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Un père de famille qui se promenait tranquillement, ce mercredi après-midi, avec ses deux enfants au long du plan d'eau des Castors de l'île de la Barthelasse (un bras mort du Rhône) a fait une drôle de découverte. Pas un sadique en mal de pulsion, pas un cambrioleur en train de cacher son larcin, pas une mère infanticide. Non rien de tout cela mais cinq emballages en plastique flottant au fil de l'eau et estampillés du sinistre trèfle radioactif mortel. A quelques mètres de là, des pêcheurs titillent le poisson et une dizaine d'enfants du centre nautique municipal s'égayent sur le plan d'eau. Les joies de l'enfance dans la zone la plus nucléarisée d'Europe.

radioactivite.jpgAussitôt l'alerte donnée par le promeneur, la police nationale barre les voies d'accès au site et délimite un périmètre de sécurité. Des moyens nautiques sont déployés par les pompiers, une cellule mobile d'intervention radiologique est installée. Des spécialistes de l'IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) sont sollicités. 

Toutes les personnes encore présentes sur les lieux sont passées au détecteur de radioactivité : le père et ses deux enfants, deux pêcheurs, le moniteur du centre nautique et les dix enfants apprentis navigateurs.

sacs_radioactifs.jpgLes pompiers sont chargés de repêcher les sacs avec moultes précautions mais les sauveteurs ne sont pas pour autant équipés de tenues de protection NBC (nucléaire bactériologique chimique).  Une vingtaine de personnes sont mobilisées pour mesurer, étudier et ouvrir ces emballages ressemblant à des glacières qui vont s'avérer finalement sans plus aucune sources radioactives présentes. Plus aucune trace de contamination ou d'irradiation ne se révèle. Cette fois ci, la chance a prévalu.

La piste médicale et une liste de dysfonctionnements incroyables dans les établissements avignonnais

L'étiquetage figurant sur les emballages va permettre d'identifier l'expéditeur des sources radioactives qui cible le secteur médical ou la recherche biomédicale. Dans la zone d'Avignon plusieurs établissements utilisent de telles sources radioactives 18F* : la Polyclinique Urbain V  du Pont des Deux Eaux , l'Institut Sainte Catherine de Baigne Pieds, la Clinique Rhône Durance du Lavarin, le Centre Hospitalier d’Avignon rue Raoul Follereau , la Clinique Capio-Fontvert de Sorgues ainsi que le Cabinet dentaire de l'avenue Maréchal de Lattre de Tassigny. Au moins deux  autres installations, entreprises et autres cabinets médicaux utilisent des sources radioactives pas forcément médicales.

le-symbole-de-la-radioactivite.jpgDepuis plusieurs années l'ASN (l'Autorité de Sûreté Nucléaire) a dressé une liste impressionnantes de dysfonctionnements en tous genres dans certains établissements médicalisés avignonnais ** : absence de formation et de mesures de protection adaptées aux travaux de certains salariés, non-port systématique des appareils de mesures de dosimétrie opérationnelle ou passive, nombre d'appareils de mesures inférieur au nombres de travailleurs concernés, délimitation imprécise et aléatoire des zones dangereuses radioactives, consignes non cohérentes  avec  le  risque  effectif  et  le  zonage radioactif, absence de plan de protection des médecins et personnels extérieurs contre les effets ionisants, modalités  d’expédition  des sources radioactives non-conformes aux dispositions règlementaires,...

Avignon_Hopital_Henri-Duffaut.jpgAinsi à l'Hôpital d'Avignon (dont le Directeur refuse de communiquer au CAN84 depuis plusieurs années la liste non-nominative des personnes accueillies pour des cancers et notamment ceux atteignant les enfants pouvant être liés à la radioactivité), l'ASN tapait du poing sur la table le 5 février 2013 : "Les inspecteurs ont noté que la procédure référencée « SMN-ORG-05-M »,  qui indique que la  réception  des  colis  est  contrôlée  à  la  livraison,  n'était  pas  respectée.  En  effet,  la  première livraison  matinale  de  18F,  réalisée  par  le  transporteur,  n'est  pas  contrôlée  à  réception  faute  de personnel présent. Le visa du bon de livraison et la prise de connaissance de l'activité livrée ne se fait donc qu'a posteriori, ce qui ne permet pas un suivi permanent.
... Je  vous  demande  de  mettre  en  place  un  contrôle  systématique  de  l'activité livrée  par  radionucléide  conformément  aux  dispositions  de  l’article  R.1333-50 du code de la santé publique et de vous assurer en permanence du respect des  valeurs maximales fixées par votre autorisation référencée
".

De là à penser que c'était la femme de ménage qui était chargée de vider les poubelles classées radioactives ou que tout filait directement au container non-bâché par temps de mistral... De toute façon ce sera le lampiste qui trinquera. Peut-être celui ou celle d'une société sous-traitante même pas informé et formé. Pourtant toutes les Directions savent pertinemment qu'aucune dose radioactive n'est inoffensive.
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* Le fluor 18 (18F) est l'isotope radioactif du fluor dont un seul gramme présente une radioactivité de 3,52×10puissance18 Bq ( 3520 millions de milliards de becquerels) est utilisé en médecine nucléaire pour l'imagerie TEP (tomographie par émission de positons). Les patients se voient injecter un traceur radioactif (18F-FDG fluorodesoxyglucose marqué au fluor 18) par voie intraveineuse - de l'ordre de 3 à 5 MBq/kg (5 millions de désintégrations par seconde, soit de 150 à 400 MBq pour un adulte). Ce produit radioactif reste dans le corps 12 heures. L'examen visualise les activités du métabolisme des cellules : on parle d'imagerie fonctionnelle par opposition aux techniques d'imagerie dite structurelle comme celles basées sur les rayons X (radiologie ou CT-scan scanner) qui réalisent des images de l'anatomie. La TEP est aussi utilisée en recherche biomédicale.

** http://www.asn.fr/recherche/resultat?SearchText=Avignon&SearchContentClassID=-1
http://www.asn.fr/recherche/resultat/%28offset%29/10/%28SearchText%29/Avignon/%28SearchSite%29/35330%2C139%2C94669

photos DL, LP, VM, DR