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Centrale nucléaire du Tricastin - Réacteurs n°1 de 900 MWe - EDF. Un nouvel incident nucléaire vient de se produire dans cette vieille centrale atomique française, l'une des plus vieilles et délabrées du pays. Ce n'est que maintenant que l'info fuite...

Deux ventilateurs du système de ventilation du bâtiment combustible du réacteur 1 sont resté inopérants pendant 13 jours. Et personne ne s'en est aperçu avant le 23 juin dernier. Et cela a commencé le 9 juin 2018 et même certainement avant.

Tu en reprendras bien une p'tite rasade

Ce n'est pas anodin : ces immenses système sont chargés de filtrer et piéger les gaz radioactifs qui peuvent être relâchés dans l'atmosphère lors des manipulations des assemblages de "combustibles" usés (1) du réacteur vers la piscine d'entreposage et d'attente (2) de baisse partielle de la radioactivité. Autrement dit ça a intérêt à être opérationnel en permanence. Sinon les travailleurs et la population s'en prennent une bonne giclée. Et les terres agricoles provençales aussi.

2018_piscine-stockage_barre-fission-atomique_combustible_EDF.jpgLe 23 juin 2018 donc, une des équipes de pilotage du réacteur n°1 (il y a 4 réacteurs atomiques au Tricastin et des équipes qui se relaient jour et nuit) constate fortuitement qu'il se passe un truc bizarre dans le bâtiment combustible. Les cadrans et écrans signalent que deux ventilateurs de piégeage des gaz radioactifs sont en rideau. C'est grave car, dans le jargon des nucléocrates, il s'agit d'un  "événement significatif pour la sûreté". Un problème sérieux. Dangereux. Mortel.

Un des systèmes fondamentaux de protection de la piscine d'entreposage bat donc de l'aile. Est-ce récent ? est-ce que cela dure depuis quelques minutes ? ou plus ? des heures peut-être ? On ne sait pas, aucune certitude. C'est la merde. Et rien de mentionné par les équipes précédentes. On est dans le noir. Il faut aller voir sur le terrain, remonter et scruter tous les câbles, boitiers, armoires, pièces actives,... Une investigation de fourmi. Qui demande du temps alors que "ça urge". Le mot d'ordre de la hiérarchie : "Pourvu que ça ne se sache pas à l'extérieur". Mais d'abord il faut s'assurer que ce n'est pas l'informatique qui défaille. Un peu comme à Fukushima ou à Tchernobyl. Non, de ce côté là ça a l'air d'être correct. C'est déjà ça!

Au pas lent du chamelier

Les investigations de terrain démarrent... ça prend du temps et, comme c'est assez incompréhensible, ça dure. On relit les procédures, on épluche les travaux et interventions effectuées sur ce système dans les jours et les mois précédents. Sur cette vieille centrale atomique c'est à tout bout de champ qu'il faut intervenir. A certains endroits ça ne tient que par un bout de ficelle ou un vieux chiffon, on encore une cale de fortune sous la tuyauterie. L'imagination est de mise ici et tous ces bricolages ne sont pas forcément mentionnés noir sur blanc ni transmis au suivant. Et comme on fait appel de plus en plus à la sous-traitance et aux sous-traités maltraités, la tendance est à la perte de suivi, de compétence et à la dégradation du contrôle et de la sûreté.

Centrale-nucleaire-de-Tricastin_batiment-reacteur_batiment-combustibles-uses_prise-eau_rejet_03.jpgOn passe alors en revue tout ce qui peut l'être. Les jours passent, passent, passent. Et, miracle, le 23 juin l’exploitant constate que "les bornes d’un tableau électrique ont été inversées lors d’une intervention réalisée le... 7 juin 2018". C'est bête hein, non ? A quoi tient la sûreté nucléaire et nos vies ! Pourtant le gars qui a fait le boulot semble avoir respecté le mode opératoire originel lors de son intervention. Alors ? quoi ? une autre "couille dans le potage" ? On reprend la liste des procédures et des interventions antérieures. Et... banco ! En fait une modification sur les bornes électriques avait été réalisée l'année d'avant en mai 2017 et, c'est tout bête, mais la mise à jour du document n’avait pas été effectuée. Le montage était donc inversé et bloquait les ventilos. Fissa on a remis les bornes électriques en conformité et sous tension le tableau électrique. Fissa ? une manière de dire car nous étions le 24 juin 2018. Quinze jours après le début de l'incident.

Petit souci supplémentaire : deux opérations de manutention d’assemblages de combustible usé ont été réalisées durant cette période, alors que les règles générales d’exploitation n’autorisent pas de telles manutentions lorsque le système de ventilation n’est pas disponible. Bof, pas grave, hein ? Au diable les procédures et la règlementation !

Fissa, fissa, fissures

Rapidement, c'est à dire pour la nucléocratie deux jours après avoir enfin compris ce qui se passait dans leur boutique depuis un mois, le 26 juin 2018, l'exploitant de la centrale nucléaire du Tricastin déclarait l'incident nucléaire à l'Autorité de sûreté nucléaire/ASN (3). Bonne fille, cette autorité pas très autoritaire et peu indépendante et sans existence légalisée, a classé l'incident nucléaire du Tricastin au deuxième niveau sur l'échelle Ines (niveaux 0-1-2-3-4-5-6-7) des incidents nucléaires. Comme officiellement cet "écart" n’a pas eu, selon les affirmations de EDF, de conséquence sur le personnel ou sur l’environnement ce n'est uniquement que la déclaration tardive qui sera sanctionnée par ce 1.

La population, elle, n'a entendu parler ni de l'incident ni de ses impacts sanitaires. Elle le verra dans une dizaine d'années lorsque le petit ou son copain déclareront un cancer de la thyroïde ou des os. Voire des deux. La hiérarchie de EDF et de l'ASN comme les politiciens auront eux passé la main à d'autres compères.

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(1) rappelons que le terme "combustible" est impropre et a été formalisé par le lobby international nucléaire afin de masquer aux yeux de tous la réalité du processus de destruction atomique. Il n'y a pas de combustible nucléaire car il n'y a pas de combustion dans la réaction atomique mais un processus de fission (explosion et éparpillement) des atomes.

(2) Dans les réacteurs à eau sous pression, EDF est contrainte d'entreposer les assemblages de produits de fission nucléaire usés dans une piscine afin d'attendre une baisse de la radioactivité et de l'énorme chaleur atomique. Ces piscine sont situées dans un bâtiment ordinaire, en béton peu résistant aux tremblements de terre et impacts extérieurs, appelé "bâtiment combustible".

(3) https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Indisponibilite-partielle-du-systeme-de-ventilation-du-batiment-combustible-du-reacteur-1