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Par une simple "rature" sur un décret gouvernemental initial : 3 ans supplémentaires viennent d'être accordés à EDF pour construire le réacteur EPR de Flamanville (Manche) ! Le nouveau décret est des plus courts : « Au II de l'article 3 du décret du 10 avril 2007 susvisé, le mot : "dix" est remplacé par le mot : "treize". ». L'entourloupe ne grandit pas ses auteurs qui, une fois de plus, renient la parole de l'Etat.

EPR-Flamanville.jpgInitialement, le planning d'EDF prévoyait d'achever en quatre ans et demi la construction de ce monstre atomique. Assurés de leurs compétences en toute matière les nucléaristes fanfaronnaient sur l'avenir de vendre au monde entier leur sinistre jouet, une fois celui-ci achevé. Une "tête de pont" qui allait leur servir de vitrine et démontrer la supériorité de la technologie française. Les commandes internationales et les profits s'annonçaient juteux sur le papier, les graphiques des experts en attestaient.

Pourtant en 2007, le 1er ministre chiraquien de l'époque Dominique De Villepin était soucieux de border le projet délirant et de satisfaire son donneur d'ordre atomiste. Le gouffre financier de cette lubie à plusieurs milliards était à craindre. Le chef du gouvernement avait donc pris une bonne marge en accordant finalement par décret 6 ans de plus à EDF pour construire l'EPR... Tout devait donc être bouclé au pire en avril 2017. Mais on en rigolait presque dans les hautes sphères de la technocratie et de la morgue des experts nucléaires tricolore. Bien sûr Areva avait de grosses très grosses difficultés à construire son propre EPR en Finlande mais EDF était nettement au-dessus de la mêlée, qu'on se le dise. (Prévu pour une mise en service en 2009 l'EPR finlandais n’est toujours pas achevé à ce jour et fait l'objet d'une plainte et de demandes d'indemnité du client contre Areva)

Et, à son tour, EDF s'embourba progressivement et inéluctablement dans son propre chantier EPR. De retard en retard, d'accidents de chantier en non-respect du Droit du travail, d'ingénierie à la petite semaine à défauts multiples de fabrication, le duo de choc s'offrit à la poilade internationale. L’industrie nucléaire française était bien incapable de construire son propre réacteur. Les pseudo fleurons nationaux, le mythe de la grandeur de la France prenaient l'eau. Coût prévisionnel explosant jusqu'à être multiplié par plus de trois (de 2,8 milliards a 10 milliards) " C'est pas grave" comme disait le Président Hollande et son ministre de l'économie de l'époque Macron : les français paieront.

Décret officiel caduque

La validité du décret de 2007 arrive à échéance en avril et l’EPR de Flamanville n'est toujours pas achevé. En droit, le chantier n'est plus légal, le dossier sur lequel il a été accordé tombe. Toute la procédure qui avait présidée à sa naissance doit être reprise : un nouveau dossier doit être soumis aux différentes instances réglementaires, un nouveau débat national de la CNDP (Commission Nationale du Débat Public) doit avoir lieu, une nouvelle enquête publique doit être ouverte. D'autant que l'expérience de terrain et ses déboires, les malfaçons constatées sur des pièces essentielles, les capacités financières des initiateurs aujourd'hui en quasi faillite ont grandement changé la donne initiale de 2007. Dix ans de gabegie et un endettement colossal l'imposent. Le bon sens veut d'abandonner cette ébauche de chantier et de demander des comptes à EDF.

epr_flamanville_30_mars_2016.jpgMais les rôles sont inversés et ce sont bien les lobbies qui ont le véritable pouvoir. On désignait dans le temps ce couple incestueux à abattre comme étant le "capitalisme monopoliste d'Etat" mais, pour d'autres, la "démocratie" et "l'Etat de droit". Et le noyautage des institutions et cabinets ministériels par les intérêts de castes et financiers s'est poursuivit, et est tel aujourd'hui, qu'il convient de ne vraiment pas s'embarrasser avec des détails.

EDF a donc pu compter sur des complices de poids, Président de la République et premier ministre au premier chef. EDF a dicté sa loi en "tordant le bras" aux promesses électorales du candidat Hollande :  « Nous ne fermerons la centrale atomique de Fessenheim que si vous dites que vous liez cette fermeture à la mise en service de l’EPR » (condition suspensive qui ne figurait pas dans le programme pour lequel il a été élu).

Le premier ministre Cazeneuve, fervent adepte de la secte nucléariste, est venu aussi de son côté à la rescousse, comme l'aurait fait son prédécesseur. Il vient d'accordé à EDF un délai supplémentaire. Sous forme d'un petit décret à ne pas trop ébruiter. Ce seront donc 3 ans de plus offerts à l'atomiste pour qu'il tente d'achever tant bien que mal son EPR. Une fuite en avant, avant les fuites radioactives et la grande explosion radioactive après celle des coûts. C'est une nouvelle défaite du droit et de la démocratie effective

La légalité et la légitimité de ce nouveau délai est plus que contestable et doit être contestée.