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A la demande de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) vient de rendre son rapport (1) sur  les menaces découlant de défaillance constatée sur des soupapes de sûreté de pressuriseur des réacteurs nucléaires. Ce qui assurent la protection du circuit primaire principal contre les surpressions à chaud et l'explosion atomique. Pas moins.

pressurateur_reacteur-nucleaire.jpgEn situation accidentelle, les soupapes de sûreté du pressuriseur permettent l’évacuation de la surpuissance du cœur du réacteur atomique, de dépressuriser le circuit primaire, d’isoler la deuxième barrière de confinement et d'injecter de l'eau froide dans le cœur pour tenter d'éviter l'explosion. Cà c'est la théorie. Seule une action manuelle humaine sur la commande électrique des soupapes peu le faire.

Mais, cette année, à l'occasion de l’arrêt du réacteur n° 2 de la centrale nucléaire de Chooz B pour un rechargement en produits de fission atomique, le pot aux roses a été révélé. Le test de refermeture (2) des deux soupapes de sûreté du pressuriseur par la commande électrique ne fonctionne pas. Constat : "rupture des circuits imprimés supportant les résistances de puissance alimentant les électro-aimants des soupapes". Ils ont surchauffé excessivement  et les platines à relais de la commande électrique des deux soupapes n'ont pas joué leur rôle, empêchant leur fermeture électriquement. Si le réacteur n'avait pas été à l'arrêt mais en fonctionnement c'était : "boum". Boum comme à Fukushima et Tchernobyl.

Pourtant en mars 2013, sur le palier des réacteur nucléaires de 900 MWe, la même rupture des circuits avait déjà portée atteinte à la sécurité. EDF avait affirmé alors avoir modifié la conception de ces platines et que les platines des réacteurs de 1450 mégawatts n’étaient pas affectées. Les résistances électriques soudées sur un circuit imprimé étant jugées plus résistantes aux contraintes thermiques. Las, donc.

La cinétique de dégradation des circuits imprimés est donc beaucoup trop rapide. Alors que les cartes dégradées sont installées depuis quatre ou cinq ans leur durée de vie attendue était de 40 ans. Une situation considérée comme anormale par l’IRSN et qui aurait dû être détectée lors des essais initiaux de la carte.

Depuis... 10 ans

Mais plus hallucinant encore : il y a plus de dix ans, le 16 décembre 2004, lors de la réunion du Groupe permanent pour les réacteurs (GPR), EDF avait déjà  pris l’engagement de mettre en œuvre, sur les réacteurs du palier 900 MWe, un dispositif fiable même en cas d’accident grave. Puis d’étendre cette modification aux réacteurs de 1300 MWe et 1450 mégawatts (pallier N4 précurseur de l'EPR). Et même en 1999 (3). Areva ne semble pas être la seule à exceller dans la défaillance des pièces (générateur de vapeur, EPR,...)

salle-de-commandes-automatisee_EDF.jpgAprès vérification de l’ensemble des platines des réacteurs de 1450 mégawatts, certaines platines ont été détectées également défaillantes, du fait également là encore d’un échauffement du circuit imprimé. EDF se voit donc contraint de réaliser en urgence des contrôles hebdomadaires sur toutes les cartes concernées et, en cas de défaillance constatée de l’une d’entre elle, d'effectuer son remplacement. Mais en fonction de ... la disponibilité des pièces de rechange! Alors se sera soit une pièce neuve de même type soit une pièce refabriquée. Au petit bonheur la chance. Et quand le temps le permettra.

Et ensuite, plus tard, dans un an, au cours de l’année 2017, EDF tentera de mettre en place une nouvelle conception de platine qui ne présentera plus cette fois-ci, promis-juré, de problème d’échauffement. "Incohérent avec les enjeux de sûreté" s'insurge l'IRSN : "il convient qu’EDF se positionne sur la nécessité de déclarer un événement significatif pour la sûreté générique". En une autre période, celle de l'entreprise nationalisée EDF-GDF, certains auraient pu dire qu' "il y a de l'eau dans le gaz" au sein du lobby nucléaire.

Plutôt mettre en danger le pays par une explosion atomique que d'arrêter les réacteurs nucléaires

EDF minimise mais dans le cadre de son analyse, l’IRSN souligne que le défaut affecte l’ensemble des circuits imprimés des réacteurs N4 supportant les résistances qui alimentent les électro-aimants des soupapes de sûreté. Il s'agit donc d'un problème générique qui affecte tout le parc nucléaire français.

2016-07-01_Centrale_atomique_Civaux.JPGPas content du tout l'IRSN qui révèle en plus qu'EDF n’indique pas la température maximale atteinte par les résistances ni celles subit par les équipements et matériels proches du circuit imprimé. Evacuant ainsi et donc refusant d'évaluer les risques liés à ces températures élevées notamment celui de dégrader d’autres matériels, y compris le risque d’incendie.  Et comme, EDF ne prévoit pas de remplacer les cartes avant leur défaillance... 

Déjà lors de contrôles réalisés sur les réacteurs de la centrale nucléaire de Civaux (Vienne), la défaillance d’une carte avait obligée à constater l’indisponibilité d’une ligne de décharge du pressuriseur qui aurait du conduire à la mise à l'arrêt immédiat du réacteur. A l'époque EDF, du haut de son orgueil techniciste, avait affirmé qu'une mise à l'arrêt du réacteur était "superfétatoire" (page 3 du rapport). Pour l’IRSN, ce n’est pas le cas et elle s'interroge sur les raisons qui conduisent l'électricien nucléaire à ne pas prendre en compte les défectuosités constatées antérieurement.

Une longue liste de mise en demeure adressée à EDF

EDF est donc mis en demeure par l'IRSN de justifier, sous un mois, (c'est à dire au plus tard début août 2016) l’absence de risque de collage intempestif de l’électro-aimant des soupapes de sûreté en situation normale et accidentelle, y compris en cas de séisme.

carton-rouge1.pngDe compléter aussi, sous un mois, son analyse, en prenant en compte la totalité des risques liés à l’échauffement des résistances des circuits imprimés, notamment le risque incendie.

De contrôler quotidiennement les cartes des platines des soupapes de sûreté du pressuriseur, pour tous les réacteurs du palier N4, jusqu’à l’intégration des cartes de nouvelle conception.

Qu'en cas de défaillance sur une carte lors de la surveillance quotidienne, l’exploitant constate que la soupape n'est plus disponible et que le groupe doit être remis en conformité sous quatre heures faute de quoi le réacteur doit être arrêté.

Chiche, on arrête les réacteurs nucléaires ? Force est de constater que la complicité atavique des organismes officiels de contrôle avec les entreprises nucléaires ne conduit jamais aux sanctions. Et surtout pas à l'arrêt des réacteurs atomiques. Ils font les gros yeux, menacent, ouvrent le parapluie puis rentrent dans le rang. Jusqu'au prochain pépin et en croisant les doigts pour que l'apocalypse atomique ne les prive pas définitivement de travail et de rosettes. Se considérant au-dessus du petit peuple inculte ils ont, les uns et les autres, pris l'habitude de jouer avec la vie de la population et de la planète.

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(1) - Avis IRSN N° 2016-00224 REP –  Palier N4  Objet : Défaillance des platines à relais de la commande électrique des soupapes de sûreté du pressuriseur. Saisine ASN –  DEP - SD2 - 010 - 2006 du 17 février 2006  : «  Traitement des arrêts Réf. : programmés de réacteurs – Saisine cadre ». 

(2) -  La commande électrique est transmise par l’intermédiaire d’une platine à relais comportant notamment une carte à résistance composée d’un circuit imprimé, de deux résistances et de deux diodes.   

(3) - http://www.gazettenucleaire.org/1999/173_palierN4.html