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Coup de chaud sur le nucléaire

Contamination radioactive ViaRhôna au nord de Cruas suite à Scram du réacteur Nr 3 de la Centrale Nucléaire de Cruas-Meysse du dimanche 5 août 2018 vers 18 heures : débit de dose mesuré le 06 08 2018

Le réacteur n°3 de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse s'est mis en "arrêt d'urgence" (Scram) ce dimanche 5 août 2018 vers 18h. Rejets d'iode radioactive131 (1) et contamination à la clef comme en attestent des mesures effectuées sur la "ViaRhôna" à 2km au nord de Cruas sur les vêtements des promeneurs et cyclistes. Ni les autorités préfectorales ni EDF ni l'ASN n'en ont informé la population riveraine, notamment celle se trouvant sous le vent qui soufflait du sud vers le nord à 18km/h selon Météo-France.

La constante

L’arrêt immédiat de la réaction nucléaire confinée dans le cœur d’un réacteur est dans tous les cas une opération délicate à hauts risques : le cœur radioactif du réacteur continue bien évidemment à chauffer fortement ce qui nécessite une évacuation de vapeur soit directement au niveau des échangeurs appelés Générateurs de Vapeurs situés dans l’enceinte de confinement, soit comme le précise EDF dans sa communication sur le SCRAM , sic : "L'arrêt d'une unité de production engendre l'apparition d'un panache de vapeur d'eau au niveau de la salle des machines, visible dans le périmètre proche de la centrale"

2018-07-30_Cruas_rejets_liquide-gazeux.jpgDans tous les cas pour réduire les surpressions diverses engendrées par les réactions complexes, notamment celles possibles de gaz explosifs comme l’hydrogène par pyrolyse ou radiolyse de l’eau, des dégazages sont automatiquement effectués au plus vite, en association et obligatoirement avec d’autres rejets gazeux chimiques et radioactifs par les cheminées de rejets car les filtres atteignent rapidement leurs limites de saturation en quelques secondes.

Ces dégazages radioactifs sous forme de fines particules radioactives en suspension dans l’air (aérosols) se déposent progressivement sur les surfaces du sol au fur et à mesure de leur dispersion gazeuse dans l’air, notamment le très volatil isotope contaminant radioactif iode 131, puis suit le transfert de dépôts sur le sol principalement en fonction des vents sur la zone des rejets.

Dans sa courte "période d’activité" l’iode 131 est très toxique pour l’humain du fait de sa fixation sur la thyroïde et du risque d'irradiation de cette glande sensible notamment par les rayons bêta.

Niveaux et débits de l'eau, des rivières et fleuves

Avec les fortes chaleurs et la canicule qui se sont installées sur la France (et au-delà) les niveaux et débits du Rhône et de son principal affluent Isère qui prend sa source dans le massif des Alpes sont au plus bas et des plus faibles. La situation est très critique par rapport au seuil réglementaire des installations nucléaires. La pollution radiologique du Rhône par non dilution optimisée et réglementaire des rejets radioactifs des centrales nucléaires du Bugey (Ain), de Saint-Alban (Isère), de Cruas (Ardèche) et du Tricastin (Drôme-Vaucluse) ainsi que des autres installations nucléaires de Cadarache (Bouches-du-Rhône) et Marcoule (Gard) est en cours.

Il en va ainsi des niveaux d'eau des fleuves et rivières dans lesquels les centrales atomiques puisent l'eau froide par station de pompage à raison de 50 m3/s pour les réacteurs nucléaires de 900 à 1 300 MWe. Indispensable au refroidissement des installations nucléaires au coeur desquelles la fission atomique atteint des vitesses de destruction des noyaux d'uranium (propagation du neutron émis par la fission) de 20 000 km/s générant jusqu'à 200 millions d’électron-volts/200 MeV (2) équivalent à 3.20435313 10-11 Joules et une température de 160 000 000 000°.

2018-08-06_Rhone_Station_Pompage_La_Coucourde_.jpgRivières et fleuves, mers dans lesquels les centrales atomiques rejettent aussi ensuite leurs eaux pas très décontaminées et mixées d'additifs chimiques de traitement contre le tartre pour éviter l'encrassement du condenseur.

Rejets d’effluents liquides radioactifs (source EDF) de 15 radioéléments émetteurs ß et Ƴ issus de la fission nucléaire dont du Carbone 14, du Tritium, des Iodes radioactifs, etc …  Rejets d'effluents liquides chimiques (source EDF) : acide borique, hydrazine, lithine ou oxyde de lithium, morpholine  ou éthanolamine, ammonium, nitrates, nitrites, sodium, chlorures, AOX acronyme d’Adsorbable Organic Halogen, THM ou trihalométhanes, sulfates, phosphates, détergents, chlore, etc ...

Des rejets évidemment bien plus chauds qu'à l'entrée après avoir porté l'eau du circuit de génération de vapeur jusqu'à 323°C à une pression de 155 bar (circuit primaire) et 220 °C à 60 bar (circuit secondaire) . "La pollution thermique d'une centrale nucléaire représente une quantité de chaleur de l'ordre du double de la quantité d'énergie utile produite" (3). La faune et la flore aquatique en pâtissent à longueur d'année. L'agriculture aussi. D'autant plus lors de canicule.

Il en va aussi du débit de m3 par seconde afin que l'eau ne stagne pas trop et n'affecte négativement les installations et permette la dilution des rejets (radioactifs) dans la rivière, le fleuve ou la mer (effet de dilution). La réglementation fixe à ≥ mini 500 m³/s le débit minima nécessaire au fonctionnement d'une centrale nucléaire sur le Rhône.. En cette période caniculaire on est fréquemment en dessous. En période de crues on est trop au dessus.

Situation critique, arrêt d'urgence, dérogations inadmissibles

2018-08-02_Situation-hydrologique_Station-Avignon_Le-Rhône_mesure-qu-un-bras-du-Rhône.pngLes installations nucléaires dérogent en France au droit commun et bénéficient, par décret ou décision préfectorale, d'un droit à polluer et à contaminer permanent. L'atome est maître et les populations et autorités doivent se plier. D'ailleurs sans ces autorisations de rejets dans l'eau et dans l'air le nucléaire ne pourrait pas exister.

Toutefois, pour se "couvrir" les autorités ont édicté quelques normes fixées par ... les dirigeants du nucléaire eux-mêmes sous la contrainte des limites de leur technique (4). Mais parfois ces normes très généreuses peuvent être dépassées ou ne pas correspondre au contexte minima pour qu'une installation nucléaire puisse fonctionner. Réglementairement existent donc des limites à ne pas dépasser pour éviter un réchauffement local trop important et des risques accrus. C'est vrai notamment en cas de fortes chaleurs voire de canicule. Même si l'ASN veille à répondre avec servilité aux demandes de dérogations à la réglementation exprimées par les exploitants atomistes.

Une des autres particularités fondamentales "explosives" des centrales nucléaires est la nécessité de devoir maintenir le refroidissement après l'arrêt même du réacteur. Car une quantité considérable de chaleur (puissance résiduelle) continue d'être dégagée par les produits usés de fission nucléaire ("combustibles" usés/déchets radioactifs). Le refroidissement est crucial après l'arrêt du réacteur pour éviter la fusion du combustible nucléaire et du coeur du réacteur.
 
EDF ne respecte pas la loi
 
Amont et Aval de la Centrale Nucléaire de Cruas-Meysse mesures PH et température eau Rhône le 06 08 2018 (réacteurs 1 et 4 en fonction)Le 5 août 2018 à 22h30 le Rhône avait un débit à Ternay (vallée du Rhône, Est Lyonnais) de  295 m³/s  et celui de  l’Isère de 145 m³/s soit un total cumulé de 440 m³/s et un débit total jusqu’à Avignon inférieur à la réglementation ( ≥ à 500 m³/s). La Drome avec environ 2 m³/s et l’Ardèche avec moins de 2 m³/s présentaient des débits marginaux. Le 6 août à 18h en amont de la centrale atomique de Cruas Meysse l'eau était à 24,6° avec un Ph (acidité) de 6,23, une heure plus tôt à 2km en aval la température de l'eau était de 26°5 et le Ph à 6,76.
 
En conséquence EDF n’est pas en conformité avec la loi suivant la Décision n°2013-DC-0334 de l’Autorité de sûreté nucléaire du 14 février 2013 (5) fixant les limites de rejets dans l'environnement des effluents liquides et gazeux : paragraphe "4.  Rejets thermiques : L'échauffement maximal entre l'amont du site et l'aval du site après mélange est fonction de la température maximale observée à l’amont du site : - si la température observée à l'amont (T amont) est inférieure à 27°C, cet échauffement n'excédera pas 1°C ; " . En ce moment, avec une élévation constatée de  + 1,9° de la température du Rhône EDF n’est donc pas en conformité. 1 seul réacteur, au plus, de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse devrait être en activité. Et non deux à ce jour du 6 août 2018.
 
En conséquences et réglementairement, à mesures identiques, tous les réacteurs nucléaires devraient être à l’arrêt sur le territoire français et non pas seulement 25 réacteurs sur 58 (plus du tiers quand même) au 6 août. EDF et l'ASN jouent avec la vie de millions d'êtres humains, le territoire et les pays riverains.
 
JPS
 
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(1) L’iode 131 est un élément fortement radioactif ayant une "période radiologique" de 8,02 jours, la décroissance de la radioactivité de ses isotopes est divisée par 1000 tous les 80 jours. Lors de sa désintégration l’iode 131 émet principalement dans 90 % des cas des rayonnements bêta ayant une forte énergie de 192 keV (soit192 Kilo électron-Volt soit 10³ eV). Ces désintégrations de l’iode 131 sont aussi accompagnées d’émission d’irradiations gamma beaucoup plus élevées ayant une valeur de 364,89 keV.
 
(2) - La température ambiante (~20 °C) correspond à 1/40 d'électron-volt (0,025 eV).
 
(3) - D'après Énergie, électricité et nucléaire (par Gilbert Naudet et Paul Reuss, 2008),
 
(4) - Le rendement théorique des centrales nucléaires françaises actuelles est d'environ 33 %. Les centrales électriques alimentées au gaz, fioul, charbon possèdent un rendement supérieur d'environ 40 %. Même l'EPR ne parviendra pas, selon ses promoteurs, à atteindre les 37% %, plutôt 36%. Si seulement 33% de l'énergie produite par une centrale nucléaire est transformée en électricité, le surplus d'énergie produit est relâché sous forme de chaleur conduisant à un réchauffement de l'air et de l'eau. Le panache blanc mélange gouttelettes d'eau visibles et de vapeur d'eau issu des tours de refroidissement est l'aspect le plus visible - mais pas unique - de cette pollution de gaz à effet de serre.
 
 
(*) Une perte du réseau, par exemple à la suite d'un incident, entraine la déconnexion de l'alternateur du réseau, une réduction immédiate de l'alimentation en vapeur de la turbine par fermeture des organes d'admission turbine et une réduction de la puissance du réacteur. Celle-ci est alors évacuée par l'ouverture de vannes de contournement vers le condenseur disposées sur le barillet vapeur. Le groupe turboalternateur (turbine + alternateur) reste en rotation prêt au recouplage immédiat sur le réseau. On dit que la tranche est « ilotée » : elle alimente elle-même ses auxiliaires.

Photos : Next-Up organisation et DR