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On fait tout pour cacher les dégâts humains liés au nucléaire, on minore le nombre de victimes survenues après une catastrophe, et on cherche à cacher les effets à long terme de doses moyennes ou faibles sur la santé. En s’appuyant sur des sources vérifiables on verra qu’on ne peut nier que l’industrie du nucléaire civil et militaire est une activité mortifère, aux victimes innombrables et dont sont responsables tous ceux qui œuvrent à la faire vivre et à la développer.

En plus, les preuves scientifiques de transmission de dégâts dus à la radioactivité s'accumulent. Ce que vivent les jeunes japonaises de la préfecture de Fukushima, qui savent qu’elles ne devront pas enfanter, en est l’illustration.

Il y a d’abord les victimes directes

Les victimes d’Hiroshima et de Nagasaki, dont le bombardement atomique avait plus pour but d’expérimenter deux armes (celle à l’uranium et celle au plutonium), et de marquer la supériorité sur l’URSS, plutôt que d’abattre le Japon déjà largement à genoux. 220 000 morts environ, la majorité les deux premiers jours, dans l'horreur. Aucun tribunal n'a condamné ces actes barbares, mais on ne juge que les vaincus, jamais les vainqueurs.

Il y a aussi les « liquidateurs », ces armées de jeunes hommes envoyés par l’Urss pour tenter d'endiguer l'explosion nucléaire et tenter de gérer la catastrophe de Tchernobyl. La plupart d’entre eux, des centaines de milliers tombés dans l’oubli, sont morts à petit feu dans des souffrances atroces. On leur doit d’avoir limité l’étendue de la catastrophe.

Il y a les effets sur la population des doses faibles ou moyennes subies par contamination.

Les innombrables essais de bombes atomiques ont contaminé tous les êtres vivants de la planète, et pas seulement les populations et les techniciens directement touchés, et à qui les pouvoirs en place depuis 50 ans refusent toute reconnaissance de ce qu’ils ont subi.

Et le nucléaire dit « civil », la production d'électricité nucléaire, est devenu une source essentielle de radionucléides artificiels. Ceux-ci sont disséminés en masse dans l'environnement et s’intègrent aux cycles du monde vivant. La désintégration d'iode, de césium, de strontium et autres isotopes radioactifs au sein de nos organismes est dévastatrice. A lui seul Tchernobyl serait responsable d’un million de morts d’après l’université de médecine de New-York.

S'y ajoutent encore tous les usages de radioéléments, médecine, irradiation des aliments, contrôles de matériaux, les multiples transports de combustibles non sécurisés, les déchets radioactifs pour lesquels il n'existe pas de solution pour des millénaires, ...

Et contrairement à ce qu'affirme l'idéologie officielle, le nombre de victimes est considérable

D'après le CERR (Comité européen sur le risque de l'irradiation), le nucléaire, c'est 61 millions de morts et 123 millions de cancers depuis 1945, contre 1,1 million et 2,3 respectivement selon les sources officielles. En outre les radiations ont induit une importante mortalité néonatale et fœtale (3,4 millions).

Sollicitée et financée par le groupe Verts européens, il y a cinq ans, l'élaboration de cette étude a rassemblé une palette d'experts indépendants du monde entier. Ils ont développé une méthodologie rationnelle qui balaie celle de la commission internationale de protection contre les rayonnements (CIPR) dont le but est de promouvoir le nucléaire et donc d'en occulter les effets, en particulier ceux liés à l'ingestion et l'inhalation de particules.

Le CERI prend en compte les effets biologiques des radioéléments artificiels issus des centres nucléaires, radioéléments qui n'existent pratiquement pas dans la nature, et qui, s'intégrant à la vie, font des dégâts considérables lorsqu'ils se désintègrent dans nos corps. C'est le cas par exemple des atomes de tritium, strontium 90, césium 137, iode, plutonium, etc...

En conséquence ces experts recommandent de réduire la dose maximale de rayonnement admissible à 0,1 millisievert pour chaque être humain (contre 1 mSv actuellement, ce qui correspond à 5 victimes pour 100,000 personnes). Ce n'est bien sûr pas le cas des nouvelles propositions européennes aggravantes, face auxquelles la Criirad lance une campagne importante.

Et il y a l’angoissante transmission de dégâts induits par la radioactivité aux générations suivantes !

Cette question avait été évoquée dès les débuts du nucléaire. Jean Rostand, généticien, avait annoncé que toute la génétique du vivant serait affectée.

Au forum organisé par Independant Who à Genève cet automne, (http://independentwho.org/fr/) il a été rappelé cette déclaration de l'Organisation mondiale de la Santé en 1957 : « tout rayonnement artificiel doit être considéré comme nocif pour l'homme du point de vue génétique » et « le bien-être des descendants de la génération actuelle est menacé par l'évolution de l'utilisation de l'énergie nucléaire et des sources de rayonnements ».

Mais, depuis, l'OMS a abdiqué de ses responsabilités dans le domaine de la radioprotection. Elle est subordonnée à l’establishment nucléaire, liée par un accord avec l’AIEA, l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (lire à ce sujet les textes d'Yves Lenoir sur le site de ETB -Enfants Tchernobyl Belarus : http://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php).

Mais les faits sont têtus, et on observe que la descendance des liquidateurs survivants loin de Tchernobyl, en zone non contaminée, est menacée de malformations congénitales, de problèmes graves de santé. Des études récentes montrent bien que les dégâts de la radioactivité sont non seulement transmissibles, mais en plus s’accroissent de génération en génération, même en vivant à l’abri de contaminations.

On trouvera dans le journal le « Monde » du 16 août 2012, les premières conclusions de l’étude réalisée sur les mutations de papillons bleus contaminés à Fukushima, étude poursuivie et publiée ultérieurement (Nature.Com 15 May 2014) et confirmée par le Pr Fernex. S’y ajoutent les études de rapaces (Scientific Reports 24 March 2015), d’hirondelles (Scientific Reports 2 april 2015), campagnols etc. Sur ces questions Independent WHO a organisé le 2ème Forum sur les effets génétiques des rayonnements ionisants à Genève le 29 novembre 2014 (lire ici)

Augmentation des avortements, fœtus non-viable, naissances monstrueuses, stérilité

Quant aux humains, et c’est ce qui bouleverse le plus notre humanisme, cela se traduit le plus souvent par une augmentation des avortements, le fœtus n'étant pas viable, par des naissances monstrueuses, par la stérilité, par une fragilité et des maladies « de vieux ». Ces atteintes transmissibles au cours des divisions cellulaires n'impliquent pas, à leur origine, que le rayonnement ait altéré des chromosomes ou des gènes. Ces atteintes transgénérationnelles, donc transmissibles d'un individu à ses descendants, consiste en une instabilité génomique qui s'aggrave de génération en génération.

Lorsqu’on prend conscience des horreurs engendrées par le nucléaire, horreurs qui se perpétuent dans la descendance des êtres contaminés, et lorsqu’on imagine qu’il faudra en gérer les conséquences et les déchets pendant des dizaines de milliers d’années -ce qui dépasse l’entendement, alors comment ne pas se révolter et exiger l’arrêt pur et simple du nucléaire civil et militaire ?

Pierre Péguin, juillet 2015.

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Annexes (pour plus de détails)

Les atteintes transmissibles aux générations suivantes

Ces atteintes transmissibles au cours des divisions cellulaires, et de génération en génération, n'impliquent pas à leur origine que le rayonnement ait pénétré dans le noyau, ni altéré d'emblée des chromosomes ou des gènes.

L'instabilité génomique peut se transmettre aux cellules filles au cours de divisions cellulaires, sans que le génome soit altéré, l'atteinte est encore périgénétique. Ces atteintes, transmissibles d'un individu à ses descendants s'aggravent de génération en génération. Des structures altérées située dans le cytoplasme, mais hors du noyau, peuvent entraîner des désordres au cours de la division cellulaire ou gêner divers phénomènes comme la production de protéines favorisant le développement de cancers ou ralentissant la réparation des gènes. Cependant, les cellules touchées peuvent se diviser un grand nombre de fois, sans que les anomalies génétiques n'apparaissent.

Lorsque ces dernières surviennent, elles peuvent causer des désordres et des maladies transmises aux descendants.

De plus il a été constaté une sorte de contagion: l'anomalie induite par des rayonnement ionisants dans des structures du cytoplasme cellulaire peuvent contaminer les cellules voisines non touchées par ces rayonnements. Selon la mitochondrie ou la protéine cytoplasmique altérée, on peut avoir des altérations au niveau des chromosomes qui se divisent et se séparent pour former normalement deux noyaux identiques.

Weinberg et al. en 2001 montrent la haute fréquence des mutations chez les descendants des liquidateurs de Tchernobyl, qu'ils vivent encore dans des régions contaminées ou pas. Les enfants de liquidateurs présentent une fragilité génomique, ils ont de graves problèmes de santé: neuropsychiatriques, endocriniens, génito-urinaires, digestifs, hématologiques, ostéo- musculaires et respiratoires. L'instabilité génomique chez ces enfants se mesure dans les tests au niveau des chromosomes de lymphocytes lors de la division cellulaire, et par la lenteur de la réparation des atteintes de l'ADN. On retrouve cette transmission dans le règne animal, par exemple les rats irradiés par le Cs-137 souffrent d'altération du comportement, traduisant une atteinte cérébrale. Leurs descendants non irradiés présentent aussi de telles atteintes cérébrales.

Vivre en zone contaminée

Au début des années 80, la population du Bélarus augmentait de 2% par année. Mais au cours des années 90, la mortalité a dépassé la natalité, entraînant une baisse de population. Les régions les plus contaminées en ont la plus forte. Cette dénatalité n'est pas compensée par la venue de très nombreux réfugiés russes de régions instables du Caucase.

Dans les régions contaminées par le Cs137, les enfants sont apathiques, fatigués, et présentent des troubles fonctionnels cardiaques : une tension artérielle anormale, souvent trop basse et dans près de 50 % des cas, excessive après un effort minime. Chez ces enfants, les troubles cardiaques sont proportionnels à la charge en Cs-137 mesurée dans l’organisme entier par Bandazhevsky et Bandazhevskaya ou par l’institut Belrad. Cet institut qui manque de moyens, que soutient à bout de bras l’association ETB (Enfants Tchernobyl Belarus) propose des cures de pectine de pomme qui réduisent la charge de Cs-137 et en atténue les effets.

Les allergies, en particulier alimentaires, chez l'enfant augmentent en fonction de la charge radioactive de l'organisme. Le système immunitaire irradié défend moins bien l'organisme contre les cellules cancéreuses, des tumeurs comme des goitres se développent, des cancers se manifestent trop tôt, ils sont beaucoup plus rapidement mortels malgré les traitements. Les maladies infectieuses de l'enfant irradié ont aussi une évolution plus chronique et plus maligne que dans des zones moins contaminées : le rhume évolue en sinusite, et la sinusite provoque trop souvent un abcès cérébral.

Les bronchites de l'enfant de Tchernobyl conduisent à des bronchites chroniques, comme chez de vieux fumeurs, et à des pneumonies. Le système digestif est touché dans un fort pourcentage d'enfants contaminés, avec des gastrites, des duodénites chroniques et, si l'irradiation par l'iode a eu lieu très tôt dans la vie, on note une atrophie de la muqueuse gastroduodénale, qui peut être considérée comme une précancérose.

Et en Suède du Nord, dont les communes ont été contaminées par les pluies de Tchernobyl , est survenue une augmentation de l'ensemble des cancers. Cette augmentation est statistiquement significative, si on la compare avec celle des communes suédoises du sud, épargnées par les pluies de Tchernobyl. Ce travail a d'abord fait l'objet de la thèse de Médecine de M. Tondel. La publication du travail dans un journal médical a nécessité des années d'affrontements avec le comité de lecture dont les experts ne pouvaient pas admettre qu'une contamination aussi faible puisse occasionner une épidémie de cancers à l'échelon national . Quand on cherche un lien de cause à effet, on découvre d'autres victimes. Ainsi les enfants nés en 1987, soit ceux qui ont été irradiés in utero, ont rencontré des problèmes d'adaptation à l'école primaire et des échecs ; le pourcentage parvenant aux études supérieures ou universitaires était largement plus faible que celui des enfants de cette région nés dans les 3 ans qui ont précédé Tchernobyl.

Fragilité des embryons et des fœtus à des doses extrêmement faibles

Au Belarus, Bandazhevsky montre que la contamination par le Cs-137 est une des causes des malformations congénitales tant chez les humains que chez les hamsters. Très inquiétante est la fréquence des malformations congénitales chez les enfants des liquidateurs. Ce phénomène passe par l'instabilité génomique qui augmente de génération en génération, comme le montrent Dubrova et collaborateurs. Ces chercheurs du département de A.J. Jeffreys, à Leicester, étudient des familles vivant dans des zones contaminées par le Cs-137 au Belarus, à 260 km de Tchernobyl et en Ukraine ainsi qu'au Kazakhstan.

Certaines altérations de l'ADN doublent chez les enfants de parents vivant dans cet environnement contaminé. Dubrova confirme la corrélation entre irradiation et augmentation des mutations, en comparant en Ukraine, les enfants du même père, les uns nés avant Tchernobyl, les autres après les retombées radioactives. Il confirme ainsi en Ukraine le rôle de la radioactivité dans la genèse d'anomalies de l'ADN. Ce généticien a travaillé autour des sites d'essais atomiques soviétiques de Semipalatinsk au Kazakhstan, avec explosions aériennes responsables de l'irradiation répétée des populations de bergers il y a 50 ans. Dubrova constate que l'augmentation des mutations s'accentue encore davantage dans la 2ème génération que dans la première, comme il l'avait démontré chez des souris au laboratoire.

La mortalité périnatale, soit de la naissance au 28e jour, baisse progressivement dans le monde du fait des progrès de la médecine dans tous les pays. Scherb & Weigelt montrent que cette mortalité a subitement augmenté de 4,8% en Allemagne après Tchernobyl, une augmentation statistiquement significative. Dans les régions plus à l'est, y compris à Berlin, mais aussi en Bavière, cette augmentation a été de plus de 8%. Körblein, dans ces zones de l'Allemagne de l'Est, y compris Berlin, comme aussi dans les vallées des Alpes de Bavière où il a plu au passage des nuages radioactifs, note, outre la mortalité périnatale, une augmentation significative des malformations congénitales, et des altérations génétiques comme la trisomie ou mongolisme.

La recherche sur la nocivité de doses encore beaucoup plus faibles, passe par l'étude de la sex ratio. Pour 1040 à 1060 garçons nés vivants, ne naissent habituellement que 1000 fillettes vivantes. Or les années où les essais atomiques ont eu lieu dans l'atmosphère, mais aussi dans les vingt années qui ont suivi l'explosion du réacteur de Tchernobyl, ont compté un manque de fillettes à la naissance. Plus un pays a été contaminé par les radionucléides, plus le déficit d'enfants féminins est important. En effet, le manque le plus élevé de nouveaux-nés féminins touche le Belarus, suivi par la Russie. Ces deux pays ont aussi subi la plus forte contamination radioactive suite à l'accident de Tchernobyl. Viennent ensuite les Balkans, puis l'Italie du nord et même l'Allemagne et la Suisse. Il semble donc que l'embryon soit 100 à 1000 fois plus sensible aux rayonnements ionisants internes que l'adulte (cela avait déjà été signalé par Alice Steward dans les années 50). L'atteinte du génome de l'embryon peut conduire à sa mort et, si l'embryon se développe, l'enfant risque d'avoir des séquelles.

OMS (Organisation Mondiale de la Santé).

Un colloque tenu à Genève, en 1956 par l'OMS, « Effets génétiques des radiations chez l'homme. » avait déjà montré que les mutations causées par l'augmentation des radionucléides artificiels seraient néfastes pour la santé. L’OMS avait convié des généticiens de réputation mondiale dont le Nobel de génétique H.J. Muller des USA, le Prof. J. Lejeune de Paris, R.M. Sievert et d'autres sommités dans ce domaine pour éclairer le monde sur les risques liés à ce choix politique. Ces experts avaient précisé d'un commun accord, que l'augmentation des rayonnements ionisants qui découlerait du développement du nucléaire commercial constituerait un risque majeur pour les populations, l'augmentation des mutations étant nuisible pour les individus et leurs descendants.

A l’époque cette agence de l'ONU était encore juridiquement indépendante dans ce domaine. Or, depuis 1959, l'OMS ne l'est plus, et les actes du colloque ont été censurés. Voici un passage de ce rapport publié en 1957 à l'OMS Genève: “Le patrimoine héréditaire est le bien le plus précieux dont l'être humain soit le dépositaire, puisqu'il engage la vie de la descendance, le développement sain et harmonieux des générations à venir. Or, le Groupe d'étude estime que le bien-être des descendants de la génération présente est menacé par l'emploi grandissant de l'énergie nucléaire et des sources de rayonnement...

Il est démontré que les rayonnements ionisants figurent parmi les agents qui provoquent des mutations chez un grand nombre d'organismes, des bactéries aux mammifères. Le groupe est d'avis que de nouvelles mutations survenant chez l'homme seront nuisibles aux individus et à leurs descendants. » Il est précisé qu'aucune dose de rayonnements ionisants artificiels n'est inoffensive, même si des mécanismes de réparation existent). Ces anomalies du génome vont d'altérations grossières des chromosomes, à des substitutions de bases, des ruptures ou autres modifications des chaînes d'ADN; ces altérations peuvent être isolées ou multiples, réparables ou irréparables. Un des mécanismes de défense de l'organisme en particulier pour éviter l'évolution cancéreuse, est la mort programmée d'une cellule, l'apoptose. Ce mécanisme permet d'éliminer une cellule si ses gènes sont trop gravement altérés.