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Le 8 mars 2019, lors d'un banal contrôle, EDF a constaté par hasard que dans les bâtiments électriques des réacteurs atomiques 1 et 2, treize siphons de sol, qui assurent l'alimentation de zone tampons (1) pour éviter la propagation d’un incendie, sont à sec.

La garde d’eau est insuffisante et l’intégrité de la sectorisation n'est plus assurée. Les fumées peuvent se propager d'un local à un autre et un incendie peu donc s'étendre simultanément à plusieurs appareillages devant assurer une redondance fonctionnelle de sécurité.

consignes-securite_speciales-nucleaire.jpgPanique totale. Et la suite des investigations sur les deux autres réacteurs nucléaires (n°3 et n°4) ne va pas rassurer. Froid dans le dos assuré. Ces contrôles révèlent à leur tour que 21 autres siphons sont aussi à sec et ne peuvent pas plus assurer la sécurité face à un incendie.

Tous les réacteurs du Tricastin sont donc en état de vulnérabilité. Au total sur les 4 réacteurs atomiques : 34 siphons de sol sont inopérants et ne servent donc à rien.

Comment une telle mise en danger de l'ensemble de la centrale atomique est-elle possible ? Et sans que personne ne se soit rendu compte d'une telle situation menaçant tout le complexe nucléaire alentour et la région entière ?

Très simple : la liste réelle des siphons de sol existants et celle utilisée pour la vérification périodique du maintien d’une garde d’eau suffisante n'est pas la même. Et ce, depuis 2007. 12 ans que 34 siphons de sol n’étaient pas vérifiés !

Pour EDF, qui se glorifie qu'aucun incendie ne s'est déclaré dans ces locaux, cet événement ne mérite pas un classement sur l'échelle INES des accidents nucléaires, ou tout au plus au niveau 0. Il est vrai que dans le nucléaire on aime miser sur le hasard et sur la chance.

C'est rationnel et d'une grande maîtrise. Le nucléaire est vraiment une industrie de pointe qui fait l'orgueil de la France, si enviée (paraît-il) dans le monde entier...

L'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), prévenue de la situation que quatre jours plus tard, estime que, quand même, les choses ne sont pas aussi roses que cela (2). Et que compte-tenu du nombre de siphons de sol concernés, du risque de propagation d’incendie qui aurait pu en résulter et de la durée de cet événement (12années), cet « événement » sera reclassé, le 12 avril 2019, au niveau 1 sur 7 de l’échelle INES.

La population, quant à elle, tout comme les lecteurs de la presse régionale, n'en saurons rien. Inutile que cela se sache. Dans le nucléaire ont aime jouer avec le feu.

JR

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  1. sectorisation physique des locaux par des caissons résistants au feu

  2. https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Defauts-prolonges-de-sectorisation-incendie

  3. https://www.edf.fr/groupe-edf/nos-energies/carte-de-nos-implantations-industrielles-en-france/centrale-nucleaire-du-tricastin/actualites/reclassement-au-niveau-1-d-un-evenement-significatif-surete-concernant-des-siphons-de-sols-dans-les-batiments-electriques