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Six ans après le quadruple accident nucléaire de Fukushima-Daïchi, la catastrophe atomique est toujours en cours et poursuit ses ravages sanitaires et environnementaux. Au Japon la situation n’est toujours pas sous contrôle et ne le sera jamais tant le principe même de la destruction atomique est générateur de radioactivité et porteur de mort.

Rencontres à plusieurs voix

2017-03-11_Fukushima-Avignon_CAN84_03.jpgC'est donc pour déjouer l'omerta organisée par les autorités des pays nucléarisés et informer la population du sud-est et notamment d'Avignon, que le CAN84 (collectif antinucléaire de Vaucluse) est venu à sa rencontre samedi 11 mars en matinée devant les halles, place Pie. Sur fond de banderoles "arrêt immédiat du nucléaire" et " Promotion sur les pierres tombales proposée par Areva-EDF-Cea" accrochées à la sortie du marché couvert, les militants antinucléaires proposent aux passants de participer à un contrôle de connaissances sur le nucléaire sous forme de QCM. Un moyen qui permet rapidement et simplement que s'engagent bon nombre de discussions y compris avec des travailleurs statutaires et sous-traités du nucléaire. Un ancien de l'atome, plus de 80 ans "au compteur" s'arrête : "Vous avez tout mon soutien car c'est une vrai pétaudière dans les centrales EDF". Un peu plus tard, un jeune couple dont lui est sous-traité à Areva : "N'allez pas croire que c'est maîtrisé, on travaille avec des bouts de ficelles et c'est presque tous les jours qu'on est sur le fil du rasoir et évitons le grand boum". Puis un ingénieur du CEA tient à témoigner : "Nous n'aurions jamais du lancer le nucléaire et mettre au point avec l'aide des anglais et américains la bombe atomique française".

Ici en région la plus nucléarisée d'Europe et où un nombre certain d'habitants travaille pour l'atomisme, chacun-e est assez au fait des ravages de la radioactivité mais, schizophrénie générale organisée par le patronat nucléariste, se trouve souvent dans le déni. Tiraillé entre, d'une part subir le risque et en imposer ses conséquence à tous et, d'autre part, y gagner sa "croûte". Pourtant la plupart savent bien que cela ne peut plus guère durer, que les alternatives à la destruction atomique existent un peu partout dans les autres pays, que les centrales nucléaires ont dépassé leur durée de vie initiale et sont au bout du rouleau. Que chaque jour les atteintes à la vie s'amplifient et que l'heure fatidique est déjà programmée et enclenchée.

La folie originelle du nucléaire est aujourd'hui dans les têtes de ceux qui en sont aussi victimes. Cette société est malade de ses mensonges institutionnels et du renoncement "consumérisé" de l'engagement pour changer le cours des choses. Peut-être que ce pays ne mérite pas mieux que ce que ses élites ont engendré avec l'assentiment muet de la grande majorité de ces habitants. Le syndrome de Calimero guette...

Hommage aux victimes et refus de la mort radioactive

2017-03-11_Fukushima-Avignon_CAN84_02.jpgEn début d'après-midi les antinucléaires et humains ayant encore en eux un peu d'humanité et de volonté de résistance se rassemblent devant l'hôtel de ville d'Avignon. Il est 14h30 lorsque est prononcée une courte intervention sur la situation au Japon puis en France.

A ce jour, à Fukushima, des niveaux de radioactivité insoutenables (650 sieverts/heure) sont encore relevés à l’intérieur du réacteur atomique n°2, empêchant toute intervention, qu’elle soit robotisée ou humaine. Dans certains villages, le niveau de radioactivité ambiant reste dix fois supérieur à celui de 2011. Dans les zones évacuées, la décontamination est illusoire et les sacs contenant la terre contaminée s’entassent à l’air libre.

Mais la santé de la population est le cadet des soucis des autorités. Illustration parmi d'autres : seule la thyroïde fait l’objet d’une étude épidémiologique. Les autres maladies radio-induites, les cancers et autres pathologies sont niés tout simplement et les victimes présentes et à venir, notamment parmi les enfants, sont passées en "pertes et profits".  Parmi les 300 000 enfants de la préfecture de Fukushima, 184 cas de cancer de la thyroïde ont déjà été diagnostiqués. Il y avait 116 cas en 2015 ; le taux actuel serait environ 20 fois plus élevé que la moyenne.

Les habitants déplacés de force ne souhaitent pas revenir chez eux dans leur grande majorité. Après un temps d'effarement et d'espoir de revenir sur leurs lieux de vie ils se sont rendus à l'évidence et ont préféré vivre ailleurs que mourir dans leur ville ou village d'origine. Mais le gouvernement et la préfecture de Fukushima, au mépris de la protection de ses citoyens, cherchent à donner l’illusion d’un retour à la normale et poussent les habitants au retour. Un moyen cynique : la suppression des aides au logement pour les personnes déplacées, Non seulement certaines sont victimes dans leur chaire mais en plus privées du soutien de la collectivité nationale. "Retournez chez vous car il n'y a plus rien à craindre si vous prenez quelques précautions " leur martèle-t-on à longueur d'ondes et de communiqués officiels. Un mensonge éhonté car le lobby nucléaire et les autorités ont tout simplement trafiqué leurs propres normes et décidé d'augmenté le seuil "admissible" de radioactivité que le corps peu subir.

2017-03-11_Fukushima-Avignon_CAN84_04.jpgL'enjeu financier est important pour l'Etat et l'exploitant nationalisé Tepco : bientôt (en 2020) sont programmés les Jeux Olympiques à Tokyo et il faut que les sportifs et touristes viennent à tout prix pour que les profits colossaux fleurissent à nouveau. Alors : RAS et le tour sera joué. De toute façon ceux-là rentrerons chez eux et bien malin qui pourra affirmer que c'est au Japon que j'ai perdu la santé et la vie. A cet effet, les pouvoirs publics dépensent des sommes colossales pour construire de nouvelles infrastructures dans les zones contaminées pour faire croire au mensonge. Elles ne servent à rien comme protection sanitaires mais concourent à la farce sordide.

C'est donc aussi contre le retour forcé des populations en zone contaminée et contre les Jeux Olympiques de Tokyo de 2020 que les personnes présentes se sont rassemblées.

Fukushima en France

2017-03-11_Fukushima-Avignon_CAN84_05.jpgAu quotidien chaque installations du CEA, de Areva et d'EDF effectue des rejets radioactifs mortels dans l'atmosphère et dans les rivières (ce que confirmera un ingénieur de chez EDF lors de la rencontre du matin: "les filtres ne filtrent pas toute la radioactivité"). 42 réacteurs ont dépassé les 30 ans alors que la durée initiale de fonctionnement initial (calculée par les métallurgistes des années 70) est de 25/30 ans d'irradiation neutronique à pleine puissance 80% du temps. Les réacteurs sont aujourd'hui obsolètes et défaillants. Les trois barrières de sécurité de chaque centrale sont défaillantes, le béton est fissuré, les incidents et accidents se multiplient, les équipements censés prévenir les fuites radioactives sont défaillants. Selon les critères du lobby/ASN les réacteurs atomiques sont complètement hors normes.

C'est donc aussi pour l'arrêt immédiat du nucléaire en France que les personnes présentes se sont aussi rassemblées.

Ne plus faire l'autruche. Une évidence : personne au dessus de chacun-e, aucun "expert" ne protège du drame et de la mort atomique. Une certitude : chacun-e est pleinement responsable de ses propres engagements et actions pour faire cesser le crime.

la presse en parle :

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