomiques, en effet le Mox peut être utilisé pour constituer des bombes atomiques « sales ». Leur retraitement éventuel futur reste problématique.

Mais la logique de ce choix est non seulement d’utiliser des matériaux fournis par la filière actuelle, mais aussi l’U238 du Mox peut capter des neutrons pour re-génerer du Pu (c’est pour cela qu’on dit que l’U238 est « fertile »).

Par arbitrage de Rocard, le CEA a réussi à imposer à EDF le « moxage » d’une vingtaine de réacteurs, parmi les plus anciens, ceux de 900MW. Mais ces réacteurs n’ayant pas été conçus pour cela, ils ne peuvent être moxés qu’à 30 %. Cela était le cas aussi du réacteur N°3 de Fukushima (soyons fiers d’avoir contribué à répandre du plutonium aux alentours pour des centaines de milliers d’années).

Le mox est élaboré à l’usine Melox de Marcoule (usine quasiment unique après l’arrêt cet hiver de la construction d’une autre aux US), et pour cela, chaque semaine, ~150 Kg traversent la France de la Hague à Marcoule en camion, au mépris des risques d’accident ou de terrorisme.

Notons que seul l’isotope 239 du Pu est fissile, donc utile à la réaction, soit 60 % du Pu utilisé pour le Mox ( les militaires sont mieux lotis, ils disposent d’un Pu à 90 % de 239.

Pour en savoir plus sur le Mox voir les écrits de B. Laponche et JC Zerbib de global Chance.

Étape suivante : Mise en route de l’EPR de Flamanville au MOX.

L’autorité de Sureté Nucléaire étant aux ordres, rien n’empêchera les i-responsables de prétendre avoir réussi à mettre en route l’EPR qui aura couté 10 milliards d’€, rien ne les arrête, acier du cœur fragilisé, soudures aléatoires, il faut que cela tourne ou paraisse tourner.

Puis Construction de 6 EPR

Mais ce n’est pas fini, la vision de nos nucléocrates est d’obtenir la construction de nouveaux EPR après le succès de celui de Flamanville (!) tous entièrement moxés. Au nom de la grandeur de la France, l’État allongera l’argent nécessaire.

Enfin aboutir au Graal du « nucléaire durable » fonctionnant en économie circulaire, la nouvelle génération 4.

Ces vulgaires réacteurs à eau ne consommant que le Pu 239, la vision ultime, le Graal, est le lancement de la 4ième génération, les Réacteurs à Neutrons Rapides pouvant consommer tous les isotopes du Pu et même les actinides mineurs, toujours associés à l’U appauvri ou à défaut à l’U naturel ( plus besoin de retraitement). On prévoit même qu’ils puissent produire, à partir d'U 238, davantage de Pu qu'ils en consomment, on les qualifie alors de « surgénérateur », sauf que jusqu’à présent les tentatives de faire fonctionner ces technologies lourdes n’ont été que des échecs couteux (Phénix, superphenix en France, Monju au Japon). L’économie du nucléaire serait alors « circulaire », « durable », et la grandeur de la France atteindrait alors les sommets tant rêvés…

Voilà pourquoi le projet de construire à Marcoule un prototype de réacteur RNR, Astrid, est toujours à l’étude malgré les fiascos antérieurs et les problèmes de financement (mais le « rayonnement de la France » ne mérite-t-il pas tous les sacrifices ?). Les terres nécessaires sont retenues en extension du centre de Marcoule, l’atelier Atalante de chimie séparative (des actinides mineurs) est créé, etc.

Et par ailleurs, dès maintenant EDF achète, avec l’aide de la Safer dont on croyait que son rôle est de préserver les terres agricoles, des terres partout où c’est possible autour des centrales, terres destinées aux extensions des activités nucléaires telles que piscines de refroidissement, stockages de déchets, construction de nouveaux réacteurs, etc.

Voilà pourquoi la création de l’atelier NVH de Malvesi qui paraît relativement anodin, préfigure le basculement de la société de l’uranium vers celle du plutonium encore plus dangereuse, si on n’arrive pas à l’arrêter à temps.

Voilà encore pourquoi tout est prévu pour qu’une nouvelle catastrophe atomique dont nous serions victime ne remette pas en cause le programme nucléaire et son avenir i-radieux. Zn ce cas tout serait fait comme en Biélorussie et à Fukushima (programme éthos-Core) pour convaincre les populations touchées de vivre en zones contaminées, dans le « jardin nucléaire », au mépris de leur santé et de celle de leur descendance (on sait maintenant que les dégâts génétiques sont transmissibles aux générations suivantes!).

Enfin tout est fait pour que le nucléaire paraisse indispensable non seulement en le présentant comme un atout contre le réchauffement climatique, mais aussi en augmentant artificiellement la demande d’électricité (grâce à l’informatique et à la voiture électrique présentée comme « propre » !). La France est de plus en plus isolée dans ses choix énergétiques qui deviennent de plus en plus coûteux et qui nous éloignent de la sobriété nécessaire à la transition énergétique,

Il nous reste à alerter autant que possible l’opinion, à boycotter EDF, à combattre les gaspillages d’électricité (voitures « propres » électriques, et autres gaspillages), à contrer tous les projets, de Bure/Cigeo bataille essentielle, aux achats de terres agricoles. Nos moyens sont bien modestes face à la machine en route que rien jusque là n’a arrêté. Mais notre rage ne doit pas se résigner.

*Le procédé de traitement de l’uranium Nouvelle Voie Humide donne son nom « NVH » au nouvel atelier prévu à Malvési.