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Depuis près d'un an une répression sans pareille s’abat sur les militants et défenseurs de la vie, de la Terre et de la planète, des droits humains et du vivant en résistance et en lutte contre la prédation économique et le terrorisme d’État.

Tout l’arsenal punitif est actionné : surveillance, condamnations judiciaires, emprisonnement, coups et blessures, intimidations, peur… Aucun mot ne peut expliquer le bouillonnement d’émotions que les résistants, jeunes et moins jeunes, sur place ressentent. L'objectif du pouvoir : faire peur, terroriser la population pour qu'elle se soumette.

tous-suspects.jpgCela ne se passe pas qu'en Turquie ou Corée du Nord, au Turkménistan ou en Arabie saoudite, en Gambie ou au Soudan, en Russie : tant de pays vomis à longueur d'antennes de la bien-pensance doctrinale. Non, non, bonnes âmes immaculées cela se déroule bien plus près de nous, sous nos propres yeux pitoyables qui se détournent honteusement.

L’État y montre un visage grimaçant et violent, sordide et répressif, son vrai visage oppressif et de classe. Depuis l’expulsion de la forêt des militants anti-poubelle nucléaire (Cigeo) à Bure, en France, par 500 militaires le 22 février dernier la mobilisation de plusieurs centaines de gendarmes mis en action par le trio Macron-Philippe-Collomb a rejoué la campagne française sous occupation militaire. Mais nous ne sommes pas là dans le film franchouillard de "la grande vadrouille" mais bien dans du lourd, du dur, du méchant.

Bilan factuel de la répression un mois après l’expulsion

Les informations sont évidemment incomplètes car il est toujours difficile de savoir combien de personnes sont en prison.

- Du 22 février au 19 mars

. 73 vérifications d’identité, la plupart ayant duré 4 heures.

. 25 gardes à vues (8 de 24 heures, 17 de 48 heures)

. 5 comparutions immédiates

. 2 mises en détentions provisoires

. Plusieurs dizaines de contrôles routiers et fouilles du véhicule, 1 nuit au commissariat (en cellule de dégrisement) et une amende pour visage masquée et "ivresse sur la voie publique" (cette personne a été arrêtée à 20 mètres de la maison)

. 6 interdictions administrative de présence en Meuse avec pointage au commissariat toutes les 2 semaines dans l’attente de procès

. 1 interdiction administrative de présence en Meuse et Haute-Marne

. 1 interdiction administrative de présence en Meuse et Haute-Marne avec pointage deux fois par semaine dans l’attente du procès

. 1 interdiction administrative de présence à Mandres-en-Barrois

- Peines des procès passés pour des faits ayant eu lieu à partir du 22 février

. 3 mois de prison ferme avec mandat de dépôt (1 mois déjà fait en détention provisoire) et 5 mois de prison avec sursis et 18 mois d’obligation de travailler, d’interdiction de territoire de la Meuse et de la Haute-Marne (alors que la personne avait un hébergement à Bure)

. 3 mois de prison ferme avec mandat de dépôt

. 4 mois de prison avec sursis après 1 mois de provisoire

. 3 mois de prison avec sursis et 1 an d’interdiction de Meuse et Haute-Marne

. Jeudi 8 mars : un camarade, arrêté à Bure il y a quatre mois, écope de 8 mois fermes supplémentaires (après avoir déjà passé 4 mois en prison pour une autre affaire) et 4 mois de prison avec sursis et 2 ans de mise à l’épreuve avec obligation de suivi psychologique et obligation de suivre une formation ou d’avoir un emploi

- Procès à venir pour des faits ayant eu lieu à partir du 22 février

. 3 avril 2018 : 1 personne en procès au TGI de Bar le Duc à 15h (procédure de comparution immédiate avec demande de délai). Le procureur avait demandé sa mise en détention provisoire jusqu’à son procès, la juge lui a appliqué un contrôle judiciaire l'obligeant à pointer 2 fois par semaine au commissariat de son lieu d’hébergement et avec interdiction de territoire de la Meuse et de la Haute-Marne.

. 27 avril 2018 : 1 personne en procès au TGI de Bar le Duc. Un peu moins de 24h de garde à vue. Procès pour refus de se disperser après sommation, participation à une manif interdite. Procureur en charge : Olivier Glady.

. 23 mai 2018 : 12 personnes en procès (voir ci-dessous)

       . 6 personnes arrêtées à la manifestation du 4 mars. 48h de garde à vue. Procès pour participation à un attroupement après sommations avec visage dissimulé, certaines personnes pour refus de signalétique et d’adn. Procureur en charge : Olivier Glady.

       .  6 autres personnes arrêtées à la balade en forêt le 14 mars. 48h de garde à vue. Procès pour participation à un attroupement en vue de la préparation de violences volontaires contre les personnes ou de destruction ou dégradation de bien (et beaucoup de phrasées de décoration). Procureur en charge : Olivier Glady.

. 12 juin 2018: 3 personnes en procès au TGI de Bar le Duc pour outrage (suite à l’expulsion du bois Lejuc)

Arrêtés préfectoraux

De nombreux feuillets de papier estampillés de pouvoirs tous plus époustouflants les uns que les autres sont apparus sur le site internet de la préfecture jours après jours.

. du 22 février au 26 février : arrêté préfectoral d’interdiction de circulation des piétons et automobilistes sur divers chemins autour du Bois Lejuc

. les 2,3,4,5 mars : arrêté préfectoral d’interdiction de manifestation, interdiction de circulation en véhicule et de stationnement sur les communes de Bure et Mandres, interdiction de survol

. du 22 février au 22 mars : interdiction de transports de matériaux combustibles et pyrotechniques, interdiction de transports de matériaux de constructions : bois, paille…

Une féroce répression pour briser toute résistance et opposition

Plan planplan-001.jpgSuite aux arrestations de ces 30 derniers jours le nombre cumulé des contraintes et peines s'élève à 1300 heures de mise en cellule (gardes à vue et vérifications d’identité), 18 mois de prisons distribués et 17 procès dont ceux des deux mois à venir. S'y ajoutent les menaces de procès et de perquisitions pour les habitants et voisin.es qui soutiennent la lutte, l’instruction judiciaire en cours (qui n’a encore mis personne en examen) et mettra plusieurs mois voire des années pour parvenir à inculper et accuser des personnes.

Inculper une personne obligeant à donner l’accès au dossier d’instruction, c’est donc d'une stratégie de laisser dans le flou les victimes de la répression sur le contenu (ou l'absence de charge) de leur dossier dont il s'agit. Ce qui offre plus de pouvoir et de latitude à l'institution judiciaire pour ré-ouvrir des dossiers anciens ou pour lancer des perquisitions à tout bout de champs et à la discrétion de l'appareil d’État.

A ce recensement non-exhaustif de la sauvage répression du pouvoir s'ajoute tous les anonymes qui ne sont pas connus directement par les militants et activistes mais qui subissent aussi le harcèlement policier ou judiciaire, les convocations dans les commissariats ou cabinet de juge en Meuse et ailleurs : amendes, procès divers (voir à titre d'exemple le site de l’Est-Républicain).

Pouvons-nous encore laisser s'abattre la répression sans réagir ?

    «  Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
    Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
    Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif.
    Puis ils sont venus me chercher, Et il ne restait plus personne pour dire grand chose.
  » *

Défendre les résistants de Bure et d'ailleurs c'est se défendre soi-même.

Jean

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source : vmc 25 mars 2018, https://vmc.camp/

* pasteur Martin Niemöller (1892–1984)