__

Les risques et les atteintes sanitaires auxquels sont déjà soumis les habitants et territoires de la vallée d Rhône et principalement du secteur Tricastin-Marcoule vont encore s'accroitre. Malgré l’accumulation de risques nucléaires et d'atteintes sanitaires sans précédent liés au site nucléaro-chimique du Tricastin, l’entreprise GRT-Gaz (cf plus bas) projette de construire un nouveau gazoduc dans la région.

risque-nucleaire_gazoduc_Eridan_Tricastin_carte-plan.jpgLong de 220 km et de 1,20 m de diamètre à peine recouvert de 1 mètre de terre, ce gazoduc baptisé "Eridan" irait de Saint Martin de Crau (Bouches-du-Rhône) à Saint Avit (Drôme) pour assurer la jonction avec d'autres tronçons, de la mer du Nord à la Méditerranée. Il servirait à transporter du gaz vers le nord de l’Europe sans aucune distribution de gaz pour les besoins locaux. Il longerait route nationale et départementale,  autoroute et voie TGV, traverserait des territoires agricoles, serpenterait à proximité de zones habitées et passerait sous le canal de refroidissement (Donzère-Montdragon) de la centrale nucléaire de Tricastin. Après les Bouches-du-Rhône, le projet doit entrer dans le Vaucluse, par Caderousse sur environ 9 km puis traverser Orange sur un petit kilomètre et enfin Piolenc. Près de 30 communes sont concernées.

La très grande capacité de ce gazoduc sera quatre fois celle du gazoduc déjà existant à l'est de la vallée du Rhône : près de 20 millions de m³ maintenus sous une pression de 80 bars (contre habituellement 66 bars). Les risques classiques d’un gazoduc se nomment : risque d’incendie ou d’explosion, dégradation de l’environnement (faune, flore, eau), danger de mort sur toute la longueur du tracé et sur une largeur de 1,5 km selon la norme, perte de valeur immobilière

Pour l’association Pierredomachal qui milite contre ce projet, tout comme les municipalités concernées par ce tracé qui passe en pleine zone PPI (Plan particulier d’intervention) des installations nucléaires : " Les autorités minimisent le risque d’explosion, mais s’il advenait, la catastrophe serait inévitable ».

risque-nucleaire_gazoduc_Eridan_Tricastin_Pologne_incendie_explosion_gazoduc.jpgEn effet le risque d'explosion d'un gazoduc est bien réel et s'est déjà concrétisé à plusieurs reprises un peu partout : en Belgique, en Pologne, au Canada,... (1), en Europe comme en Amérique du Nord, certains avec de nombreux morts et blessés, des flammes de 200m de haut, une chaleur ressentie à plus de 2km ... Une installation gérée par GRT-Gaz (le promoteur du gazoduc "Eridan") sur un gazoduc enterré à une profondeur d’environ un mètre et longeant la voie ferrée au Cheylas (Sud Isère) a eu une fuite de gaz enflammé : selon l'exploitant la canalisation aurait pu être frappée par la foudre. Eh oui, c'est tout bête, mais le gaz s'enflamme, brûle, explose. Alors cumuler ce risque avec un site nucléaire relève d'un projet qui peut être qualifié de criminel. D'autant que la zone des installations nucléaires est sismique.

L'inondation de la centrale nucléaire qui suivrait l'explosion du gazoduc ou un séisme conduirait à un asséchement du canal qui engendrerait la perte de refroidissement des réacteurs et la mort nucléaire et par asphyxie de toute la région. Monstrueux ! Une autre option basse du scénario ne serait que la pollution des nappes phréatiques qui priverait 100 000 personnes d'eau potable, la perte d'AOC du Foin de Crau et des vignobles et productions agricoles régionales, la destruction de quelques milliers d'habitats et d'emplois, la fin des activités économiques locales.

L'organisation de la mort des populations et des territoires

Le fanatisme technologique, la course au profit maximum, la mégalomanie de puissance se jouent des réalités et de la vie. Les prédateurs entendent continuer à frapper dur dans la région et dans le monde. Le lobby du nucléaire en est le coq dominant. Et aussi le principal bénéficiaire. Celui qui sacrifie le vivant et la planète. Au demeurant, les nucléocrates s'en contre-fichent car aucune de leurs assurances ne les couvrent pour la totalité des risques d'une catastrophe nucléaire : les conséquences devront être supportées par les citoyens-contribuables survivants, les collectivités locales et l’État. 

2013-10-23_Barrage_Donzere-Mondragon_Bollene_cetrale-nucleaire_Tricastin_.jpgL’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), que certains tentent de faire passer pour un "gendarme du nucléaire" et qui déclarait voilà peu  "Oui, il y a un effet possible sur le canal qui permet le refroidissement du réacteur, un effet possible s’il n’y a plus d’eau" (situation identique à ce qui s'est passé à Fukushima), vole à présent au secours de ce projets délirant : le gazoduc Eridan ne menacerait plus le canal ! Pourtant l'ASN exigeait d'EDF au lendemain de la catastrophe de Fukushima qu'elle assure la protection de la Centrale Nucléaire du Tricastin face aux risques de crue... afin d’éviter, selon ses propres termes, « un Fukushima-Daiichi  2». Un revirement plus que suspect d'autant que le tracé prévoit de passer deux fois sous le canal de Donzère-Mondragon qui assure le refroidissement des réacteurs nucléaires de la Centrale du Tricastin.

Pourtant des risques spécifiques liés par un effet domino existent avec ce projet déjà avancé : ceux d'un incendie ou d’une explosion car jusqu'à 2 millions de m³ alimenteront chaque section de 20 km entre chaque poste de sectionnement ; celui mortel pour la population car le gazoduc passera dans des zones très peuplées à proximité immédiate de plusieurs écoles et à moins de 100 m de plusieurs lieux d’accueil de public; celui vital d'alimentation en eau potable de la population car il traversera des nappes phréatiques ; ceux de tremblements de terre liés à la sismicité de niveau 3 de toute la zone; ceux des Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE) qui se trouvent à proximité.

risque-nucleaire_gazoduc_Eridan_Tricastin_feu_gazoduc_gaz-naturel.jpgConscients de la nocivité de leur projet, les plans sinistres des initiateurs prévoient d'ailleurs une  zone baptisée de létale (mort certaine en cas d'accident) de 500m délimitée de chaque côté du gazoduc, une bande donc de 1km de large sur tout le parcours du gazoduc de 200km. Et aussi une zone "potentiellement létale" sur 675m de chaque côté du gazoduc puis une zone de "destruction irréversible" sur 785 m de chaque côté du gazoduc.

Simulacre de démocratie et véritable arbitraire

Si déjà dans sa phase première les nuisances d'un tel projet seront nombreuses: chantier gigantesque, bruit, bouleversement du paysage, expropriations (aucune concertation ni indemnisation n'est prévue pour les proches "voisins" dont la propriété n'est pas traversée, mais dont la valeur des biens va fortement baisser), une enquête publique lancée en octobre 2013 devait permettre aux populations de s'exprimer.

Mais, comme dans toute enquête dite publique la transparence est plus que limitée car la plupart des habitants et personnes concernées n'en sont même pas au courant. Difficile aussi d'intervenir lorsqu'au 20 septembre 2013, les tracés précis n'étaient toujours pas publiés sur le site officiel et que les documents d'impacts et de dangers émanent uniquement des initiateurs et ne sont pas contradictoires.

risque-nucleaire_gazoduc_Eridan_Tricastin.jpgLes exploitants du nucléaire doivent sécuriser le canal : pourtant l’implantation du gazoduc fragiliserait les digues existantes et le canal. A Pierrelatte, le passage aura lieu en zone inondable à fort courant : il fragilisera des digues de protection. Le projet est en contradiction avec les mesures du PPRI (Plan de Protection contre les Risques et les Inondations) et les risques directs en zone inondable tels rupture de la canalisation, affouillement, érosion stipulées par arrêté préfectoral; la commission d’enquête avait émis 5 réserves et 17 recommandations et si GRT gaz ne levait pas ces réserves, l’avis de la commission d’enquête devait être réputée défavorable, selon les propres termes du préfet de la Drôme : les Préfets de la Drôme et du Vaucluse ont déjà donné l’autorisation à "GRTgaz" de repérer le tracé moins d’une semaine après la clôture de l’Enquête Publique dans la Drôme et peu de temps après dans le Vaucluse !

Un habitant en est écœuré : "Je me sens agressé et révolté que l'on projette de passer "en force" à 30m de la chambre de mes enfants et de la mienne, et ceux sans contre partie qui pourrait au moins me permettre de m'installer ailleurs..." Et d'autres de poursuivre : " Lancé dans l’indifférence en 2009 à l’occasion d’un "grand débat public", le projet Eridan est apparu pour ce qu’il était réellement alors que son contenu devenait plus précis : un projet inutile. Un tracé incohérent, au-delà de sa dangerosité avérée et des nombreux impacts sur l’environnement qui conduiraient l’État à déroger au droit commun sur l’eau, la forêt, la protection des zones et espèces sensibles, à imposer une révision autoritaire de leur règlement d’urbanisme à de très nombreuses communes, remettant en cause pour certaines leurs projets de développement. "

Contrôle par les intérêts des grands travaux inutiles

risque-nucleaire_gazoduc_Eridan_Tricastin_GRTgaz_controle.jpgGdf, privatisé depuis 2006, est industriellement dominé par Suez et détient des participations dans les centrales nucléaire du Tricastin et de Chooz en France tout en exploitant sept réacteurs nucléaires en Belgique via sa filiale "Electrabel". Selon le registre du parlement européen, GDF-Suez figure en deuxième position des groupes du CAC40 en dépenses de lobbying (achat des consciences). Au cours de l'année 2010, ses dépenses pour cette sale besogne s'élevaient à près de 4 millions d'euros.  GRTgaz , le promoteur-exploitant du projet de gazoduc est contrôlé à 75% par "GDF-Suez" et à 25% par la Société d'Infrastructures gazières , elle-même contrôlé par la Caisse des Dépôt et Consignation (15%) une de ses filiale CDC-Infra (31%) et la Caisse Nationale de Prévoyance (54%).

Dans la mythologie grecque, l'Éridan (en grec ancien Ἠριδανός / Êridanós) est un dieu-fleuve dans lequel meurt le soleil. L'obscurité glaciale nucléaire en sera bientôt l'expression locale et nationale.
__
 (1) - En 2004, en Belgique, une explosion consécutive à une fuite mal maîtrisée a provoqué la mort de 24 personnes et en a blessé 132 (Sce : ministère de l'environnement - accidentologie gazoducs). Le 30 juillet 2013, une fuite de gaz enflammée a été détectée sur un gazoduc qui longe une voie ferrée au Cheylas (Sud Isère). La cause précise de cette fuite n’est pas connue. Selon GRT-Gaz, l’exploitant du gazoduc, la canalisation enterrée à une profondeur d’environ un mètre aurait pu être frappée par la foudre. Un périmètre de sécurité a été mis en place par les sapeurs-pompiers et, en début de matinée, même si le gaz brûlait toujours à la surface, la situation était contrôlée. (source: Dauphiné Libéré 29/7/13)http://ici.radio-canada.ca/regions/manitoba/2014/01/25/001-manitoba-explosion-gaz-naturel-oleoduc.shtml / http://fr.wikipedia.org/wiki/Explosion_de_gaz_de_Ghislenghien / http://www.lemonde.fr/europe/video/2013/11/15/trois-morts-dans-l-explosion-d-un-gazoduc-en-pologne_3514477_3214.html