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Bella Belbéoch (1928-2016)

Bella-Belbeoch_physicienne-antinucleaire.jpgLa génération de scientifques âgés, nos ainés, fondamentalement engagés contre le nucléaire, s’étiole. Après Solange Fernex en 2006, Roger Belbeoch en 2011, c’est au tour de Bella Belbeoch, décédée le 24 septembre 2016 à l'âge de 88ans.

Bella Belbéoch, ingénieur-docteur physicienne nucléaire, retraitée du Commissariat à l'énergie atomique ne peut être dissociée de Roger née comme elle en 1928, comme elle physicien, et qui a exercé dans un laboratoire universitaire de recherche (Orsay, Paris-Sud).

Lors de son doctorat en faculté, Bella Belbéoch réalisait ses recherches au moyen d’un vieux générateur à rayons X qui n’avait jamais connu le moindre contrôle. Le faisceau de rayonnement délivré par ce générateur se transformait en un arrosoir à rayons X sous le plan de travail. Irradiée au niveau du bassin, Bella avait connu une stérilité de plusieurs mois qui avait nourri ses inquiétudes devant les effets des rayonnements. Bella était toujours préoccupée des risques d’accident grave et les victimes de la catastrophe de Tchernobyl ne cesseront de l’angoisser.

Pionnière, avec son mari, d'une information indépendante et citoyenne face à l'omerta du lobby nucléaire et au totalitarisme ( elle a , entre-autre, dévoilé de grandes quantités d’informations sanitaires sur Tchernobyl ), elle nous laisse de nombreux ouvrages d’une rigueur scientifique sans faille.

Militants antinucléaires, les Belbéoch se sont intéressés aux effets biologiques des rayonnements ionisants, aux dangers de l'énergie nucléaire. Les travaux sur l’impact des rayonnements ionisants sur le vivant les ont convaincus de la nécessité de sortir en urgence du nucléaire.  Cela fait bien longtemps qu'ils affirmaient que « C’est avant l’accident qu’il faut agir. Après, il n’y a plus qu’à subir. »

Animateurs de « Stop Nogent », ils ont dénoncé depuis longtemps le projet "éthos", les premiers à appeler à l'arrêt immédiat du nucléaire. Ils ont toujours été sans concession avec ceux qui mégotent sur cette nécessité, avec ceux qui manquent de radicalité, conspuant ceux qui frileusement craignent que cela implique de brûler plus de charbon.

Jusqu’au bout, inlassablement, les Belbéoch se sont battus, dénonçant les tièdes, démontant les mensonges de la propagande nucléaire, apportant leurs connaissances et contre-expertise scientifique.

La rigueur scientifique au service de la lucidité et des libertés

Les préoccupations de Bella Belbéoch portaient aussi sur la conception des réacteurs atomique, les cuves et générateurs de vapeur (GV). Elle analysait depuis plus de 30 ans leurs anomalies et adressait aux autorités ses analyses détaillées. En 2004, Bella et Roger Belbéoch, son époux décédé fin 2011, ont quitté le "Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire" (GSIEN), car ils doutaient de l’utilité qu’il y avait à débattre avec les instances du nucléaire. Ils ont cependant poursuivi leurs combats critiques pour l’arrêt du nucléaire, et tous leurs écrits restent des références. Les dernières malfaçons camouflées par des rapports de contrôle falsifiés ont confirmé les inquiétudes de Bella et ses alertes sur les catastrophes à venir.

Une histoire familiale et internationale


Bella Belbéoch était née en France en 1928 de parents immigrés juifs de Pologne qui avaient acquis la nationalité française en 1930. Le 20 août 1941, son père, ouvrier tailleur à Paris, est arrêté dans le 11e arrondissement lors de la première des rafles menées entre le 20 et le 24 août. Comme les 4.232 hommes appréhendés ce jour-là, il est enfermé à Drancy, plaque tournante de la déportation des Juifs, où les privations dégradent son état de santé. Il ne pèse plus que 36 kg quand il est libéré deux mois et demi plus tard pour raison médicale. Il rejoint ensuite clandestinement la zone Sud. La mère de Bella, qui échappe de peu à la rafle du Vel’ d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942 parvient à franchir la ligne de démarcation avec son plus jeune fils.

Bella avait quitté Paris début juillet 1942, quelques jours avant cette grande rafle où furent parqués près de 13.200 Juifs, enfants inclus. Elle passa la ligne de démarcation dans un train spécial d’écoliers. Les compartiments de sa voiture furent contrôlés par deux soldats allemands. L’un d’eux scruta son visage et sa carte d’écolière… avant de partir. Elle était sauvée et toute la famille s’est ainsi retrouvée, l’été 1942, dans un hameau de l’Indre, près de Saint-Benoît-du-Sault.

Bella, née Goldsztein, a connu l'horreur de la guerre en tant que juive. Elle n'a pas oubliée ceux qui l'ont sauvée. Encore récemment, en juillet dernier, elle écrivait :

« Merci aux habitants du Joux et de Roussines, aux parents d'Andrée à La Souterraine qui m'ont assuré la sécurité et où j'ai vécu dans une atmosphère chaleureuse jusqu'au 6 juin 1944. Merci à ma professeure de mathématiques qui m'a procuré une carte d'identité vierge à la mairie de Pionnat. Merci aux maquisards de Georges Guingouin dont les coups de main ont occupé la milice à plein temps les empêchant de finir leur sale besogne.

Merci à tous les Justes parmi les Nations. J'espère qu'en France il y aura toujours des personnes solidaires des persécutés

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