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8h30 – Départ de Bagnols/Cèze dans le Gard pour rallier la centrale nucléaire vétuste de Cruas en Ardèche. La route est longue et il faut faire preuve de volonté et d’organisation pour être à l’heure au contact avec les salariés prévu vers 11h30-12h. Décision est prise de tenter un co-voiturage qui permette de réduire la distance, d’autant que le vent s’est mis à souffler fortement, à contre-sens des marcheurs.

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11h00 – Halte dans le village de Meysse, situé à deux pas de la centrale nucléaire. Là, sur la mairie, une plaque commémore l’assassinat, par les forces de l’ordre lors de la manifestation de Malville du 31 juillet 1977 contre le monstre atomique « Super-Phénix ». de l’antinucléaire Vital Michalon Ce jour-là, sous la Présidence de Giscard d’Estaing (représentant en France du groupe états-uniens Westinghouse qui octroie sous licence à la France l’utilisation de sa technologie atomiste), les gendarmes en armes se ruent sur les manifestants avec une sauvagerie inouïe. De nombreux antinucléaires sont grièvement blessés et Vital Michalon succombe à la répression. Ce 3 mai 2014 les antinucléaires en marche pour la vie se recueillent à la mémoire de Vital. Après un bref  rappel des événements et un temps de recueillement, les marcheuses et marcheurs reprennent la direction de Cruas.

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11h30 – Les tours réfrigérantes dressent dans le ciel et sur la terre leur structure imposante et dominatrice. En arrière-plan se dissimulent les 4 réacteurs nucléaires de la centrale. L’un est à l’arrêt depuis quelques jours pour cause d’incident qui a conduit à un arrêt d’urgence. Un de plus. Un encore, un de trop. A force de jouer avec le feu, cette centrale comme bien d’autres est sur la corde raide. La vétusté des installations ne fait qu’augmenter le risque fatal. Et ce ne sont pas les millions d’euros que veut investir EDF pour avoir le droit de continuer à la faire tourner pendant dix ans supplémentaires qui peuvent assurer une quelconque sécurisation.

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Tout au long du parcours les voitures de la gendarmerie encadrent les marcheurs. Alors qu’ils sont à un kilomètre de la centrale, descendent discrètement d’un véhicule bleu, siglé « gendarmerie », deux personnes en tenue de sportifs et de… « marcheurs », baskets aux pieds, et survêtements désajustés. Manque de pot, ils sont repérés et leur tentative d’intégrer le groupe de marcheurs pour espionner et recueillir des infos est déjouée. Le gendarme démasqué tentera alors de faire pression sur le photographe en exigeant qu’il supprime les photos prises et en commençant à le provoquer en le tutoyant. Peine perdue une fois de plus comme ce fut le cas hier devant la centrale nucléaire de Marcoule.

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Les drapeaux claquent au vent, une banderole accrochée aux grilles exige l’arrêt immédiat du nucléaire, un air d’accordéon soutient les propos que les antinucléaires scandent dans le mégaphone, des bouquets de fleurs sont offerts aux gendarmes. Plusieurs personnes sont descendues de leurs collines et villages pour se joindre aux marcheurs.

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Face à un cordon de gendarmes - certains en treillis de guerre et d’autres armés de « teaser » - les antinucléaires rappellent que « Fukushima aussi était très sûr »… avant. Ils applaudissent les salariés qui passent les grilles et leur adressent un salut qui les déconcerte : « Bon courage, bonne journée et… bonne chance » C’est nouveau et ça les déstabilise quelque peu. Ils s’attendaient à s’affronter – à tort – avec les antinucléaires coupables à leurs yeux de vouloir leur voler leur gagne-pain et de « planer à mille mètres », ils se retrouvent face à des humains ayant bien les pieds sur terre. La santé, les doses, la pénibilité du travail, l’exposition à la radioactivité, les mensonges et la propagande dont ils sont abreuvés, le conditionnement des esprits qui les conduit à faire corps avec leur exploiteur… Ils entrent à l’usine avec en tête quelque chose de différent de ce qu’ils avaient trois minutes plus tôt.

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La file des personnels qui se présentent à l’entrée de la centrale pour l’embauche est composée à 90% de jeunes entre 20 et 30 ans, un grand nombre d’origine maghrébine ou asiatique, la plupart d’entreprises sous-traitantes. La machine à profit et sa dictature nucléaire s’en prennent toujours aux plus pauvres, aux laissés-pour-compte pour accomplir les plus sales besognes, après avoir sucé le sang des moins mal lotis. Pourtant ils y vont : « il faut bien manger et travailler, non ? ». Terrible phrase qui qualifie crument l’inhumanité du système d’exploitation et d’esclavagisme en place.

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Un travailleur avec qui le dialogue s’installe, répond à la question « vous avez votre dosimètre ? » (cet instrument miniaturisé de mesure aléatoire de radioactivité ambiante dans lequel le salarié évolue) : « activé ou pas activé ? ». Ce faisant, il reconnaît qu’un sale système est en place parmi les travailleurs exposés : se soustraire aux mesures de doses de radiations mortelles. Sous la pression, ou pas, de leurs directions et responsables. Dans ces conditions la médecine du travail est bernée et les salariés morflent un maximum. Au prix de leur vie et pour quelques euros de plus. La femme d’un ancien du nucléaire témoignait voilà peu auprès du CAN84 que son mari rentrait certains soirs à la maison en disant, avant d’aller s’affaler sur le lit, « putain, on en a mangé aujourd’hui ». Manger, bouffer des rems, se goinfrer de la radioactivité. Si vrai qu’entre les « statutaires » (personnel d’EDF) et les nomades du nucléaires (intérimaires, sous-traitants) les premiers appellent les seconds : « viande à rems ». Horrible !

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Les antinucléaires distribuent aux salariés un tract spécifique intitulé « Travailleurs du nucléaire, soyez le fer de lance de l’avenir » qui les appelle à se libérer de l’oppression nucléariste mortifère, pour eux et pour leur enfants. Pour le bien de l’ensemble de la population et du territoire aussi.

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Après près de deux heures passées devant les grilles bouclées et à discuter à l’extérieur avec les salariés, les marcheurs effectuent spontanément un « die-in » sous les masses imposantes des tours de la centrale nucléaire.

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Sur le chemin de retour qui les conduit au village de Meysse, ils font une halte au pied de la maison du curé du village décédé voici un mois. C’était un farouche opposant au nucléaire et un ami du CAN84.

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14h45 – Pause repas en bord d’Ardèche et repos bien mérité avant de se diriger en fin de soirée vers Saint-Marcel d’Ardèche pour la dernière projection-débat de la marche.
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20h30 – Dans la salle municipale du village, une assistance attentive s’émeut devant les images du film « Grand Central ». Ce n’est pas un film militant mais une comédie dramatique, sur fond d’histoire d’amour dans un milieu de travailleurs nomades et intérimaires du  nucléaire. Un film « grand public » qui permet à tout le monde d’entrer en contact avec la réalité de la destruction atomique, de la destruction des vies et de la santé et… avec les antinucléaires qui proposent le débat à l’issue de la projection. Jusque tard dans la soirée les échanges vont permettre d’éclairer le réel, le sordide, la manipulation, l’embrigadement sournois, le mensonge d’État. Et la nécessité de résister et de lutter pour l’arrêt immédiat et sans aucune condition de la destruction atomique. En point d'orgue, le témoignage d'un ancien salarié du nucléaire : "j'avais l'impression d'être dans un camp de concentration, derrière les barbelés"

La Presse en parle
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