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Le 7 octobre 2016, la centrale atomique EDF du Tricastin a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un incident nucléaire qualifié d' "événement" significatif pour la sûreté. Une vanne d'isolement traversant l’enceinte de confinement (1) du réacteur 1 est demeurée ouverte par erreur pendant tout un cycle de fonctionnement du réacteur n°1. Près d'un an !

2016-11-16_barriere-confinement.pngC'est un mois et demi plus tôt, le 15 août 2016, que le pot aux roses a été découvert par hasard. Mais personne n'en a rien su. A l’occasion d'un arrêt du réacteur atomique pour maintenance et remplacement partiel des produits de fission uranifère du réacteur 1 des tests d’étanchéité de certaines canalisations ont révélés que cette vanne d’isolement située à l’intérieur du bâtiment du réacteur était ouverte alors qu'elle aurait du être fermée.

Mais comme c'est toujours le gros bordel dans une centrale nucléaire avec des délais toujours plus courts et où la raison financière prime sur la sécurité, personne n'a été en mesure d'affirmer si la vanne avait été ouverte dans les jours précédents lors de l’arrêt en cours ou alors depuis la saint glin-glin. Et comme le suivi des opérations est à l'avenant et répond aux mêmes critères économiques du toujours plus rapide et moins cher ...

Ce n'est finalement que le 18 août 2016, trois jours après l'indicent constaté, qu'EDF s'est décidé à révéler à l'ASN cet événement significatif pour la sûreté. Mais en proposant aussi de le minorer et de ne le classer qu'au premier niveau de l'échelle INES des incidents et accidents nucléaires qui en compte 8 (de 0 à 7). La population n'en a pas été avertie bien sûr.

Il faudra donc attendre encore 1mois et demi pour que le 7 octobre 2016, EDF avoue qu'il apparaissait finalement que la vanne n’a pas été manœuvrée au cours de l’arrêt du réacteur de 2016 mais plus probablement au cours de l’arrêt de 2015 !

Tricastin_reacteur_fissure.jpgCette vanne essentielle à la sécurité du réacteur nucléaire et à la vie de la population alentour est donc restée ouverte pendant toute la durée du cycle de fonctionnement du réacteur qui s'étale sur un ou deux ans. Mais comme à l'accoutumée, le communiqué officiel affirme de manière péremptoire que cet événement n’a pas eu de conséquence sur les installations, les travailleurs et l’environnement.

Il est vrai que la direction de la centrale atomique du Tricastin n'hésitait pas à déclarer à la presse, le mois dernier, après la mise à l'arrêt d'urgence de 18 réacteurs nucléaires en France pour malversation par Areva de la fabrication des générateurs de vapeur et d'autres pièces essentielles à la sécurité des réacteurs : " "Il n'y a aucun enjeu sureté, environnement, radioprotection dans l'immédiat ...  il n'y a pas de danger car les réacteurs sont à l'arrêt" (2)

Non-déclaration immédiate d'incident nucléaire, minoration du niveau d'impact et de risque, non-information de la population,... que faut-il à l'ASN pour mettre à l'arrêt définitif cette poubelle atomique et ses 4 réacteurs délabrés ? Que faut-il encore pour que la justice s'auto-saisisse de cette mise en danger permanente de la vie d'autrui ?
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(1) L’enceinte de confinement, le bâtiment en béton à l’intérieur duquel se trouvent la chaudière nucléaire et les éléments de fission atomique (nommé improprement "combustible" car il n'y a pas de combustion), constitue la troisième des trois barrières censées séparer les produits radioactifs contenus dans le cœur du réacteur nucléaire et l’extérieur. De nombreuses canalisations  traversent cette enceinte. Des vannes, situées de part et d’autre de la paroi en béton, permettent d’obturer chacune des nombreuses canalisations nécessaires au fonctionnement de l’installation.

(2) https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/arret-prolonge-pour-les-recateurs-1-et-3-de-la-centrale-nucleaire-du-tricastin-1475085662