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Si tout est sous contrôle, pourquoi EDF envoie-t-elle aux associations et à l'ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) des documents erronés, voire falsifiés ? On ne peut que s'interroger. Notamment avec ce document interne au nucléariste traitant du barrage hydroélectrique de Vouglans dans l'Ain avec son lac artificiel de 35 kilomètres de long et 600 millions de mètres cubes d’eau, ses 130 mètres de haut et 430 mètres de long et construit il y a cinquante ans (comme le pont de Gênes qui s'est effondré le mois dernier).
 
Pourquoi ce document interne présente-t-il une minoration de 85 millions de m3 d’eau par rapport aux évaluations officielles?  C'est ce que révèle l'émission "Envoyé Spécial" du 13 septembre dernier apportant un démenti cinglant au discours rassurant et mensonger de l’entreprise nucléariste. Elle révèle que dès la mise en eaux en 1968 plus de 200 fissures étaient apparues sur l'ouvrage.
 
Un déni de réalité
 
EDF_cnpe-bugey_centrale-nucleaire.jpgPour EDF le premier site nucléaire impacté par une rupture du barrage artificiel en béton de Vouglans (Ain), celui du Bugey situé à 70 km en aval du barrage et à 35 km de Lyon, ... ne serait pas touché bien que toute la zone serait inondée. Ainsi, tel un miracle, les eaux s’arrêteraient au bord de la route d’accès à la centrale. Une trop belle assurance qui fait froid dans le dos. Les quatre réacteurs atomiques en activité, celui en cours de démantèlement, le centre de stockage et de conditionnement de déchets nucléaires irradiés (ICEDA) en cours de construction échapperaient ainsi, selon l'affirmation du nucléariste, à la catastrophe. Nous ne sommes plus dans le rationnel mais dans le religieux.
 
C'est vite oublier qu'en France même, une telle catastrophe s'est déjà produite dans le Var il y a soixante ans, en pleine nuit. La vague géante de 50 millions de m3 déferla du barrage fissuré de Malpasset au dessus de Fréjus à la vitesse de 70km/heure. Il y eu 438 morts. A l'époque les centrales nucléaires n'existaient pas encore.
 
Évidemment, en minorant de 85 millions de m3 le volume d’eau réel du barrage de Vouglans et la pression gigantesque exercée par cette masse d'eau phénoménale sur le béton, on peut mettre en scène la théologie du dieu atome, dominateur et sourcilleux, maître de la matière et ainsi tenter de faire s'incliner le bon peuple ignorant et docile devant ses maîtres technophiles. Pourtant, comment accorder le moindre crédit à ces auto-proclamations si proches du délire et de la mégalomanie ? Des déclarations qui apparaissent relever plus du vœu pieux et de l'irresponsabilité que de l’analyse et de la prudence et du souci du bien commun et de la population.
 
Risques d'inondation et de catastrophe nucléaire dans l'Ain, l'Isère, le Rhône, l'Ardèche, la Drôme, le Vaucluse,...
 
Vue aérienne de la centrale nucléaire de Saint-Alban dans l'IsèreSelon les documents internes d'EDF évoqués par l'émission télé et confortés par un "ancien de la maison", le risque existe bel et bien, notamment par ce que des infiltrations minent le pied du barrage, que les fondations se décollent par endroits, que le contact entre le béton et les rochers sur lesquels prend appui l'ouvrage est fragilisé et que des glissements de terrain ont déjà été enregistrés. Une vague dévastatrice de 12 mètres de haut pourrait s'abattre sur tout ce qui se trouve au sud du barrage-voûte, dévastant aussi les six barrages plus petits en aval qui ajouteraient leurs eaux à la déferlante.
 
Malgré les documents internes EDF de ce scénario catastrophique, les déclarations officielles négationnistes demeurent. Pire, non seulement les installations nucléaires du Bugey ne seraient pas inondées mais la centrale nucléaire de Saint-Alban dans l’Isère, située un peu plus au sud, serait aussi épargnée par la vague. Mais toutefois ... à 7 cm près, voire à 2 centimètres ! A quoi cela tient la vie de millions d'habitants de la région. Quelques centimètres de plus ou de moins, que le nucléariste assure bien évidemment maîtriser, et la catastrophe atomique tricolore a lieu ou pas. Vous y croyez, vous ? " C'est un ouvrage majeur à risque, on le sait, mais on fait confiance aux services de l'Etat"ose déclarer un élu.
 
L'omerta aussi se fissure
 
EDF_cnpe-cruas-meysse_centrale-nucleaire.jpgA l'image du béton, l'omerta se fissure aussi et un document interne fini par avouer que la centrale nucléaire de Cruas-Meysse, en Ardèche, verrait ses bâtiments réacteurs noyés et perdre ses sources de refroidissement, ce qui conduirait à une catastrophe de type Fukushima. Idem un peu plus bas au Tricastin où la centrale et ses quatre réacteurs atomiques jouxtent le plus important complexe de fabrication et d’enrichissement de produits de fission atomique. Là se côtoient une vingtaine d'installations mortelles de EDF, Areva-Orano et du Commissariat à l'Energie Atomique.
 
Même en sombrant dans un aveuglement béat épousant le discours nucléocratique et en abandonnant son sort à une volonté supérieure, celle du lobby nucléaire,  resterait l'existence d'une réalité tout aussi incontournable : quand bien même les réacteurs ne seraient pas submergés, d'une part les débris charriés par la vague déferlante obstrueront les filtres des systèmes de prélèvement d’eau indispensable au refroidissement des réacteurs nucléaires. Ce refroidissement alors impossible, la catastrophe sera inéluctable. D'autre part une telle inondation brutale maltraitera les infrastructures de transport d’électricité (pylônes, lignes THT, transformateurs) entraînant une défaillance de l’alimentation électrique servant au refroidissement des réacteurs et des piscines de stockages des déchets radioactifs. Le recours aux moteurs diesels ne serait pas assuré dans de telles conditions d'autant plus que d'autres documents internes à EDF (publiés en 2016 par le Journal de l’Énergie) indiquent que la plupart d’entre-eux sont dans un état déplorable !
 
Tricastin_vue_aerienne_site-atomique_EDF-Areva-Orano_CEA.jpgDéjà un seul accident nucléaire dans la vallée du Rhône truffée d’installations nucléaires et de sites Seveso, constituera un cauchemar ingérable. La submersion en série de plusieurs réacteurs nucléaires aura des conséquences incommensurables. Ce risque dépasse l’entendement. Dans une vallée noyée sous plusieurs mètres d’eau, aux routes impraticables, sans alimentation électrique : l’évacuation des populations sera impossible. Tout le pays sera à genoux et ne se relèvera pas.
 
La plus élémentaire des prudences exige la mise à l’arrêt immédiat des réacteurs atomiques et des installations nucléaires. Leur fermeture est d’autant plus urgente que nombre d’entre elles ont déjà atteint les limites de leur durée initiale de fonctionnement et subissent une multiplication d'incidents de plus en plus toxiques et destructeurs.
 
J.R
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(1) https://www.france.tv/france-2/envoye-special/690221-envoye-special.html (à partir de 38min)