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C'est un frémissement de la conscience, de ceux qu'on pensait ne plus voir venir. Malgré la catastrophe nucléaire de Tchernobyl du 26 avril 1986, malgré la catastrophe nucléaire de Fukushima du 11 mars 2011, malgré les centaines de milliers de morts victimes du nucléaire civil et militaire le dogme surannée pro-nucléaire du principal syndicat français continuait à s'afficher et tendait à faire croire qu'un accord unanime des syndiqué(e)s se prolongeait au sein de la confédération.

2012-08-23_Marche-pour-la-vie_Codolet-Marcoule-Areva-Bagnols-01 (20).JPGDans le sud-est du pays, les militants du CAN84 savaient qu'il n'en était rien puisque des syndiqués de différents syndicats (CNT, Sud, CFDT) dont certains de la CGT participaient depuis plusieurs années à la "marche antinucléaire pour la vie" et à d'autres actions contre le crime nucléaire. Les rencontres avec les salariés du nucléaire devant les sites nucléaires de Cadarache, du Tricastin et de Marcoule indiquaient bien aussi que quelque chose bougeait dans les têtes. L'unanimisme de façade revendiqué par des instances dirigeantes ne correspondait pas à une réalité changeante à l’œuvre au sein même des lieux nucléaristes. Le CAN84 avait relevé et exprimé publiquement, dès 2012, ce décalage entre les directions syndicales et la "base" en cours de prise de conscience que le nucléaire était en échec et qu'il fallait tourner cette page qui n'aurait jamais du être ouverte.

Vers un mouvement d'émancipation de la CGT face au nucléaire ?

Première expression du mouvement de fond qui semble traverser à présent la Confédération Générale du Travail, le syndicat CGT-Equipement d'Alsace demande officiellement la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim et conteste dans une déclaration publique la prise de position pro-nucléaire de leur secrétaire général.

"Les populations, aussi, ont raison de s'inquiéter de ces centrales nucléaires qui menacent leur vie et leur territoire" : ainsi s'exprime la Coordination Alsace de la Fédération CGT de l'Equipement-Environement qui poursuit que, défendant un service public indépendant de la course au profit, " il est nécessaire de sortir du nucléaire et en conséquence ... il est urgent de fermer la centrale de Fessenheim ". Nous pourrions ajouter que l'urgence s'applique à toutes les centrales et installations nucléaires du pays.

Ce syndicat CGT affirme que " les capitalistes qui défendent le nucléaire raisonnent en terme de marché à conquérir et de course au profit maximum au détriment des populations, ils raisonnent aussi en terme de maîtrise de l'outil productif de l'uranium enrichi pour avoir entre les mains l'arme nucléaire. Ils font du chantage à l'emploi inadmissible..."

Une dénonciation en règle de la propagande du lobby nucléaire et de ses relais politiciens de tous bords s'exprime tout au long du texte adressé à Thierry Lepaon, le leader national de la CGT. texte qui réclame un débat interne car "le nucléaire tue" et "les travailleurs du nucléaire sont exposés au cancer et autres maladies non-immédiatement visibles mais, comme la silicose du temps des mines, elles ne seront reconnues que trop tard".

Un argumentaire syndical lucide et combatif pour tourner la page sinistre du nucléaire

La CGT n'est plus un bloc monolithique, c'est un fait, et la position des Alsaciens préfigure sans aucun doute un courant de fond y compris chez les salariés du nucléaire qui ressentent le besoin de se dégager de l'enfermement destructif pour leur santé tant physique que morale et psychique que de se libérer de la peur d'un lendemain affirmé sans emploi si habilement manipulé par le lobby nucléaire.

2013-06-19_Stop-Tricastin_Areva_CAN84_SDN_Greenpeace_blocage_transport-nucleaire_06.JPG"La CGT doit regarder cette question de l'emploi dans les centrales nucléaires avec un regard de syndicalistes de lutte de classe indépendant du raisonnement du monde capitaliste de course au profit maximum" : l'exigence qualitative de se libérer des chaînes qui entravent l'autonomie des salariés dans leur lutte d'émancipation apparait comme l'axe d'attaque proposé aux salarié(e)s du nucléaire et plus largement à tous les salarié(e)s. Et les Alsaciens de poursuivent que leur syndicat " doit revendiquer la mise en valeur du savoir-faire des salariés du nucléaire pour protéger les populations et fermer ces centrales dangereuses."

Le CAN84 qui a lancé voici trois ans un appel aux salariés du nucléaire pour qu'ils deviennent le "fer de lance" d'un avenir immédiat sans nucléaire, ne peut que se réjouir de voir que le message semé commence à germer, que ce mur artificiellement dressé par les fanatiques de la destruction atomique entre la population et les travailleurs du nucléaire se fissure pour le plus grand bien de tous. Le chemin à parcourir est encore long mais l'urgence de changer radicalement la donne est cruciale, avant que la catastrophe nucléaire tricolore ne sonne notre glas.