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Le nucléaire génère un business florissant non seulement pour ses actionnaires et bénéficiaires (CEA, armée, Etat qui se paye sur les contribuables, EDF et Areva renfloués dernièrement de plusieurs milliards) mais aussi pour les pompes funèbres, les pharmacies, le corps médical et les labos pharmaceutiques. Ainsi du fabricant du "Levothyrox" le médicament qui traite la thyroïde notamment après un cancer dû à la radioactivité ou/et pour une hypothyroïdie.  La thyroïde ? la glande régulatrice du système hormonal de tout à chacun. Trois millions de patients en France sont contraints chaque jour d'ingurgiter ce médicament. Le plus gros marché mondial de ce business.

levothyrox.jpgOr depuis plusieurs mois la formule initiale du Levothyrox a été remplacée par une nouvelle formule et changement de ses excipients (du mannitol plutôt que du lactose) à la demande... des "autorités" et au grand bonheur du labo Merck qui a le monopole en France sur ce médicament. Conséquence directe : plus de 9.000 patients ont signalé des effets indésirables tels des crampes, maux de tête, chute des cheveux, vertiges, problèmes intestinaux et autres joyeusetés comme de gros coup de fatigue ou de sérieux problèmes de concentration.

Le laboratoire Merck annonce donc en urgence que "les données de Merck sur la bioéquivalence de la nouvelle formule du Levothyrox seront publiées (ce 15 septembre 2017) en accord avec l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM)" histoire de démontrer les similitudes entre la nouvelle et l'ancienne formule. Tout en rappelant que c'est à la demande des autorités sanitaires de certains pays, dont la France, qui voulaient rendre plus strictes les spécifications des produits à base de lévothyroxine (principe actif du Levothyrox, ndlr) que le laboratoire a développé la nouvelle formule. Et Merck d'affirmer : " Les modifications apportées n'ont aucune incidence sur l'efficacité ou le profil d'innocuité de la nouvelle formule du Levothyrox et l'ingrédient actif (levothyroxine sodique) demeure identique".

thyroide-examen.jpgPourtant les effets secondaires sont là et, faute d'avoir pu sauver leur thyroïde des effets délétères du nucléaire , les victimes réclament le retour à l'ancienne formule et lancent une pétition. Une cinquantaine de personnes, dont l'actrice Anny Duperey, viennent aussi de déposer plainte contre X auprès du pôle santé publique. C'est l'avocate et ancienne magistrate Marie-Odile Bertella-Geffroy, conseil de l'association française des malades de la thyroïde (AFMT) et l'avocat Me David-Olivier Kaminski qui gèrent le dossier. La plainte vise quatre motifs : "non assistance à personne en danger, mise en danger de la vie d'autrui, atteinte à l'intégrité de la personne et tromperie sur les qualités substantielles du médicament aggravée par une atteinte à la santé".

Une enquête préliminaire et une éventuelle implication au niveau de l'ANSM et du gouvernement

Ce vendredi 15 septembre, la justice a ouvert une enquête préliminaire après les plaintes déposées et confié l’enquête au pôle de santé publique de Marseille. Il va s'agir de comprendre ce qui a poussé, en mars 2012, les autorités sanitaires à demander au laboratoire Merck de modifier son produit et aussi de savoir si les fameuses enquêtes de bioéquivalence ont été menées dans les règles et quelles informations fiables ou non ont été fournies aux médecins et aux patients. Me Kaminski suggère de rechercher également les responsabilités de Marisol Touraine, la ministre de la santé de l’époque ainsi que celles du directeur de l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Parallèlement à cette enquête pénale une procédure devant le tribunal administratif a été engagée par une mère de famille de l’Hérault pour dénoncer les effets secondaires de la nouvelle formule du Levothyrox. Elle vise, elle aussi, la responsabilité du ministère de la santé et des autorités sanitaires.

Sous la pression, l'actuelle ministre de la Santé Agnès Buzyn qui est liée au lobby nucléaire et fut Présidente du Conseil d'administration de l'IRSN à partir de 2008, annonce que l'ancienne formule du Levothyrox sera de nouveau disponible pour les malades et commercialisée sous le nom de Euthyrox d'ici une quinzaine de jours. D'autres "alternatives" seraient même aussi disponibles dans un mois selon la ministre. Mystère de la génération spontanée ? Lesquelles ? Mystère donc mais pas tout à fait puisque, sous forme de répartition des parts de marché de ce business, d'autres médicaments* produits par d'autres labos seront lancés.

Chacun aura sa part du juteux gâteau. Vive le nucléaire !
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* L'alternative L-thyroxine déjà disponible est une solution qui ne contient pas les excipients de la nouvelle formule incriminée, le mannitol (E421) et l'acide citrique. C'est ce qui a poussé des patients à délaisser le Levothyrox pour la L-thyroxine. Cette alternative présente cependant plusieurs points faibles : la prise de gouttes demande au patient une attention toute particulière car elle peut donner lieu à des erreurs de dosage. Erreurs d'autant plus problématique que ces gouttes "sont très fortes, une seule peut faire une grosse différence" comme le précisait sur Franceinfo l'endocrinologue Roger Eisenberg . Et cette solution en plus doit être conservée au frais... Pas simple du tout.