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2017-07-06_Decharge-nucleaire-Solerieux_reunion-La-Baume-de-Transit.jpgRelance, ce jeudi 6 juillet 2017, de l'action anti-omerta contre la présence de la poubelle nucléaire illégale de Solérieux en Drôme provençale (1). Plusieurs dizaines d'habitants et travailleurs des villages situés à l'est du site nucléaire du Tricastin se sont retrouvés à l'initiative de "Next-Up organisation" et de la Coordination antinucléaire du sud-est (CAN-SE) pour une réunion publique d'information. Sous les platanes et non sans mal du fait de l'obstruction de certains élus locaux voulant contrôler et encadrer la libre expression citoyenne. Mais la force tranquille des défenseurs de la vie et amoureux de la liberté l'a emporté sur la force "imbécile" relevant plus de l'abus d'autorité que du souci de la connaissance et du débat.

plan-Solerieux_Zoom.pngLa décharge de Solérieux (2) c'est 100 000 fûts rouillés et certainement fuyants provenant des activités nucléaires, entassés illégalement dans une simple décharge, en pleine zone forestière. Ces fûts contiennent, entre autres, de la fluorine, un produit classé "radioactif" lorsqu'elle est issue du lavage des gaz résiduels de purification de l'uranium. 1 000 tonnes de fluorine ont été envoyées chaque année et pendant plusieurs années dans cette simple décharge à Solérieux par la Comurhex-Areva-Cogema. Près de 100 à 150 tonnes (10 à 15%) contiennent de l'uranium retraité en provenance de l'usine Cogema de La Hague chargé aussi de résidus de plutonium et de produits de fission nucléaire des centrales atomiques de EDF. C'est donc un trafic de matière dangereuse radioactive qui a été organisé et perpétré. Débouchant à présent sur une catastrophe environnementale, sanitaire et écologique inéluctable (3)

Les petits intérêts privés au détriment du bien collectif

L'exploitant de la décharge dont les fils ont repris l'héritage est à la tête d'un mini-empire de BTP local et de 200 hectares de vignes. Il se disait lui-même en fanfaronnant «riche comme Crésus». Et pour cause : Areva-Comurhex lui a versé régulièrement près de 1 500F la tonne à raison, comme en 1998 de près de 1 000 tonnes sur l'année ou encore de près de 1 100 tonnes de déchets en 1997. Avant et après ? mystère car, étonnement, les registres et documents de suivit des entrées ont été égarés, perdus.

decharge-illegale_Solerieux.jpgHormis quelques frais de clôture de jardin et d'empilement de pneu de tracteurs, on peu dire que les coûts de maintenance ont été limités : il n'y a pas de gardien, pas de fondation, pas d'isolation, pas de membrane d'étanchéité sous les fûts ni de système de drainage des eaux. Du brut, du brutal. Et du non-déclaré.

On estimait voici plus de vingt ans à près de 1 million de francs le bénéfice annuel réalisé par l'exploitant de la décharge ! Et à combien pour le nucléariste qui évitait ainsi les frais de gestion des transports, de conditionnement adapté et d'isolation des déchets, de stockage règlementaire ? L'illégalité à du bon.

A Solérieux, la fluorine et la radioactivité rapportent donc beaucoup plus que les abricots ou le raisin. Ainsi de la facilité pour l'industrie nucléaire de se débarrasser de ses déjections mortelles à moindre coût et en toute illégalité, de ceux qui lui prêtent la main ou encore de quelques associations bénéficiaires de subventions des nucléaristes, voir d'institutions. La compromission, au moins morale, est à tous les étages. On laisse-faire, on participe, on couvre, on bénéficie éventuellement. Et on adapte à l'occasion le Plan d'Occupation des Sols pour rendre après coup légal ce qui ne l'est pas, permettre la constructibilité de parcelles agricoles ou forestières et favoriser le tourisme "vert" à deux pas de la décharge sauvage (4).

Le "politique" encore un peu plus décrédibilisé

On se hâta lentement au plus haut niveau, et après des années de luttes de terrain et d'action judiciaire des défenseurs de l'environnement et de la santé, de rebaptiser cette décharge illégale en ICPE (Installation Classée Pour l'Environnement). Mais même l'arrêté préfectoral d'octobre 1997 qui couvrait a-postériori l'opération et la justifiait après-coup n'autorisait pourtant le stockage que de l'uranium "naturel" (naturel et radioactif cependant) sur le site de la décharge de classe 2 de simples déchets et produits inertes non-toxiques*. Un numéro d'équilibriste administrativo-politique s'affranchissant allègrement des cadres règlementaires et noyant à merveille le poison.

2017-07-06_Decharge-nucleaire-Solerieux_reunion-La-Baume-de-Transit_02.jpgDans ce contexte nauséabond, on aurait pu s'attendre à ce que l'attitude des institutions à tous les niveaux soit responsable. Qu'elles tapent du point sur la table et prennent à bras le corps la catastrophe annoncée et alerte en toute clarté la population. Las, certains élus et les pouvoirs publics empêtrés dans leurs contradictions et interférences tentent de faire profil bas et de minimiser l'ignominie. D'ailleurs certains ont suggéré, dernièrement encore, de "ne pas affoler la population" ou bien encore de "traiter cela sans bruit". Surtout en période estivale où les intérêts financiers touristiques et commerciaux prévalent sur toute considération sanitaire et de santé publique. Surtout que les "parisiens et bretons" ne sachent pas. On verra cela après l'été... tranquillement entre-nous. Les liens étroits de certains avec le lobby nucléaire, son productivisme et sa manne financière (5) y sont sans aucun doute pour quelques chose.

Certes c'est dur pour les nouveaux élus locaux de se retrouver confrontés aux magouilles d'autrui voire d'autres édiles antérieurs et autorités supérieures. Surtout si on est emmené à siéger à leurs côtés dans telle ou telle commission ou bien à devoir défendre un dossier de financement face à eux. Mais "être en responsabilités" n'est-ce pas justement se devoir d'être dans la clarté ? d'associer les habitants à ce qui les concerne ? de privilégier la vie et la santé à de basses considérations de profit financier et de gestion budgétaire ? Faute de quoi on est décrédibilisé et on ouvre un boulevard au sordide.

Un objectif clair : supprimer cette décharge nucléaire nocive et nuisible

Il ne s'agit pas de se tromper d'ennemi : population, antinucléaires et élus sont confrontés au même monstre atomique. C'est lui qu'il faut dénoncer et faire plier. Et tant pis si se révèlent, au détour, de "petits arrangements" personnels nauséabonds. La santé des habitants et la préservation des territoires et de la chaîne alimentaire priment.

30Bq_Solerieux-decharge_nucleaire.jpgLe "cas" de Solérieux est révélateur des pratiques du lobby nucléaire qui s'affranchit allègrement de toute obligation envers la vie, les territoires et les populations. Il s'avère à présent que d'autres enfouissements sauvages de matières radioactives et de déchets de l'industrie atomique ont été effectués clandestinement un peu partout en France et notamment autour des sites nucléarisés (installations nucléaires, mines d'extraction, équipements publics style parking ou stade,...). A tel point que l'inventaire officiel de l'Agence de gestion des Déchets radioactifs (ANDRA) ne parvient pas à tous les recenser (6).

La population se doit d'intervenir et se protéger

Dans cet objectif, les antinucléaires et citoyens locaux vont enclencher prochainement plusieurs actions :

. une "alerte" aux ministères de la Santé, de l'Environnement, de l'Agriculture, de l'Industrie ainsi qu'aux préfectures de Drôme et de Vaucluse

. saisir l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), la Direction Régionale de l'Environnement-Aménagement-Logement (DREAL) et l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN),

(pour se joindre à cette démarche : télécharger la lettre à signer ici, et retourner-la sur l'adresse la.belleverte@free.fr)

. mettre en demeure Areva-Comurhex de se conformer à la loi et de procéder au retrait de ses déchets d'activité,

. tenir une conférence de presse non-loin de la poubelle nucléaire de Solérieux,

. organiser une nouvelle réunion d'information et de coordination d'action avec la population en septembre 2017.

La pire des chose serait de rester spectateur et passif face au crime.

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(1) https://videos2.next-up.org/videos/84/720p.mp4

(2) diaporama "la décharge de Solérieux" (uranium, fluor, fluorine,...)

(3) Sur l'origine du crime sanitaire et environnemental en cours : Révélation : une décharge nucléaire sauvage d'Areva dans le sud-est

(4) DREAL Auvergne-Rhône-Alpes : vidéo de l'évolution du foncier bâtit sur la commune de Solérieux

(5) AREVA-Tricastin : Rapport TSN 2014 de financement associatifs et autres initiatives locale

(6) Inventaire de l'ANDRA


* Les décharges de classe 2 accueillent les déchets ménagers et assimilés (DMA), ainsi que les déchets industriels banals (DIB). Elles sont également appelées Installation de Stockage de Déchets non Dangereux (ISDND) et Centre de Stockage de Déchets Ultimes (CSDU).
Selon la loi-cadre déchet de 1992, il est interdit d’enfouir autre chose dans ces décharges que du déchet ultime, un déchet "qui n’est plus susceptible d’être traité dans les conditions techniques et économiques du moment, notamment par extraction de la part valorisable ou par réduction de son caractère polluant ou dangereux". Il existe aujourd’hui 250 décharges autorisées de classe 2 en France. Leur fonctionnement est réglementée par l’arrêté du 9 septembre 1997 relatif aux installations de stockage de déchets non dangereux (modifié en 2002 et 2006).

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Pièces à conviction :

. Séminaire ANCCLI-IRSN : les déchets radioactifs

. Plan National de Gestion des Déchets Radioactifs

. Arrêté préfectoral de nominations à la CLIGEET

. Il y a 17 ans déjà (2000)  : "cahier d'acteur" de JP Morichaud, ingénieur-physico-chimiste, sur le devenir des déchets nucléaires de la vallée du Rhône lors du Débat Public

. Plan National de Gestion des Matières et Déchets Radioactifs (2013-2015)

. Projet de Rapport d'Information à l'Assemblée Nationale (2013) sur la gestion des déchets radioactifs

. Préfecture de la Drôme : nucléaire militaire (Installation Secrète) et civil Areva et Cea du site du Tricastin (déchets enfouis)

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photos et illustrations : DR, Next-Up, CAN-SE