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Un tiers du parc nucléaire en arrêt d'urgence pour cause de défaillances de pièces-maîtresses et de falsification de dossiers ou de rechargement en matière fissile radioactive pour les autres. Près de 20 réacteurs atomiques sur les 58 qui gangrènent l'hexagone. Tous sont concernés, quelque soit leur âge, par le risque d'accident majeur. La population aussi. Directement. Un premier réacteur "Fessenheim 2" se voit retirer son autorisation de fonctionner du fait d'irrégularité de fabrication de son Générateur de Vapeur.

explosion-et-colonne-de-fumee-a-tricastin.jpgLa dépendance du pays au nucléaire est telle que, vu de l'extérieur, l'on pense avoir affaire à un pays arriéré et en totale décomposition. Et, de fait, c'est le cas avec la politique énergétique conduite sans discontinuer par les gouvernements qui se sont succédés depuis cinquante ans sous l'influence des sombres stratèges nucléocrates. En faisant basculer l'entreprise électrique nationale (et le pays) dans cette lubie destructrice et en refusant de décentraliser ses moyens de production au plus près des besoins les dirigeants d'EDF n'ont eu de cesse que de casser l'outil diversifié de production électrique et de chaleur du pays.

Pour imposer le règne nucléaire voulu par les militaires et la production des éléments nécessaires à la bombe atomique, l'électricien a systématiquement fermé ses installations de production d'électricité thermique au gaz, au charbon au fuel, a limité les capacités hydrauliques et a freiné, depuis, tout plan réel et intensif d'énergies renouvelables. Tout en menant des campagnes effrénées de propagande pour le "tout électrique".

La France, droguée à l'atomisme, est en état de dépendance énergétique et risque le black-out à tout bout de champs. Elle est contrainte de faire la manche et de quémander de l'électricité à ses voisins.

Le bon sens et la raison imposent de remettre immédiatement en service les installations thermiques et de co-génération électricité/chaleur à l'arrêt, d'en construire rapidement de nouvelles pour une période-relais et de substitution par les énergies renouvelables, afin de répondre à la demande et de tourner la page noire de l'atomisme.

Mais pour cela il faudrait que les conservateurs productivistes, dévots de la destruction atomique, procèdent à une révolution mentale que leur fanatisme empêche. La solution réside dans l'intervention de la population : "Tout plutôt que la catastrophe nucléaire !"

Auditions à l'Assemblée Nationale : le déni de réalité des dirigeants du nucléaire

Ubuesque et délirant : tels sont les qualificatifs qui peuvent spécifier les propos des dirigeants d'Areva et d'EDF lors de leur auditions par l'OPECST /Office Parlementaire et d'Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques (voir la vidéo intégrale ci-dessous). Pris la main dans le pot de confiture après les falsifications de centaines de dossiers de fabrication et certificats de validité des pièces forgées par Areva Creusot-Forge et celles de son partenaire japonais équipant les centrales nucléaires d'EDF : les uns et les autres se défilent.

Contraint de lancer en 2015 un audit suite à la découverte de la défectuosité de la cuve du réacteur livrée à Flamanville pour l'EPR (une concentration excessive de carbone dans le couvercle et le fond de la cuve), Areva avait avoué que 400 dossiers présentaient des anomalies dans les processus de fabrication et de contrôle de composants : forgeage, traitement thermique, essais mécaniques, analyses  chimiques. Une étrange et discrète marque (deux barres parallèles anonymes dans la marge), tel un code ésotérique destiné aux initiés et à ne pas divulguer vers les clients et les autorités officielles de surveillance, les identifiait. Plus de la moitié, 230 exactement, concerne le secteur nucléaire. Mais l'ASN estime que Areva doit revoir plus de 6 000 dossiers de fabrication de pièces pour centrales nucléaires, notamment celles forgées entre 1965 et 2012 mais aussi plus de 3200 livrés à d'autres industries. Il y en a pour près de deux années...

2016-10_Auditions-par-OPECST-sur-anomalies-equipement-nucleaire_Areva_EDF_ASN_IRSN_ANCLI_elu_assos.pngOui c'est vrai mais nous ne sommes pas responsables, ni coupables . Oui, en plus des manipulations sur les dossiers technique et de suivi, les pièces usinées sont défaillantes et non-conformes mais, promis-juré, on s'en occupe. «  Car pour nous c'est une question de valeurs et de savoir-faire. La sureté et la sécurité ont toujours été nos priorités tout comme la performance et l'intégrité. C'est une question permanente d'exigence tout comme la transparence. Et cela représente un socle solide pour l'avenir .  » (Bernard Fontana, CEO d'Areva NP). Oups !

" Oui tout démontre que nous sommes faibles sur les contrôles et sur la fabrication, et cela dure depuis près de 30 ans. Oui on tripatouille et falsifie à tour de bras". D'ailleurs Areva a une longue pratique en la matière puisqu'elle falsifiait déjà des documents du temps du crime d'apartheid en Afrique du Sud, via son usine de Malvési-Narbonne (1), pour aider ce pays raciste à écouler son uranium sur le marché mondial  malgré l'embargo international décrété par l'ONU. " Ce qui n'empêche nullement les nucléaristes de clamer "Ayez confiance en nous car nous sommes sérieux et les meilleurs mondiaux" . Puisqu'on vous le dit.

Et il ne faudrait tout de même pas, pour notre business et notre emprise sur les hommes politiques et gouvernements, que nous perdions la confiance de ceux qu'on parvient encore un peu à embobiner à travers le monde.

Côté EDF ce n'est pas mieux car personne n'a rien vu ni rien décelé ou alors a fait en sorte que cela reste au sein du petit monde de la technostructure bien-pensante quitte à exiger du « petit personnel » et des professionnels, comme cela se pratique lors des incidents multiples dans les centrales atomiques et sur les chantiers tel celui de l'EPR, de la boucler et d'inscrire sur les fiches-qualité : « R.A.S ». C'est qu'ici le client (EDF) et le fournisseur (Areva) ont cause et idéologie communes. Sous le regard attendri du Commissariat à l'Energie Atomique et des militaires qui ont besoin du tritium des centrales nucléaires dite "civiles" pour entretenir leur bombe atomique.

Banderole-marche-Flamanville-2016.jpgD'autant que l'un et l'autre sont en quasi-faillite pour l'un et en faillite pour l'autre, que l'un doit racheter une partie de l'autre pour 2,5 milliards d’euros (filiale Areva NP et sites industriels de Creusot Forge, Chalon Saint-Marcel en Saône-et-Loire et Jeumont dans le Nord**) sans en avoir les moyens financiers, que les activités à reprendre sont loin d'être au top de la maîtrise technique, que des projets telle la construction d'un EPR en Grande-Bretagne (EDF) sont suicidaires de l'aveu même des spécialistes et financiers et professionnels, que les fiascos de l'EPR de Finlande (Areva) et de celui de Flamanville (EDF) plombent un peu plus les comptes, que les Chinois à qui ont a refourgué un projet d'EPR avec sa cuve défaillante commencent à douter, que les partenaires japonais de forgeage défectueux des pièces sont sur la sellette d'autant que le Japon lui-même est empoisonné par 13 cuves réacteurs provenant du même fabricant, que les clients japonais du Mox ont mis à l'arrêt leurs propres réacteurs depuis la quadruple catastrophe nucléaire qu'ils subissent (Fukushima aussi était très sûr),... bref cela porte un nom : fiasco et massacre.

Face aux doutes et à la perte de confiance qui envahit la population et jusqu'aux élus les plus pro-nucléaires (Christian Bataille, Bruno Sido et d'autres soutiens fervents des pires projets dangereux et inutiles dans les régions) la découverte « fortuite » et la révélation de ces malversations au cœur même des « fleurons » de l'industrie de pointe tricolore et de sa prétendue supériorité technologique internationale ne conduit pas plus à la logique et à la raison : le déni de réalité continue d'imprégner la caste atomiste.

Bien que la situation soit qualifiée par les intéressés eux-même de  « inadmissible », " inacceptable " et « des plus dangereuses », les fanatiques de l'atome s'accrochent à sauver leur domination sur le pays et tentent de faire croire et se faire croire que le nucléaire aurait encore un avenir. Pitoyable. Et criminel car il s'agit de la vie de 60 millions de personnes, de la santé des habitants des pays voisins, de la dévastation des territoires de vie et de travail de millions d'européen-nes.

Cesser de croire au père noël

Contraint par la loi, selon l'article 40 du code de procédure pénale qui fait obligation à tout dépositaire de l'autorité publique et à tout fonctionnaire de prévenir la justice dès qu'il a connaissance d'un fait délictueux, et pour se protéger, l'ASN à fait un signalement au Procureur de la République. Signalement ne voulant pas dire plainte. Car comme dit le poète-chanteur Jacques Brel "chez c'est gens-là, Monsieur..." on n'élève pas le ton. 

Car loin d'être une autorité indépendante, l'ASN est là pour sauver le soldat atomiste à tout prix. Sa création, sa structure, ses cadres, la formation des personnels sont un décalque et une partie-prenante de l'organisation du nucléaire et de sa mainmise sur le pays. Depuis sa création après la disqualification morale et scientifique de la précédente structure officielle qui décréta que le nuage radioactif de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (avril-mai 1986) s'était arrêté à la frontière franco-allemande : l'ASN n'a de cesse que de faire croire que le nucléaire est sécurisé et sécurisable.

280910VSU01Depuis lors, les délégations régionales de l'ASN (malgré quelques inspecteurs honnêtes mais sous pression) sont dans une dévotion sans borne visant à aider les responsables des rejets radioactifs quotidiens et de la production de déchets nucléaires mortels à colmater leurs installations. Tout en les conseillant dans leurs tentatives nauséabondes d'en lancer de nouvelles (Centre d'enfouissement-poubelle nucléaire Cigeo à Bure en Champagne, Iceda-stockage de déchets au Bugey dans l'Ain, Astrid-relance super phénix à Marcoule dans le Gard, Iter projet de simulacre de fusion atomique du soleil à Cadarache dans les Bouches-du-Rhône, mini-réacteur atomique Atmea de Areva avec le japonais Mitsubishi, ...). Tout comme l'A.I.E.A l'organise et l'accomplit au niveau international.

L'ASN est d'ores et déjà coupable tout comme EDF, Areva , le CEA, et les politiciens nucléocrates de tous bords, de s'entêter à maintenir à bout de bras cette activité mortelle et menaçante. Mais, à présent, pour se dédouaner du massacre sanitaire en cours et de l'inéluctable catastrophe atomique tricolore à venir, chacun dans cette bande s'emploie aujourd'hui à ouvrir le parapluie. Quitte à préparer la gestion autoritaire et manipulatrice de la population française qui sera victime de la catastrophe.

Et les dés sont déjà pipés comme tout le monde peut s'en rendre compte. Car le rapport est incestueux. Les uns et les autres cachent à la population, parfois pendant plusieurs jours et plusieurs semaines ou années, les défaillances de leurs installations, leurs déjections radioactives accidentelles mortelles et l'ASN valide les coupables dans son double statut incroyable de juge et partie.

Areva falsifie des dossiers techniques de composants de centrales nucléaires  et l'ASN mandate un évaluateur des dégâts qui est... Areva. EDF fait fonctionner ses centrales atomiques qui cumulent des incidents et fuites radioactives depuis des décennies et utilise les pièces défectueuses d'Areva (2) et l'ASN décide de confier une inspection à... EDF. A aucun moment n'est envisagé de confier les contrôles et les tests à des experts indépendants. Il est vrai que depuis que la nucléocratie à fait main basse sur l'énergie électrique et calorifique de la France ce petit monde issu des mêmes cursus technicistes et idéologiques vit en vase clos, assuré par ses pairs de ses prérogatives exorbitantes.

Tricastin_CAN84_antinucleaire_squelette-mort.jpgA chaque incident nucléaire - en moyenne près de 700 par an en France - pas tous déclarés d'ailleurs, l'ASN fait les gros yeux aux fautifs et responsables. Mais c'est pour la forme car plutôt que de protéger la population et les salariés et de fermer l'installation, l'Autorité de Sûreté Nucléaire se livre à son ballet favori de protection des intérêts du lobby. Ainsi, dans une danse macabre répétitive, chaque acteur joue sa petite partition morbide. Areva ou EDF mentionnent l'incident plus ou moins dans les délais obligatoires sans en faire grande publicité médiatique et toujours par un communiqué se terminant par "sans impact pour l'environnement ni la population". Le fautif propose/impose à l'ASN un niveau de gravité (souvent niveau 0 ou 1) sur l'échelle INES (dont d'ailleurs la fiabilité est remise en cause).L'ASN valide la situation le plus souvent par un simple avis d'incident et une demande de correction du dysfonctionnement dans un délai de... 2 ans voir plus. Et le business se poursuit. Avec ses morts et malades à la clef dans la population. Parfois, au terme de ce premier délai, une "lettre de suivi" est adressée au coupable qui fait le point sur les corrections demandées. Et un nouveau délai complémentaire est fixé. Et puis, le temps passant, on oublie.

Avec ses 483 salariés l'ASN, et son bras d'expertise de 827 salariés à l'IRSN, réclament à l'Etat plus de moyens pour assurer leurs missions. C'est dans ce contexte, où chacun essaie de tirer la couverture à soi et de se dédouaner du crime, que s'accomplit sous nos yeux la déliquescence du mythe nucléariste.

La mise à l'arrêt définitif d'une centrale nucléaire telle celle du Tricastin représenterait le premier acte d'autonomie, de liberté intellectuelle et scientifique de l'Autorité de Sûreté Nucléaire. Et un acte concret pour limiter la menace. En aura-t-elle l'éthique et la grandeur ? Pas sûr si la population ne manifeste pas sa propre exigence d'un arrêt immédiat, inconditionnel et définitif du nucléaire.
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* Et de toute les installations nucléaires implantées dans l'hexagone.

** l'usine de Saint-Marcel (Saône-et-Loire) assemble les composants lourds équipant les réacteurs atomiques et celle de Jeumont (Nord) produit des équipements mobiles pour les réacteurs.

(1) in "Uranium africain, une histoire globale" de Gabielle Hecht aux Editions du Seuil/Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales/CNRS

(2) voir : Anomalies danger : deux des quatre réacteurs atomiques de Tricastin à l'arrêt