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En cette fin juillet 2019, les opposants au projet du dépotoir de déchets atomique à Chalk River (1) à 180 km à l’ouest d’Ottawa, en Ontario, ne baissent pas les bras. L’opposition à l' « installation de gestion des déchets près de la surface » (IGDPS) selon le jargon officiel, prend même de l’ampleur. Ils viennent d'organiser une manifestation nautique sur la rivière des Outaouais menacée de contamination radioactive et pollution chimico-nucléaire, tout comme le fleuve Saint-Laurent un peu plus loin du côté Québec, par le plus vieux laboratoire de recherche nucléaire du Canada.  Les Laboratoires nucléaires canadiens (LNC), qui en sont l’exploitant mandaté par le gouvernement canadien, veulent construire un gigantesque IGDPS comme celle que la nucléosphère fascisante veut imposer 'en France à Bure. Les LNC veulent y stocker un million de mètres cubes de déchets radioactifs de faible activité et de moyenne activité, à flancs d’une colline et répartis dans dix cellules "pas enfouis profondément sous terre". Autrement dit à faible profondeur.
Suite aux vives protestations des contribuables, ils ont renoncé en théorie à y loger des déchets radioactifs de moyenne activité. Une fois rempli sur une période de 50 ans, le monticule de déchets, qui repose sur une géomembrane et des couches d’argile bentonite, sera recouvert d’une géomembrane (voir la figure plus bas dans le texte). Un peu comme le monticule illégal et sauvage qui fuit du Commissariat à l'Energie Atomique au Tricastin le long du canal de Donzère-Mondragon.

Une flottille de 12 embarcations pour protester contre l’IGDPS

2019-07-25_bateaux-chalk-river-manifestation.pngDes Québécois et des Ontariens se sont mobilisés à bord d'une douzaine d’embarcations pour dénoncer, entre autres, le danger potentiel que représente l'entassement de déchets radioactifs, dans un monticule de 18 mètres de haut (5 étages) et d’une superficie de 16 hectares, tant pour la pollution du cours d’eau et de l'environnement que pour la santé de la population. Ce dépotoir de déchets radioactifs, souhaité ardemment par les nucléocrates canadiens comme projet lucratif, mais non conforme aux normes internationales de l’AIEA étant donné le type de déchets à enfouir serait  à moins d’un kilomètre de la rivière des Outaouais. Une fuite banale du dépotoir pourrait contaminer la source d’eau potable de milliers de personnes dans la région et même bien au-delà. "Ça touche des gens d’ici jusqu’à Ottawa, jusqu’à Montréal. Il y a deux millions de personnes qui dépendent de la rivière", dénonce ainsi Eva Schacherl, de la "Coalition contre les dépotoirs nucléaires sur la rivière des Outaouais".

Les risques dépassent largement les bénéfices envisagés mis en avant par les promoteurs de projet monstrueux qui est largement dénoncé. Ainsi,au printemps 2018, les maires de la Communauté métropolitaine de Montréal (1) ont souligné leur opposition au projet qui pourrait polluer le fleuve Saint-Laurent dans lequel se jette la rivière des Outaouais. Comble de la perversion des nucléocrates et experts : le monticule est entouré d’eau car, en plus de la rivière des Outaouais, il y a le lac et le ruisseau Perch, des marais et des marécages à proximité. Or comme le dit le physicien nucléaire David Boilley : " l’eau est l’ennemi numéro un des déchets radioactifs. Beaucoup d’éléments [radioactifs] sont solubles dans l’eau; et donc l’eau va finir par [emporter] tout doucement certains radioéléments et les faire sortir du [site de stockage]. Le pire qui puisse arriver à un déchet radioactif, c’est de baigner dans l'eau."

Chalk River : le "La Hague" et "Marcoule" canadien

2019-07-25_chalk-river-panache-animation.gifLe site de Chalk River comprend déjà plusieurs fosses où sont entreposés des déchets radioactifs. Il s’agit principalement de débris de construction provenant de la démolition de vieux laboratoires datant de la fin de la Deuxième Guerre mondiale.  Construites dans les années 50, les fosses ont servi à entreposer des déchets radioactifs. Des panaches mortels de strontium 90 et de tritium s’échappent de celles-ci et contaminent la terre alentour. Si le projet est approuvé, le site de déchets radioactifs à Chalk River pourrait être opérationnel dès 2020. Le monticule abritera donc aussi de la terre contaminée venant de ces huit panaches radioactifs s’échappant des fosses.

Et pour quelques 370 millions de dollars on va aussi tenter de faire passer la pilule sous le vocable de ''Centre de recherche avancée sur les matières nucléaires". Ce CRAMN, dont la construction devait débuter en 2019, serait l'une des plus importantes installations de recherche active jamais construites au Canada, selon les LCN. Et, tout comme le discours servi en France par Areva-Orano et les gouvernements successifs : "Il permettra de faire des recherches de calibre mondial dans les domaines de l'énergie nucléaire, de la santé publique, de l'intendance environnementale et de la sécurité mondiale. Et la revitalisation du campus des Laboratoires de Chalk River vise à positionner les LNC comme chef de file mondial en science et technologie nucléaires, transformant le site en un laboratoire nucléaire national durable de classe mondiale. Une fois terminée, l'installation permettra d'élaborer nos programmes de recherche, de pénétrer de nouveaux marchés internationaux et d'ajouter des capacités pour mieux répondre aux besoins de nos clients fédéraux, universitaires et commerciaux  », martèle le président et chef de la direction des LNC, Mark Lesinski. Fier de ses affirmations, il poursuit : "de nouvelles installations blindées et équipées d’installations avec des boîtes à gants permettront de tester des petits réacteurs modulaires et des combustibles nucléaires de prochaine génération, pour élaborer de concepts avancés de fabrication de combustible." Même délires, même discours, mêmes stratégies vouées à l’échec que le groupe multinational Areva en France. Gaffe LNC, en se calquant sur Areva : la faillite est en vue.

Le mythe de la course commerciale à la relance du nucléaire

2019-07-25_chalk-river-animation.gifMais au Canada il en est comme en France : "Les services fournis par le CRAMN seront essentiels à la prolongation de la durée de vie et à la fiabilité à long terme des réacteurs existants, dont le parc canadien de réacteurs nucléaires CANDU et des réacteurs prototypes de partout au monde. Cela fait partie du processus de transformation du site des Laboratoires de Chalk River sur 10 ans, qui sera financé grâce à un investissement de 1,2 milliard de dollars fourni par Énergie atomique du Canada limitée, au nom du gouvernement du Canada, pour moderniser le campus". Les citoyens devront assumer les risques financiers de cette folie malgré les risques pour leur santé.
Et les politiciens en annoncent la couleur : « L'investissement du gouvernement visant à renouveler l'infrastructure des laboratoires nucléaires de Chalk River contribuera aux activités de science et technologie nucléaires de classe mondiale », a déclaré l’ancien ministre des "Ressources naturelles du Canada", Jim Carr, qui poursuit : « Les plans de revitalisation des LNC contribueront à façonner nos futurs succès nucléaires et le rôle de l'industrie dans notre transition vers une économie à faible émission de carbone ». Mêmes manipulations. Après la pollution au carbone c’est la pollution radioactive.

Les Algonquins en lutte contre l'horreur nucléaire

Déjà en janvier 2018, l'audience publique de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) s'était ouverte sur fond de tensions à Pembroke, en Ontario. Les Algonquins de l'Ontario estiment qu'ils n'ont pas été assez consultés par rapport au renouvellement du permis d'exploitation des Laboratoires Nucléaires canadiens (LNC) à Chalk River. Si la licence lui était accordée, les LCN pourraient exploiter ces laboratoires jusqu'au 1er avril 2028. Dès le début des discussions, la CCSN faisait savoir que les LNC répondaient aux réglementations environnementales et avait recommandé que la licence soit accordée. La directrice de l'agence fédérale CCSN, Haidy Tadros, concluant que les LNC, qualifiés pour mener les activités autorisées par la licence, devront "mener ces activités en prenant des mesures pour protéger l'environnement, la santé et la sécurité des personnes ». On croirait entendre l'Autorité de Sûreté Nucléaire de France.

2018_manifestation_Algonquins.jpgPour la représente des Algonquins de l'Ontario, Lynn Clouthier, la conformité aux règlements (établit par la nucléocratie) ne devrait pas être le seul critère pour évaluer la demande des LNC. D'autant que la communauté algonquine n'a pas été suffisamment consultée et qu'elle pose comme préalable que les LCN soient tenus de consulter les communautés autochtones. « Les Algonquins ont le droit de participer à prendre les meilleures décisions possible pour protéger la Terre-Mère [...] Nous voulons une véritable consultation », a-t-elle affirmé, rappelant les engagements du gouvernement Trudeau envers les communautés autochtones de partout au pays.

Plusieurs groupes de citoyens, dont des groupes autochtones, s'étaient déjà regroupés dans le courant 2018 devant le Parlement du Canada pour exprimer leur désaccord face au projet et au permis.  Pendant trois jours, des représentants de communautés autochtones, des groupes environnementaux, des experts ainsi que des acteurs politiques ont débattu de la demande des LNC. Le Caucus Iroquois, la Nation Anishinabek et la Nation métisse de l'Ontario ont présenter un mémoire à l'audience.

Les représentants de l'exploitant atomiste LNC ont osé réitéré leur préoccupation pour la sécurité des habitants de la région en s'engageant à poursuivre leurs recherches contre le cancer et à moderniser leurs infrastructures s'ils obtenaient la licence. Mais que peuvent valoir des études menées par le bourreau sur ses victimes ? En France, les fameuses études menées par les nucléocrates autour du site nucléaire de Tricastin ne concluaient-elles pas un état sanitaire impeccable autour du site.

En mai 2018, si le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, qui s’oppose à Chalk River estimait que sa ville continuerait de poser des questions sur le projet d'installation de ce dépotoir nucléaire à Chalk River, de son côté la ministre du "Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques" du Québec, Isabelle Melançon, faisait savoir qu'elle n'appuierait pas directement les municipalités qui ont exprimé leur opposition au projet en soutien à Gatineau. Le maire demandait la mise sur pied d’un comité de travail afin de réunir les villes de Gatineau et de Montréal ainsi que les municipalités avoisinantes. « Il y a vraiment une mobilisation à Montréal à laquelle nous allons nous joindre », ajoute le maire de Gatineau.

Nucléocratie et adorateurs du dieu atome contre la vie, la population, l'environnement

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Les nucléocrates estiment que le site sera graduellement rempli jusqu’en 2070, puis scellé. Le monticule d’une hauteur de 25 mètres contiendra 1 million de mètres cubes de déchets. Pour la biologiste Annie Morin aux Laboratoires nucléaires canadiens (LNC) qui est partie prenante de ce projet : "L’installation de gestion des déchets près de la surface est une technologie éprouvée (ah bon ?) et seulement 1 % (c’est faux) des déchets ont une activité radioactive moyenne, les autres étant de faible activité". (Note : En octobre 2017 suite aux vives protestations du public, les LNC ont annoncé que les déchets radioactifs d’activité moyenne ne seraient pas mis dans le dépotoir.) Et alors? l'impact n'en demeure pas moins mortel. « Ces 10 000 m3 de déchets [peuvent produire assez d’énergie au mètre cube pour faire bouillir de l’eau. Il faut les déplacer à distance tellement ils sont dangereux. […] C’est radioactif au point où les radiations pourraient détruire la membrane. » dévoile le journaliste Gilles Provost qui met en garde la population. Au Canada, comme en France, les spécialistes et experts du nucléaire sont aussi dans le double langage et la confusion.

Et il y a « la possibilité que les eaux de pluie s'infiltrent et soient contaminées par les déchets nucléaires et qu'ensuite elles se retrouvent dans les eaux souterraines ou dans la rivière des Outaouais. Les promoteurs ne sont pas en mesure de nous assurer que ça ne se produira pas et c'est d'autant plus particulier et préoccupant que c'est un risque qui s'échelonne sur plusieurs centaines d'années », explique le directeur de "Sentinelle de la rivière des Outaouais".

Mais évidemment, tout comme en France, les "Laboratoires nucléaires canadiens", un consortium privé de SNC-Lavalin et de quatre multinationales anglo-américaines depuis 2015), assurent que le danger est minime du fait que seuls les déchets faiblement radioactifs seront entreposés dans ce futur dépotoir. Pourtant "On sait que c’est dangereux, ce site-là. Que le risque de contamination est énorme avec le ruissellement, l’eau souterraine. Et la radiation, ça ne s’enlève pas." martèle Martine Ouellet, la chef du "Bloc québécois". Elle surenchérit : " La gestion de ce site-là se fait en fonction des profits. C'est pas normal, c'est pas les profits et c'est pas les coûts qui doivent guider la décision de savoir où on met un site de déchets radioactifs. "

Le projet de dépotoir de Chalk River prévoyait donc entreposer 99 % de déchets de faible activité et 1 % de déchets de moyenne intensité. "Mais la classification des déchets radioactifs pose souvent problème", constate Ginette Charbonneau qui affirme aussi que le nouveau site abritera des déchets radioactifs d'un peu partout au Canada, y compris certains déchets radioactifs canadiens qui retournent des États-Unis après leur réduction et leur traitement. Rejoint en cela par Martine Chastelain, porte-parole de "Eau-Secours", la Coalition pour une gestion responsable de l'eau : "On peut penser aux déchets médicaux radioactifs, on peut penser à Gentilly (centrale nucléaire à l'arrêt et en prévision de démantèlement). Donc il va y avoir des déchets radioactifs qui vont se promener soit sur rail, soit sur l'eau, soit sur les routes".

Et le consortium à l'origine de ce projet inacceptable prévoit subrepticement la construction d’une centrale de traitement des eaux pour récupérer et traiter les eaux de lixiviation qui s’accumuleront inéluctablement à l’intérieur du monticule. « Nous avons prévu un système de drainage et un système de détecteur de fuites sous la membrane, toute l’eau qui s’échappera sera récupérée et entièrement traitée avant d’être libérée dans l’environnement. » Bah c'est comme si c'était fait! Tout comme en France l'Andra, là au Canada on voit aussi loin, très loin : l’installation doit rester étanche pendant les 300 prochaines années, le temps, dit-on, que la majorité des déchets à l’intérieur du site perdent leur radioactivité.

Le hic c’est que plusieurs déchets radioactifs ont une durée de vie plus longue. Une géomembrane qui dure 300 ans voire même 550 ans comme le prétendent les chercheurs qui ont testé la géomembrane, c'est proche de la prospective martienne.  Et on ne mégote pas. Pourtant il y aura aussi une quantité d’isotopes de longue vie à l’intérieur du monticule. Le plutonium 239, par exemple, qui demeure radioactif pendant des dizaines de milliers d’années. Mais comme les nucléocrates disent ne pas pouvoir éliminer tous les radionucléides de longue vie de leurs déchets, puisqu’ils sont mélangés avec les produits de courte vie, et qu’il est impossible de tous les retirer du lot : on continue. D’autre part, la classification trop vague des déchets radioactifs au Canada présente de graves lacunes et il n’y a aucune réglementation ni aucune stratégie au Canada pour la gestion à long terme des déchets radioactifs d’activité moyenne.

Par conséquent, les solutions sont toujours temporaires et la tentation est forte de mettre des déchets radioactifs de moyenne activité avec les déchets de faible activité radioactive. Autour des laboratoires à Chalk River, des déchets radioactifs de moyenne et de forte intensité sont entreposés dans des contenants blindés dont la durée de vie est d’environ 50 ans. Toujours du temporaire faute de mieux. C’est effrayant.
 Les Laboratoires nucléaires canadiens espèrent commencer la construction de leur monticule, au coût de 600 millions de dollars, d’ici deux ans, mais ils doivent d’abord obtenir le feu vert de la Commission canadienne de sûreté nucléaire

Au Canada comme en France, des processus de pseudo concertation et expertise qui ne remettent aucunement en cause ce qu'exigent les nucléocrates

Au mois d'août 2017, la "Commission canadienne de sûreté nucléaire" - équivalent de l'ASN en France - terminait sa première phase de consultations sur le projet de dépotoir de déchets radioactifs de Chalk River, en Ontario. Dès l'époque, L’expert nucléaire Gordon Edwards, du "Regroupement pour la surveillance du nucléaire", souhaitait une prise de position du gouvernement québécois : "Je pense que c'est absolument nécessaire que le gouvernement du Québec actuel se prononce sur ce projet insensé".  Voici un lien aux commentaires des fonctionnaires québécois sur le projet de dépotoir nucléaire à Chalk River, à la mi-septembre 2017. Le ministre de l'environnement du Québec avait tenu une conférence de presse lors du dépôt de ces commentaires, ce qui est inhabituel. https://ceaa-acee.gc.ca/050/documents/p80122/120514F.pdf

2019-07-25_maquette-dechets-nucleaires-chalk-river.jpgLa population a eu très peu de temps pour réagir à un rapport de 990 pages (sans compter les annexes) publié en anglais et en français (suite à nos revendications) par les LNC et seulement diffusé sur le site de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN). Gilles Provost estime que le dossier demeure extrêmement complexe pour le public. « Ça m’a pris une semaine complète pour le comprendre, et je suis allé d’incrédulité en incrédulité. » Il réitère que, selon lui, dans sa forme actuelle, le dépotoir serait un projet irresponsable de la part du gouvernement fédéral.

Comme en France, les nucléocrates canadiens procèdent par affirmations d'autorité et non démontrées scientifiquement : « Ils disent que le dépotoir aurait une durée de vie d'au moins 300 ans voire même 550 ans. J'en doute. J'ai l’impression que c'est moins que ça, car les radiations attaquent la surface des membranes surtout les rayonnements gamma.  De plus les tests effectués sur les membranes ont utilisé des lixiviats de radionucléides très différents de ce que contiendrait le dépotoir à Chalk River. Il y a aussi  la dégradation de la géomembrane en fonction de la température ambiante. Avec le réchauffement du climat, la durée de vie des membranes pourrait être sensiblement raccourcie. De toute façon, plusieurs substances radioactives qui seraient placées dans cette installation de gestion des déchets radioactifs près de la surface ont des durées de vie de milliers d'années », estime la physicienne Ginette Charbonneau, du "Ralliement contre la pollution radioactive", qui avait remis ses commentaires à la Commission dès le début de l’évaluation environnementale du projet. Patrick Nadeau, de "Sentinelle de la rivière des Outaouais" précise que "le manque de précédents est une source d'inquiétude et de risques pour l'environnement et la santé humaine".

Et comme en France toujours, le discours se veut rassurant « Nous construirons une usine de traitement des eaux contaminées afin de les nettoyer pour les rendre à la nature », a assuré le vice-président du démantèlement et de la gestion des déchets aux LCN, Kurt Kehler, ajoutant que le site sera étroitement surveillé pour prévenir un déversement. On sait au quotidien ce qu'il en est tant en Europe qu'en Amérique du Nord. Et contre toute réalité tangible, les promoteurs du projet nucléocratique affirment que "Différents scénarios prenant en compte les conditions météorologiques et environnementales de la région ont été testés et seront considérés lors de la conception et de l’installation, sans compter un programme complet de surveillance environnementale de la qualité de l’eau et de l’air." Bah, c'est pas très rassurant quand on voit comment ils gèrent déjà, à la petite semaine, leurs installations nucléaires existantes. Pour Patrick Nadeau, biologiste : "cette technologie est éprouvée… dans le cas de dépotoirs municipaux mais pas nucléaire". Il poursuit : « À partir du moment où une contamination atteint la rivière, on parle de risques pour tous les gens en aval. Et filtrer ces eaux est extrêmement complexe, puisque des éléments, comme le tritium, peuvent « passer tout droit », sans parler de la difficulté que présente la captation de l’entièreté de ces eaux  d’un affluent qui abreuve la capitale canadienne et la Région métropolitaine de Montréal "

Depuis deux ans les opposants au projet réclament, en vain, plus de temps avant qu'une décision ne soit prise. « On veut être inclus dans la prise de décision. On ne veut pas se voir imposer un dépotoir qui pourrait être extrêmement problématique pour des générations », affirme un scientifique militant du comté de Renfrew, Ole Hendrickson.

Comme en France, l'esprit de collaboration et l'appât du gain, guident certain-es élu-es à accepter un site d’enfouissement  en couches géologiques profondes

Depuis 2015 la nucléocratie est aussi en quête d'un « dépotoir » pour ses déchets radioactifs de forte activité. Le site choisi au terme du processus accueillera, tel à Bure, un dépôt géologique en profondeur pour le combustible nucléaire irradié canadien ainsi qu'un Centre d'expertise associé. Il s'agit d'un projet de 23 milliards de dollars.
 
Tout comme en France, des villes et "communautés" sont consultées et considèrent les retombées économiques vantées par la nucléocratie : des emplois en perspective, du commerce florissant. Il fallait oser. « L'industrie nucléaire fait partie intégrante de notre passé et, peu importe où le dépôt sera éventuellement établi, j'estime que nous pouvons apporter une contribution importante à la façon dont le projet sera mis en oeuvre », estime le maire d'Elliot Lake, Dan Marchisella. On croirait entendre les maires et élu-es proches de Tricastin, Cadarache, Cruas-Meysse, et autres sites nucléaires français. Le bla-bla habituel pour faire accepter le projet et vaincre les résistances. (Petite précision : toutes ces communautés ont reçu 400 000 $ de la Société de gestion des déchets nucléaires, pour l'établissement d'un "Fonds de réserve pour le bien-être de la collectivité".)

Qui accepterait que l'on enterre dans son jardin l'ensemble des déchets hautement radioactifs produits au Canada? Après la sub-surface, l'enfouissement en profondeur
 
Des études de faisabilité se poursuivent dans sept collectivités de l'Ontario et de la Saskatchewan. Deux communautés du Nord de l'Ontario (la ville de Spanish et le canton de North Shore) qui s'étaient portées candidates, ont été écartées du processus de choix du lieu du (seul pour l'instant) site canadien de gestion des déchets nucléaires. Seuls Elliot Lake, Blind River, Manitouwadge et White River demeurent en lice.
En juin 2014, Nipigon dans le nord-ouest de l'Ontario, avait dit non aux déchets nucléaires et retiré sa candidature, le conseil municipal estimant que le projet ne correspondait pas aux objectifs et aux valeurs de sa communauté. Nipigon était la première des 15 municipalités toujours dans la course à se désister. Le maire de Nipigon affirme que la Ville a pris la meilleure décision. Au total 11 "communautés" seulement sont toujours dans la course pour accepter des déchets radioactifs. Elles étaient 21 au départ en 2011.
 
Certaines villes ont, après réflexion et intervention de la population, décidé de ne plus tenter d'accueillir sur leur territoire un dépôt géologique profond. Aux dernières nouvelles la localité de Hornepayne, en Ontario, semble la favorite des nucléocrates et politiciens aux ordres.
 
« Dorénavant, les études se poursuivront dans les endroits les plus susceptibles de répondre aux rigoureuses exigences de sûreté », affirme la vice-présidente à l'engagement et à la sélection d'un site, Kathryn Shaver. Les travaux sur le terrain menés par un consortium de tous les propriétaires de centrales au Canada (dont fait partie Hydro-Québec), comme des levés géologiques et d'autres forages, permettront d'évaluer la géologie et l'aptitude technique des sites à accueillir des déchets nucléaires en, soi-disant, toute sécurité (!)
 

La Société de gestion des déchets nucléaires prévoit que le choix final d'un site sera fait d'ici 7 à 10 ans. Comme si l'opinion de la population et des citoyens ne comptait pas plus qu'un pet de lapin pour eux. Haut les mains ! il s'agit bien d'un rapt sur nos vies. En prison les escrocs !

John Player (Spécial)

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(1) Ce lieu de Chalk River a vue la mise au point du réacteur nucléaire canadien "CANDU", en concurrence depuis l'après-guerre de 1945 avec celui des états-uniens de Westinghouse (qui équipe la France) et ceux des Russes et du nouveau venu Chinois. On y a produit aussi des millions de doses d’isotopes médicaux.

(2) Manitouwadge, White River, Elliot Lake, Blind River, Spanish, North Shore, Huron Kinloss, Brockton, Central Huron, South Bruce, Creighton (Saskatchewan)

Photos : DR, sources avec Radio Canada

(photo : En rouge, le site prévu pour le dépotoir nucléaire de Chalk River, qui est situé à quelques centaines de mètres de la rivière des Outaouais.)
(photo : Un plan de coupe montrant la constitution du dépotoir, de la surface gazonnée au déchets radioactifs variés Photo : Rapport de Laboratoires nucléaires canadiens

Photo :  Le site de Chalk River comprend déjà plusieurs fosses où sont entreposés des déchets radioactifs. Des panaches de strontium 90 (en mauve) et de tritium (en vert) s’échappent de celles-ci.
Photo : Radio-Canada / Christian Goupil