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5 mai 2014 – 6h tout le monde est sorti de sa tente. Au moment où a lieu un très fort tremblement de terre de 6,2 sur l’échelle de Richter à Tokyo, les marcheurs de la vie investissent l’entrée de la centrale nucléaire du Tricastin, située sur une faille sismique et en bordure du canal de Donzère-Montdragon.  Il est 7h30, la nuit froide n’a pas permis aux antinucléaires pour l’arrêt immédiat de bien se reposer et récupérer comme il aurait fallu. Mais dans la soirée la décision a été prise collectivement de se rendre à l’embauche des gars d’EDF et de Areva pour établir le contact. Action décidée, action mise en œuvre. Pas de palabres inutiles. Efficacité. 

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Les liens de cette lutte pour la vie amplifie l’énergie du groupe. Chacune(e) est toujours porté(e) vers l’objectif incontournable qui les mobilise depuis le début de cette aventure. Le fondamental : l'arrêt immédiat de toutes les installations nucléaires. Civiles et militaires, sans distinction aucune, sans hiérarchisation entre plus ou moins vieille, plus ou moins maléfiques dans leur impact de mort. Car comment oser ce distingo ? La destruction atomique se contrebalance de l’étiquette dont on l’affuble. Elle tue dès le premier sivert de radioactivité.

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Très vite l’action d’information des antinucléaires provoque plusieurs bouchons de plusieurs kilomètres tant vers les villes de Bollène et Saint-Paul-Trois-Chateaux que vers La Palud et la Nationale 7. Les salariés patientent, baissent leurs vitres et commencent à discuter.

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Certains font d’élégants… doigts d’honneur et insultent les antinucléaires. Ici on est en terre pro-nucléaire et d’extrême-droite. La quasi totalité des maires du coin sont des salariés ou d'anciens salariés du nucléaire. Le lobby place ses pions depuis longtemps à la tête des municipalités et autres niveaux de représentativité sociétale. Pendant plus d'une heure l'action va se poursuivre devant les portes d'entrée. Ca discute, ça argumente, ça échange. On ressent une sorte d'inquiétude schizophrénique chez certain(e) salarié(e) tiraillé(e)s entre la peur de perdre ses revenus de subsistance et de consommation quasi effrénée et, d'autre part, la connaissance des atteintes du nucléaire à leur santé et la quasi inéluctabilité de l'explosion d'un réacteur nucléaire ici, en France, peut-être au Tricastin.

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9h15 - Retour rapide au rond-point d'entrée de ville. Les marcheurs s’élancent maintenant sur la route pour la dernière étape de la marche antinucléaire. Le petit-déjeuner piloté par Lucie et Muriel sera pris plus tard sous un ciel radieux et déjà annonciateur de chaleur estival. Les visages des femmes sont à présent halés et ensoleillés de l’intérieur, et sur les joues des hommes une barbe drue commence à s’installer. 

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La cible du jour, le site nucléaire du Tricastin, concentre le trafic de l’uranium à enrichir en provenance du Niger via Malvesi dans l’Aude, la manipulation de la poudre de mort par Areva, de vieilles installations militaires du CEA et une butte de déchets radioactifs en bord de canal, une centrale nucléaire de 4 réacteurs à bout de souffle, qui n’a produit de l’électricité pendant 30 ans que pour l’auto-consommation des installations nucléaires et non-pas pour la population. Elle accumule des incidents et des défaillances, des fuites radioactives et a maintenant des fissures dans l'enveloppe de béton des réacteurs. Il est urgent de fermer tout cet enchevêtrement d’installations de mort.

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Une nouvelle fois les forces gendarmesques mises au service de l’atomisme mortifère jouent leur rôle d’espionnage et de contrôle des citoyens. Les gouvernements passent, les couleurs politiques donnent l’impression de changer, mais les mêmes pratiques demeurent contre le peuple. Celle d’une conception simpliste et simplette, mais bien totalitaire, de considérer le peuple comme un ennemi, les citoyens comme un danger pour les forces économique qui contrôlent l’état et la société. Pourtant les assassins sont bel et bien au pouvoir, dans les institutions, sur les bancs des assemblées « élues » et aux manettes du lobby nucléaire.

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Le soleil éclaire des visages déterminés. Quelques kilomètres encore à parcourir. Six à peu près. Il faut encore plus de détermination, de volonté pour aller jusqu’au Tricastin et planter, si ce n’est l’estocade, pour le moins une solide banderille dans la bête immonde et sournoise dévoreuse de vies. Moment d'émotion intense lorsque David et Victor s'offrent et s'échangent les drapeaux respectifs de leurs luttes régionales contre l'impérialisme sordide du lobby nucléaire : "Stop Bure" et "CAN84 arrêt immédiat du nucléaire". Au fil des kilomètres le groupe de marcheur-se-s s'étoffe, des femmes, des hommes, des jeunes à pieds. Sur son passage plusieurs automobilistes encouragent les antinucléaires. Certains applaudissent. C'est sûr, il faut du courage pour transformer l'Histoire.

Le pont enjambant le canal de Donzère-Mondragon est maintenant franchit. Le canal dans lequel la centrale nucléaire et les autres installations ont l’autorisation de l’Etat de puiser l’eau indispensable au refroidissement du monstre atomique (40% de l'eau consommée en France le sont par le nucléaire) et l’autorisation aussi d’y balancer les rejets radioactifs et contaminants. Là aussi où en juillet 2008 la filiale d'Areva, la Socatri, a rejeté "par erreur" près de 70kg d'uranium et pollué les cours d'eau et le vignoble, contaminée l'eau du robinet. Là où, depuis 9 mois, deux des quatre réacteurs nucléaires fuit sans que EDF  ne parviennent à enrayer la déferlante criminelle… dans le plus grand silence des officiels et des médias.

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Le « Tricastin » est le haut-lieu de l’idéologie patronale fascisante. Intégrant les salariés à ce fumet nauséabond. Là, le directeur de Areva, (Frédéric de Agostini) n’a pas hésité, en septembre 2013, à appeler ses salariés à se comporter comme une milice privée guerrière devant "prendre les mesures les plus strictes" contre les opposants au nucléaire, en précisant "Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je souhaite une photo d'un militant au sol, un chien sur lui, si cela devait arriver."

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Après l'opération anti-omerta du matin non-loin de là, les antinucléaires occupent le rond-point central au croisement des routes qui viennent des communes voisines et conduisent vers le complexe nucléaro-chimique d'Areva, de EDF et du CEA. Un bel embouteillage se forme . Les salarié(e)s de l'équipe du matin sortent à présent de leurs unités et lancent leur véhicules sur la chaussé. Vite, très vite, pressés de laisser derrière eux le lieu de leur soumission et de regagner leur pénates. La scène fait écho aux propos de ce jeune garçon de 9 ans qui un soir à Villelaure ( Vaucluse) à l'issue de la projection du film dit, tout de go : "mais alors ils travaillent dans de telles conditions de radioactivité uniquement pour gagner de l'argent, et ils refont ça chaque jour".

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La halte au rond-point central s'achève, les marcheurs et marcheuses de la vie parviennent à l’entrée du site nucléaire Areva et de l'usine d'enrichissement d'uranium "George Besse" juste en vis-à vis du site nucléaire EDF et des 4 réacteurs atomiques défaillants. Les forces de l'ordre s’installent autour de la place. Là où réside le nucléaire le citoyen n’a guère droit de cité. Une zone de non-droit. Illustration du sens réel de la démocratie de délégation de pouvoir, d’abandon de sa citoyenneté pour 5 ou 6 ans, et qu’on appelle communément « élections démocratiques ». Le pouvoir est ailleurs.

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La Direction d’Areva ferme les grilles d’entrée aux salariés venus prendre leur poste. Il ne perdront rien puisqu’ils seront payés de toute façon. Derrière les barreaux métalliques glacés, des hommes en uniforme, avec chiens à muselière, se postent dans le dos des antinucléaires. Les consignes du Directeur d'Areva sont exécutées scrupuleusement malgré le communiqué de presse du siège national indiquant qu'il s'agissait "d'une erreur d'appréciation du directeur local d'Areva".

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Prise de paroles plurielles de militants. La conscience se fait entendre sur la place publique, se faufile derrière le rideau de fer dressé par les atomistes : « votre folle poursuite illusoire du nucléaire n’est que crimes contre la vie et la santé », « Nucléaire=cancers », « criminale » (en italien), « travailleurs du nucléaire exigez de vos directions des formations de reconversions d’urgence, le nucléaire a fait son temps »… Appel à l'auto-organisation des citoyens et à la Résistance. Derrière les barbelés qui entourent le site on aperçoit au loin des containers rouillés de déchets d'uranium appauvri.

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Un silence s’installe à la mémoire de toutes les victimes du nucléaire. Un silence qui perce l’omerta :  un million de morts dus à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, des milliers de victimes actuelles et des centaines de milliers à venir de la catastrophe nucléaire de Fukushima, celles tues de la vallée du Rhône et des autres sites « civils » en France, celles des essais nucléaires et des bombes à l’uranium dit « appauvri » balancées sur les populations civiles en Libye, en Irak, en Afrique, celles de 1945 à Hiroshima et Nagasaki, celles du plateau d’Albion et des atolls de Mururoa, celles d’Algérie qui servirent de cobayes humains pour la bombe atomique française,… Allons-nous enfin clore cette monstrueuse liste ?

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En redescendant vers le rond-point les marcheuses et marcheurs passent au dos des salles des 4 réacteurs de la centrale nucléaire. Des nuages de vapeur d'eau - gaz à effet de serre - s'en échappe sans discontinuer. Impossible de discerner d'ici les cheminées rouges des réacteurs par lesquelles les installations rejettent dans l'atmosphère des gaz et molécules radioactives. Rejets mortels quotidiens autorisés par les institutions d'état. Le  nucléaire : pire que la vache folle, l'amiante, le sang contaminé, les OGM, les pesticides, les gaz de schiste.

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Dans la soirée, les marcheurs et marcheurs se sont retrouvés chez Agnès, pour une pause et un temps de fraternité humaine et de combat. Tard dans la nuit chacun et chacune est reparti dans sa région d'origine, le coeur empli d'amour et de détermination au service de la vie, de la terre et de la dignité humaine. Merci à eux, merci à elles, merci à la vie. La lutte continue, ils ne lâchent rien...

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La marche antinucléaire pour la vie a duré 11 jours, traversant 6 départements sur près de 300 kilomètres. Plusieurs milliers de salarié-e-s du nucléaire ont été rencontrés et ont découverts des informations cruciales occultées par leurs Directions, ont entendu l'appel du CAN84 à ce qu'ils renoncent à collaborer au crime et exigent de leurs directions d'entreprises des formations de reconversions dans les secteurs porteurs des énergies renouvelables et de la recherche non-destructrice.

Tout au long de ces journées, des milliers d'habitants de plus de 30 villes et villages de vallée de Rhône-Durance ont pu rencontrer les militants antinucléaires et comprendre pourquoi il faut arrêter immédiatement le nucléaire. Plusieurs soirées ciné-débats ont permis de desserrer l'étau de la propagande po-nucléaire. Le rassemblement-fête du 1er mai a favorisé la rencontre et l’enrichissement mutuel entre plus de 300 citoyens.

A l'occasion de la "Marche pour la vie, pour l'arrêt immédiat du nucléaire " près de 30 maires de toutes tendances politiques ont reçu un dossier argumenté et détaillé sur le nucléaire et son horreur ainsi qu’un projet de motion à faire adopter par leurs conseils municipaux « pour l'arrêt immédiat du nucléaire ».

Des milliers d'automobilistes ont croisé sur leur chemin les marcheurs et savent désormais qu'en France des citoyens luttent sans concession aucune contre le crime sanitaire et de santé publique perpétré par les fanatiques de la destruction atomique.

Plus de 300 personnes se sont inscrites dans la marche pour la vie pour une étape ou pour la totalité, pour la fête antinucléaire. La lutte pour la vie et l'arrêt immédiat sans condition continue !

Le CAN84 remercie chaque marcheuse, chaque marcheur, chaque agriculteur bio qui a accueilli les marcheur-se-s sur son exploitation, merci à chaque magasin bio* qui a concouru à nourrir les antinucléaires sur ces 11 jours, merci à celles et ceux qui tout au long de la marche ont témoigné de leur solidarité par un simple geste, un mouvement d'humanisme et d'amour, l’apport d’un peu de nourriture et d’encouragement, merci à tous ceux et toutes celles qui ont enrichi de leur remarques et regards l'action pour l'arrêt immédiat et inconditionnel du nucléaire. "Hasta la victoria siempre"!

photos : DR

La Presse en parle

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* remerciements à  "l'Auzone" à Carpentras, "Culture bio" à Cavaillon, "Relais Vert" à Carpentras, "Frédérique et Frank Deloule" paysans à Velleron, "Le Sarment" à Cavaillon, "Pronatura" à Cavaillon,  les commerçants des Halles d'Avignon et particulièrement le traiteur "bio local Nature", Ruben Alzina, Catherine Martinez, Vincent Delahaye et les résidents de "le Village" de Cavaillon, Jean-Louis Millet de Mérindol, Philippe Millet de Bollène, Raymond Vial de Villelaure, Dominique Biocoop d'Avignon St-Lazare, Agnès (Génération Ecologie) et Martine et Muriel, Folavoine, et bien-sûr, remerciement « espécial » à Lucie et Murielle qui ont participé et accompagné la marche de leur préparations culinaires emplies d’attention et d’amour.