__

Le 28 janvier dernier, l'Autorité de sûreté nucléaire a déclaré avoir "imposé ...à Areva et au Commissariat à l'énergie atomique (CEA) des prescriptions complémentaires relatives au noyau dur et à la gestion des situations d'urgence applicables à leurs installations et à leurs sites".

C'est que, de l'avis de l'ASN et après analyse par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), les règles de conception et de dimensionnement à retenir pour les structures et les équipements constituant le noyau dur "doivent être conformes aux normes les plus exigeantes afin de leur permettre d'assurer leurs fonctions jusqu'au rétablissement d'un état sûr pour l'installation".

Les tests de résistance de 2011 n'ont pas été suivis des mesures adéquates

Depuis les tests de résistance "post Fukushima" réalisés fin 2011 par les exploitants eux-mêmes (et non pas par une autorité indépendante), les décisions de l'ASN, en mai 2011, imposaient à Areva et au CEA de réaliser des évaluations complémentaires de sûreté (ECS) pour chacune de leurs installations présentant de forts enjeux en matière de sûreté nucléaire, telles les installations de fabrication des produits de matières fissiles radioactives et de conditionnement des déchets ou celles de recherche. Concernées : les installations des sites nucléaires de Tricastin, Marcoule, La Hague, Romans-sur-Isère, pour Areva, et des installations de Marcoule, Cadarache et Saclay, pour le CEA.

L'ASN avait souhaité que les adeptes de la destruction atomique mettent en place un "noyau dur" de dispositions organisationnelles et matérielles qui pourraient tenter de limiter les rejets massifs de radioéléments mortels dans l'environnement en cas d'accident nucléaire et permettre à l'exploitant de gérer une situation d'urgence pendant au moins 2 jours. Constat désabusé de l'ASN : ce n'est toujours pas le cas aujourd'hui. Même pour seulement 2 jours alors que la catastrophe nucléaire de Fukushima poursuit son œuvre de mort depuis 3 ans et que celle de Tchernobyl, en avril 1986, n'est toujours pas pleinement maîtrisée. On est loin, très loin d'une inatteignable sécurisation.

Ainsi, à ce jour, un fonctionnement autonome des équipements et des dispositions permettant un réapprovisionnement extérieur en eau, électricité, fuel, … n'existe toujours pas. Ni, au-delà de cette durée de 48h, le simple renvoi automatique vers un poste extérieur des informations clés sur l'état de l'installation en perdition tels les niveaux d'eau, la montée dangereuse de la température, l'état des installations et la situation physique et sanitaire du personnel. Les locaux extérieurs de gestion des situations d'urgence n'existent pas au niveau de chaque site nucléaire, ni les mesures indispensables de renforts en personnels à sacrifier ou bien encore les matériels incontournables pour essayer de gérer à long terme une situation extrême.

Tricastin, Marcoule, Cadarache en tête de la liste noire estampillée Areva et CEA

Avant les réacteurs atomiques des centrales nucléaires exploités par EDF se déroule déjà la monstruosité radioactive mortelle. L'extraction du minerai d'uranium, tel au Niger, qui contamine territoire et populations est relayé, en France, par un ensemble d'installations de triturage et de fabrication des produits de fission nucléaire. Au Tricastin (Vaucluse-Drôme) et à Marcoule (Gard), Areva porte la responsabilité de plusieurs installations nucléaires de base (INB). A Marcoule (Gard) et à Cadarache (Bouches du Rhône) c'est le CEA qui pilote l'activité mortelle. Ce sont elles que l'ASN épingle aujourd'hui. 

Extrait de la revue de détail vue par l'ASN :

Areva Eurodif Production au Tricastin : "... aucune situation redoutée n’a été identifiée en cas de survenue d’une situation noyau dur pour l’installation Georges Besse... la résistance de l’Atelier DRP et de l’Annexe U aux agressions externes retenues pour le noyau dur n’est pas démontrée... les interventions humaines au voisinage des installations peuvent être impossibles ou présenter des risques importants... "

Malgré cela, l'ASN - présentée par certains comme un "gendarme" du nucléaire - se montre conciliant : Areva ne devra présenter sa copie qu'au plus tard le 30 juin 2015 en justifiant au passage que le canal de Donzère Mondragon tiendra le coup et que des solutions techniques pourraient être envisagées pour protéger les équipements du noyau dur. Même si l’aléa sismique à prendre en compte a été quelque peu minoré par Areva. En effet pour l'ASN il doit être majoré de 50% et les spectres définis de manière probabiliste doivent couvrir une période de 20 000 ans et, c'est tout bête, prendre aussi en compte la nature des sols et les failles potentiellement actives identifiées à proximité de l’installation.

Mais l'ASN est cool, car elle laisse à Areva jusqu'au 31 décembre 2015 pour lui présenter ce topo spécifique. Tout comme celui concernant le risque de tornade sur le noyau dur sensé tenir au moins 48heures et même si "la justification ... ne pourrait être acquise sur la base des règles de conception et de construction codifiées ou, à défaut, conformes à l’état de l’art". Autrement dit : les bouts de ficelles et chiffons graisseux, les boules de chewing-gum pour colmater les fissures peuvent être acceptés en cas de coup dur.

Et puis, c'est bête comme chou, mais il faudrait aussi qu'Areva veuille bien examiner " les accidents de transport de marchandises dangereuses qui pourraient survenir sur le site et leur impact sur les possibilités d’intervention en cas..." de séisme ou d'accident nucléaire. Et puis, tant qu'on y est, qu'Areva "complète son analyse... vis-à-vis des phénomènes induits par une agression externe... en particulier, la situation des équipements contenant des matières dangereuses (autrement dit radioactives et chimiques) quant à leur robustesse et leur localisation... en particulier les situations des cuves de fioul et des réseaux de transport de gaz." Transport de gaz ? Eh oui car Areva, tout comme EDF et le CEA du Tricastin, ont accepté qu'une canalisation géante de gaz (le gazoduc "Erivan") soit construite prochainement en bordure du site nucléaire et passe sous le canal d'apport de l'eau indispensable au refroidissement des installations nucléaires.

Ils ne sont décidément pas très créatifs chez Areva. Pourtant c'est assez simple : un séisme, le canal vidé de son eau, le train de matière fissile bloqué ou/et endommagé, le gazoduc fissuré, les réacteurs nucléaires en perdition, les autres installations atomiques atteintes, le personnel contaminé ou mort, la population affolée et en fuite, le poste de "commandement" sans liaison avec l'extérieur, une petite tornade pour parachever le tout. Évidemment, avec cette réalité, nous sommes loin des "exercices de crise" bidons que le lobby nucléaire met en scène ponctuellement pour amuser la galerie et tenter désespérément de faire croire que "nous ici, on maîtrise la grandiose technologie de la destruction atomique, pas comme ces nuls de soviétiques ou ces incompétents japonais" (à qui on vendait toutefois notre "combustible" Mox comme à Fukushima)

Mais, on vous le dit l'ASN c'est sympa. Ainsi l'Autorité laisse encore un super délai à Areva pour rendre opérationnelle une autre bricole de rien du tout : le 31 décembre 2016. Ça c'est pour l'organisation des renforts au niveau local (objectifs, moyens, modalités) afin de gérer sur le long terme le bâton merdeux de la catastrophe nucléaire et en particulier les modalités de coordination avec les équipes locales d’intervention, ainsi que la répartition de responsabilités. Pour l'instant on ne sait pas faire. Et puis, honnêtement, qui serait assez fou pour se jeter dans la gueule du loup comme l'ont fait les dizaines de milliers de sacrifiés russes de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl ?

Vous avez aimé le site nucléaire Areva-Tricastin ? vous adorerez Marcoule et Cadarache... et les autres

Les remontrances et exigences de l'ASN ne concernent pas que Areva-Tricastin. La liste des installations nucléaires incapables de faire face à une catastrophe nucléaire est longue. Elles vont du sud au nord en passant par la région parisienne, la Normandie et l'Isère.

Ici chacun-e peut accéder aux décisions intégrales de l'ASN : 

. Areva-Eurodif Tricastin (Vaucluse - Drôme) 2015-DC-0486

. Areva-Socatri Tricastin (Vaucluse - Drôme) 2015-DC-0487

. Areva-SET Georges Besse Tricastin (Vaucluse - Drôme) 2015-DC-0488

. Areva-Comurhex Tricastin (Vaucluse - Drôme) 2015-DC-0489

. Areva-FBFC Romans (Isère) 2015-DC-0485

. Areva-Melox Marcoule (Gard) 2015-DC-0484

. Areva LaHague (Normandie) 2015-DC-0483

. CEA-Phenix Marcoule (Gard) 2015-DC-0480

. CEA-Phenix-Atalante-Diademe Marcoule (Gard) 2015-DC-0481

. CEA-Eole-Minerve-autres INB Cadarache (Bouches du Rhône) 2015-DC-0479

. CEA-Cabri Cadarache (Bouches du Rhône) 2015-DC-0478+

. CEA-JHorovitz Cadarache (Bouches du Rhône) 2015-DC-0477

. CEA-Saclay (Essonne) 2015-DC-0482

__

la presse en parle :

2015-02-13_Presse-MidiLibre_securite-Areva-CEA.jpg