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Hommage à la vie face au meurtre atomiste

Par les petites touches sensibles et profondément humaines du film, les spectateurs ont vu comment la destruction atomique dite "civile" - cette criminelle invisible issue des centrales nucléaires et des installations de production de matières fissiles - nécessite l'ordre dominateur et autoritariste de l’État et engendre le mensonge institutionnel, l'auto-censure, le déni de réalité et, au final, bien souvent la stratégie de l'autruche de la part des victimes elles-mêmes, nous. La catastrophe nucléaire ne prévient pas. Elle est sournoise à l'image de ceux qui ont enfanté cette créature démoniaque de la destruction atomique.

theatre-chene-noir_avignon_spectateurs.jpg"Kibō no Kuni", le film du réalisateur japonais Sion Sono, se traduit par "The Land of Hope", en français : "Terre d'Espoir". Il a été nominé au Festival du film de Sydney 2013 dans la sélection « Features », et met en scène le destin de gens ordinaires, des agriculteurs, des jeunes, des vieux, des femmes enceintes ou/et amoureuses, des enfants,...). Autrement dit vous et moi, surpris dans notre vie quotidienne par la catastrophe nucléaire.  " Un film d'une grande esthétique, doux et mélancolique, une fresque impressionnante, dénonciatrice, constituée de tableaux intimes, qui font entrer dans des intérieurs paisibles au sein desquels le désordre invisible des radiations va s'introduire."

Le débat qui s'est engagé après la projection et s'est achevé tardivement, fut riche de voix croisées et d'expériences multiples où la parole de l'agriculteur du Gard rencontrait celle du salarié du nucléaire de Vaucluse, le propos de la jeune femme enceinte des Bouches-du-Rhône celle de l'éditeur de livres parisien, l'expérience de la scientifique avignonnaise faisait écho à celle du retraité d'Ardèche, la sensibilité de l'artiste des Alpes de Haute-Provence vibrait aux accords du syndicaliste de la Drôme ou d'ailleurs,...

Peu à peu les propos se sont précisés et faits plus accusateurs : les rejets radioactifs quotidiens de toutes les installations nucléaires et centrales atomiques portent atteinte à la santé des habitants et à l'agriculture et sont déjà catastrophe nucléaire; quelles sont les raisons pour lesquelles les "grandes ONG" environnementalistes se font bien discrètes à ce jour face à Areva et à sa plainte contre les antinucléaires du sud-est ? Quelle est la nature de la plainte d'Areva et que signifie-t-elle pour les antinucléaires et les luttes en général ? Comment briser le mur du silence imposé par le lobby nucléaire et l'appareil d’État avec la complicité des élu-es de tous bords? Que répondre face à ceux qui pensent encore que "hors du nucléaire point de salut" alors que plus de 95% des pays de la planète vivent et se développent sans la destruction atomique et que toutes les autres technologies non-mortelles existent et sont mises en œuvre ailleurs ? Comment mettre à mal le processus du projet gouvernemental de pseudo "transition énergétique" avec maintien du nucléaire et la future "conférence internationale environnementale" où le lobby va vouloir imposer la destruction atomique comme solution au réchauffement de la planète (alors que le cycle nucléaire est lui-même producteur de CO2, de gaz à effets de serre et menace toute la planète)...

2015-03-14_antinucleaire_CAN84_RECH_vaucluse_04.JPGIci une intelligence collective a pris forme et s'est développée bien loin de ce que cette société d'exploitation et d'oppression à bout de souffle génère comme comportements de renoncements ou politiciens.  Tels ceux qui, pilotés idéologiquement par les tireurs de ficelles des intérêts financiers, font s'agiter dans la lucarne télévisuelle et dans les conseils des assemblées élues, quelques marionnettes estampillées de logos partidaires qui se veulent, comme des têtes de gondoles de supermarché, tous plus séduisants les uns que les autres. L'individu et la personne, le "citoyen", l'habitant de la cité ou de la campagne, le travailleur manuel ou intellectuel, n'étant plus considéré que comme une entité abstraite à manœuvrer et à placer en marche-pied d'ambitions personnelles et/ou d'intérêts privés.

Au cœur de ce haut lieu de la culture et de la création théâtrale avignonnaise - le théâtre du Chêne Noir-, dans la "salle Léo Ferré", une libre pensée a permis d'enfanter des paroles libres et fécondes. Rebelles. De celles qui portent l'avenir de l'humanité. Tout à la fois intransigeantes et déterminées. Créatives et humanistes. (1). Le soutien aux combattants antinucléaires et à leur indispensable liberté d'expression est plus que de saison et les initiatives vont se multiplier un peu partout. C'est la force du peuple face aux lobbies, aux nantis, aux esclavagistes, aux assassins (2).

2015-03-14_antinucleaire_CAN84_RECH_vaucluse_02.JPGUn peu plus tôt dans la journée, les antinucléaires du CAN84, étaient allés à la rencontre des habitants de différentes villes proches d'Avignon et de militants associatifs aspirants à une autre politique énergétique pour leur démontrer que la "politique des petits pas et des aménagements progressifs" d'une politique nocive - tels une illusoire "transition énergétique" ou un "développement durable" - ne pouvaient qu'engendrer le maintien de l'ordre existant, notamment nucléariste, le désespoir de la population et donc la désertion du terrain des luttes, la survie du lobby atomiste militaro-civil et la catastrophe nucléaire en France. (3)

citons, à cette occasion, le propos du poète et dramaturge allemand, Bertolt Brech (1898/1956) : « Le pire des analphabètes, c’est l’analphabète politique. Il n’écoute pas, ne parle pas, ne participe pas aux événements politiques. Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix de haricots et du poisson, le prix de la farine, le loyer, le prix des souliers et des médicaments dépendent des décisions politiques. L’analphabète politique est si bête qu’il s’enorgueillit et gonfle la poitrine pour dire qu’il déteste la politique. Il ne sait pas, l’imbécile, que c’est son ignorance politique qui produit la prostituée, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les bandits et surtout le politicien malhonnête, menteur et corrompu, qui lèche les pieds des entreprises nationales et multinationales. »

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(1) la CANSE et le CAN84 remercient le Chêne Noir d'Avignon, son directeur Gérard Gélas, ses techniciens professionnels et dévoués qui ont contribué à la réussite de cette soirée.

(2) Près de 150€ de soutien populaire ont été recueillis lors de cette soirée. Pour organiser une soirée de soutien en présence de la CANSE : contact@coordination-antinucleaire-sudest.net, pour soutenir financièrement la défense en justice des antinucéaires : CAN, 180 chemin de la Parisienne 84740 Velleron ou bien 

. Signer la lettre-pétition adressée au Président du Directoire d'Areva : ici 

(3) voir ici "cogérer l'agonie", le document d'analyse du chercheur Thierry Ribault sur le rôle ambigu des ONG à Fukushima

photos extérieures: JR et photo d'archive pour l'intérieur du théâtre