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Les répliques devraient se poursuivre « pendant plusieurs mois ou même plusieurs années », indique l'Institut de physique du globale de Paris (IPGP). Elles peuvent potentiellement s'avérer plus fortes que le tremblement de terre initial et ébranler bien au-delà du Népal. La zone touchée est un lieu de collision entre la plaque eurasienne et la plaque tectonique indienne dont le massif himalayen est la bordure. Or « seule la partie profonde de la zone de contact a cassé, dans la partie centrale du Népal » et  « il reste des zones bloquées » précise Pascal Bernard, sismologue. Alors « on peut craindre de nouvelles ruptures engendrant de nouveaux séismes, plus à l'est ou plus à l'ouest ».

Hymalaya_Nepal-Inde-Pakistan_carte-de-la-situation-des-plaques-tectoniques.pngLe processus tectonique a commencé voilà quelque 100 millions d’années, lorsque le sous-continent indien s’est définitivement détaché du supercontinent Gondwana (qui réunissait autrefois l’Antarctique, l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Australie et l’Inde), pour dériver vers le nord, en direction du continent asiatique.

A l'époque l'industrie militaro-civile de la destruction atomique n'existait pas et n'avait pas truffé certaines régions du globe de sites cataclysmiques nucléaires.

C’est la collision titanesque entre les deux blocs continentaux, voilà un peu plus de 50 millions d’années, qui a donné naissance à la chaîne de l’Himalaya longue de 2 400 km et large de 250 à 400 km. « Cette zone de contact, sur une immense faille qui court tout le long de la chaîne himalayenne, accumule d’énormes tensions », explique le chercheur. La région himalayenne (2) est la partie continentale du globe la plus exposée aux tremblements de terre, mais les zones de subduction proches des côtes, où se confrontent plaques océaniques et plaques continentales, peuvent aussi engendrer des secousses encore plus violentes, comme au Chili ou au Japon.

L’onde de choc du séisme du 25 avril s’est propagée, en une quarantaine de secondes, sur une distance de 150 km, dévastant la vallée de Katmandou. Elle pourrait, lors d'une réplique plus intense, atteindre des zones encore plus éloignées, celles d'implantation de sites nucléaires.

2015-04-25_Nepal-seisme_victime.jpgLa secousse de samedi, bien que considérée comme « un gros séisme » par les spécialistes, est restée de plus faible importance par rapport à celle de 1934, de magnitude 8, qui avait semé la désolation dans les trois grandes villes de la vallée, Katmandou, Patan et Bakhtapour, en faisant entre 10 000 et 20 000 morts. En 1505, un autre tremblement de terre avait, lui aussi, atteint la même magnitude. La magnitude maximale qu’on peut attendre pour un séisme au Népal est de 8,5 à 9, soit une énergie trente fois supérieure à celle libérée par la secousse de samedi

Pour les spécialistes le secteur n'échappera pas à la catastrophe d'un séisme géant" avec la menace atomique

Inde-Pakistan-Nepal_nucleaire.jpgLa bordure sud du Népal et de la chaîne himalayenne (1) est parsemée de sites et installations nucléaires.  La folie a commencé avec la création du ministère de l'Energie atomique indien en 1954, avec l'aide des États-Unis et du Canada qui a permis à l'Inde de bénéficier du programme "Atoms for Peace" lancé par le président américain Eisenhower pour justifier la bombe atomique sous couvert d'énergie nucléaire civile. Quelques années plus tard, en 1962, l'Inde démarre un programme nucléaire militaire. Ce qui n'empêche pas un an plus tard, en 1963, la signature d'un protocole avec les États-Unis et l'AIEA, afin de construire le premier réacteur de la centrale de Tarapur (aujourd'hui la plus importante du pays) réalisée par deux entreprises états-unienne "Bechtel" et "General Electric".

Dans les années 1970, l'Inde entame la construction, avec l'aide du Canada, de la centrale du Rajasthan dotée de réacteurs de type CANDU qui peuvent produire à la fois du plutonium et du tritium donc apte aussi bien pour l'utilisation civile que militaire. De l'autre côté de la frontière, en janvier 1972 le programme nucléaire pakistanais est lancé. La première centrale nucléaire du Pakistan de KANUPP est mise en service en 1972 à environ 25 km à l'ouest de Karachi dans la province du Sind (au sein du « KNPC » (Karachi Nuclear Power Complex). Elle est arrêtée depuis 2002. Initiée dans les années 70 en collaboration avec la France mais finalement construite par la Chine, la seconde centrale nucléaire (CHASNUPP) est construite à Chashma dans la province du Pendjab et mise en service en 2000.

Agni-II_missile_-Republic_Day_Parade_2004-.jpegLe 18 mai 1974 l'Inde fait exploser sa première arme nucléaire souterraine (Smiling Buddha) à 100 mètres de profondeur, à Pokharan. Depuis le début des années 1980 ce pays développe un programme de missiles nucléaires (Integrated Guided Missile Development Program), officiellement clos en 2008, Quinze ans plus tard, en 1987, le Pakistan accède officiellement à son tour au nucléaire militaire et confirme publiquement l’obtention de capacités nucléaires militaires.

Les 11 et 13 mai 1998 l'Inde procède à cinq essais de bombes nucléaires A et H. Le 28 mai 1998, le Pakistan réalise son premier essai nucléaire souterrain (nom de code Chagai-I) dans le district de Chagai situé dans la province du Baloutchistan. Une série de cinq tests nucléaires de faible puissance est effectuée. Le dernier essai (Chagai-II), dans lequel les Pakistanais firent détonner 12 kilotonnes d'équivalent en TNT eut lieu dans le désert de Kharan deux jours plus tard, le 30 mai 1998. Sur les six essais, un était au plutonium, les autres à l'uranium enrichi.

Depuis 2008, le Pakistan exploite une mine d'uranium près de la ville de Dera Ghazi Khan, à côté de laquelle il a mis en place un complexe chimique qui produit de l'uranium-métal pour fabriquer des armes nucléaires et deux usines de séparation du plutonium adjacentes, à proximité de Rawalpindi.

CHINA NUCLEARL'Inde possède à ce jour 17 centrales nucléaires réparties sur les côtes au sud et dans le centre du pays ainsi qu'à proximité de la chaîne himalayenne. Le français Areva met la pression pour la construction d'EPR en Inde et la fourniture de son produit de fission nucléaire "Mox" (oxyde de plutonium et d'uranium) qui ne trouve plus beaucoup de client depuis le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Une grande mobilisation d'opposition des populations s'exprime contre ce projet insensé et dont les manifestations sont violemment réprimées, parfois dans le sang.

Une mine d'extraction de l'uranium est située à Jadugoda dans l'état du Jharkhand à l'est de l'Inde. Et plusieurs sites nucléaires militaires sont dissimulés sur le territoire. L'Inde disposerait, en 2002, de 30 à 150 têtes nucléaires installées sur des missiles balistiques sol-sol à courte portée de 150 km (Prithvi). Elle a également testé, entre 1989 et 1994, à trois reprises des missiles intermédiaires (Agni) d'une portée de 1 500 km et développe aussi le missile balistique mer-sol-balistique-stratégique (Sagarika et Dhanush) alors que le 19 avril 2012, elle a testé avec succès son premier "Agni V" d'une portée de 5 000 km.

map-airehimal2.jpgDe son côté le Pakistan, qui n'est pas signataire du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), posséderait de 100 à 120 ogives nucléaires en 2013 contre une cinquantaine en 2007. La marine pakistanaise a créé, le 19 mai 2012, un Commandement de la force navale stratégique chargé des armes nucléaires de la marine. Elle dispose en 2015 de 5 sous-marins nucléarisés.

Comme on le constate la région himalayenne et ses violents séismes mortels, le nord du Pakistan et de l'Inde sont les lieux idéaux pour accéder au top des tops des pays ayant leurs catastrophes nucléaires, bien que la France rivalise ignominieusement en la matière.

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(1) L'Himalaya fait partie d'un ensemble montagneux plus vaste encore que l'on désigne par « Aire Hindu Kush-Himalaya » (HKH), laquelle comprend outre les chaînes de l'Hindu-Kush et du Pamir, celles du Karakoram qui prolonge la chaîne himalayenne à l'ouest. Ce vaste ensemble chevauche huit pays et abrite plus de 140 millions de personnes.

(2) L'Himalaya couvre la majeure partie du Népal et du Bhoutan et occupe le sud la région autonome pakistanaise du Baltistan. Il constitue également le relief principal des États indiens suivants : le Jammu-et-Cachemire, l'Himachal Pradesh, l'Uttarakhand, le Sikkim (célèbre pour abriter le Kangchenjunga), le Bengale-Occidental et l'Arunachal Pradesh. À la frontière du Sikkim et du Bengale-Occidental s'étend l'arête de Singalila, dont les plus hauts sommets sont le mont Sandakfu, plus haut point de l'État du Bengale-Occidental à 3 636 mètres, suivi du pic Falut, qui culmine à 3 595 mètres. L'Himalaya occupe l'extrême nord du Myanmar. Enfin, il chevauche une très petite partie du sud-est du Tibet