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Ce mercredi 13 décembre à 11 h 30, la centrale nucléaire du Tricastin a encore une fois été l'objet d'un incident nucléaire. Une élévation importante de radioactivité s'est produite dans le bâtiment auxiliaire nucléaire (BAN n° 9) lors de la manipulation des vannes du circuit de traitement du réservoir des effluents radioactifs gazeux.

Les salariés de la centrale atomique sont intervenus dans l'urgence pour faire face à cet accident qui s'est poursuivi jusqu'à 12 h 30. Pendant une heure entière la radioactivité s'est répandue dans les locaux et certainement à l'extérieur, entraînant inéluctablement une contamination radioactive de l'air et de l'environnement. Les vents qui soufflaient à 50m/h du Nord au sud-est en début de matinée puis ont viré de sens en direction du nord en milieu de journée ont forcément dispersé ces rejets radioactifs sur une distance que les autorités et EDF tentent de masquer.

Plus d'une centaine de travailleurs touchée

Une centaine de personnes a du être évacuée du bâtiment auxiliaire ainsi que des bâtiments des réacteurs nucléaires n°1 et n°2 qui possèdent en commun la même cheminée de rejets des radio-contaminants dans l'atmosphère. Cent travailleurs sont contraints ainsi de subir un examen anthropogammamétrique d'évaluation de leur possible contamination (1). Plusieurs questions se posent immédiatement : les travailleurs agissant face à cet accident étaient-ils protégés par des équipements adaptés obligatoires en zone contaminée (combinaison NBC, masque de filtration, gants,...)? Qu'en est-il pour la population riveraine et au-delà ?

Centrale-nucleaire-du-Tricastin_aerien.jpgDes mesures radiologiques complémentaires de contrôle sont toujours en cours par EDF pour évaluer les conséquences sur l'environnement de l'actuel accident nucléaire. Soyons certains que la stratégie de dispersion sur plusieurs dizaines de kilomètres des radio-contaminants sera difficilement discernable mains non sans effets délétères sur la santé et les terres agricoles. D'autant que les  rejets radioactifs sont  certainement majoritairement constitués de tritium et surtout de gaz rares radioactifs dont la présence n'est pas facile à détecter malgré leur présence. Ces radionucléides qui émettent notamment des rayonnements bêta ne peuvent être détectés par des mesures ordinaires de débit de dose gamma. D'autant que les dispositif d’échantillonnage de l’air sur filtre classique ne peuvent les capter malgré leur présence.

EDF aura beau prétendre que "rien n'a été détecté et qu'il n'y a aucun impact sur l'environnement", l'exploitant atomiste a-t-il procédé à une caractérisation radiologique exhaustive de la radioactivité de l’air en fonction des différents radio-contaminants pouvant avoir été propulsés dans l'atmosphère ? Quelles sont également les limites de détection des matériels de mesures utilisés ?

D'autres incidents nucléaires ont affecté le réacteur n°1
  • Déjà le 23 juillet 2008, dans le cadre des travaux pour maintenance et rechargement en combustible du réacteur n°4, une centaine de travailleurs avait subi une contamination interne.
  • Le 2 août 2017 un évènement significatif pour la sûreté a touché le réacteur 1 qui est monté au-delà de la puissance maximale autorisée par les spécifications techniques d’exploitation (STE).
  • Le 21 février 2017 un événement significatif pour la sûreté relatif à caractérisé un dépassement du gradient maximal de refroidissement de la chaudière nucléaire qui est fixé à 14°C/h pour le circuit primaire du réacteur 1.
  • Le 7 octobre 2016  un événement significatif pour la sûreté s'est produit par le maintien intempestif en position ouverte d’une vanne de traversée de l’enceinte du réacteur 1 pendant tout un cycle de fonctionnement.
  • Le 2 novembre 2015 un événement significatif pour la sûreté s'est produit suite à la prise en compte tardive d’une alarme signalant la pression basse d’un accumulateur du circuit d’injection de sécurité pendant les opérations de redémarrage du réacteur n°1

Les autres réacteurs atomique n° 2,3 et 4 ne sont pas en reste en incidents et fuites radioactives.

La présence du terrible "Mox" d'Areva

CNPE DU TRICASTINLes quatre réacteurs du Tricastin sont chargés en "Mox" le produit de fission nucléaire d'Areva (qui se trouve aussi dans le réacteur n°3 de la centrale en perdition de Fukushima), à base d'oxyde de plutonium et d'uranium, beaucoup plus difficile à piloter pour les opérateurs car plus instable et plus "violent". La réaction nucléaire s'est-elle emballée ? en provoquant une montée en puissance de la pression au-delà des marges de sécurité ? pouvant déboucher sur l'accident majeur ? A-t-il fallu en urgence lâcher de la pression pour éviter le pire et ouvrir les vannes ? Autant de questions légitimes au vu des incidents précédents et parfois similaires dont les réacteurs du Tricastin ont déjà été l'objet.

L'ASN va-t-elle encore couvrir EDF et le fonctionnement jusqu'à la corde de sa vieille guimbarde du Tricastin? A coup sûr ce serait une complicité de mise en danger de la vie d'autrui. Passible de poursuites judiciaires.

Le Collectif antinucléaire de Vaucluse et la Coordination antinucléaire du sud-est exigent la mise à l'arrêt définitif et inconditionnel des 4 réacteurs atomiques du Tricastin. Plainte est déposée auprès du Procureur de la République.

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Autres incidents à la centrale atomique du Tricastin (extraits) hors installations de Areva et du C.E.A

Le 23 juillet 2008, dans le cadre des travaux pour maintenance et rechargement en combustible du réacteur n°4, une centaine de travailleurs avait subi une contamination interne.

Les 18 et 22 août 2017, EDF et AREVA, exploitants de la centrale nucléaire et de la plate-forme AREVA du Tricastin ont déclaré un événement significatif pour la sûreté relatif à la non tenue d’une portion de la digue du canal de Donzère-Mondragon, en cas de séisme majoré de sécurité (SMS).

Le 3 novembre 2016 : événement significatif pour la sûreté relatif au non-respect de la conduite à tenir en cas de cumul de plusieurs indisponibilités de matériels importants pour la sûreté du réacteur. Evénement significatif pour la sûreté reclassé au niveau 1 de l’échelle INES le 16 mars 2017

Le 4 janvier 2017 : événement significatif pour la sûreté relatif à l’indisponibilité d’un tableau électrique du réacteur 3.

Le 19 janvier 2017 : événement significatif pour la sûreté relatif à l’indisponibilité d’une vanne participant à l’isolement de l’enceinte de confinement du réacteur 4.

Le 13 juin 2016 : événement significatif pour la sûreté à caractère générique concernant des défauts d’assurance qualité sur des dossiers de fabrication de composants d’éléments importants pour la protection des intérêts mentionnés à l’article L. 593-1 du code de l’environnement de ses réacteurs électronucléaires.

Le 22 juin 2016 : événement significatif pour la sûreté relatif à l’indisponibilité d’une vanne du circuit d’échantillonnage nucléaire participant à l’isolement de l’enceinte du réacteur n°3.

Le 17 juin 2016 : un événement significatif pour la sûreté relatif à une application incomplète de la conduite à tenir associée à l’indisponibilité du système de suivi et de mesure de la puissance du réacteur 2.

Le 17 mars 2016 : événement significatif pour la sûreté relatif à l’indisponibilité de l’automatisme de fermeture de la vanne située sur la ligne d’aspiration du système de réfrigération de la piscine d’entreposage du combustible du réacteur n°2 à la suite de l’isolement de l’alimentation en air de sa commande pneumatique. Risque de perte du circuit de refroidissement intermédiaire en cas de séisme

Le 12 novembre 2015 : événement relatif à la tenue du circuit de refroidissement intermédiaire (RRI) des réacteurs nucléaires de 900 MWe en cas de séisme.

Le 17 août 2015 : événement significatif pour la sûreté relatif à l’indisponibilité du turbo-alternateur de secours du réacteur n°3.

Le 29 avril 2015 : La BCOT (base chaude opérationnelle du Tricastin/BCOT, exploitée par EDF sur la commune de Bollène en Vaucluse) : événement significatif relatif à l’indisponibilité des dispositifs de filtration des aérosols "ß" (DFAB) des 6 files de ventilation de l’installation. Ces équipements, situés sur les réseaux de ventilation, sont notamment destinés à surveiller l’absence de contamination radioactive dans l’air avant son rejet vers l’extérieur.

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la presse en parle :
2017-12-14_Tricastin-accident_presse_LaProvence.jpg



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(1) Lorsque le résultat d’une anthropogammamétrie est négatif cela ne signifie pas l’absence de contamination mais l’absence de contamination supérieure à la limite de détection. D'autant qu'une anthropogammamétrie ne renseigne que sur une contamination par des radionucléides émetteurs de rayonnements gamma alors que les autres radio-contaminants ne sont pas détectés. Ils nécessitent d’autres moyens et types de contrôle.

Dernière Heure : après le réacteur n°1, le réacteur n°2 est mis à l'arrêt ce mercredi 13 décembre à 20 heures
Tandis que le réacteur n°4 de la centrale nucléaire du Tricastin a été reconnecté au réseau électrique national mercredi 13 décembre vers 18h30, le réacteur n°2 qui avait redémarré il y a quelques jours est arrêté en urgence. Une fuite avec échappement de vapeur dangereux sur la turbopompe du circuit secondaire (qui permet notamment la montée en pression de l’eau du circuit secondaire pour alimenter les générateurs de vapeur) s'est produite. La remise en état du robinet de la turbopompe contraint à l’arrêt de la production de vapeur qui fait tourner l'alternateur (principe d'une dynamo de vélo) produisant l'électricité. .


source : https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/(searchText)/Tricastin/(page)/2