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8h30 – Chacun s’est endormi hier soir imprégné des propos d’espoir et de grande lucidité de ce jeune garçon de 9 ans participant au débat après la projection du film « Grand Central ». Aujourd’hui, après une des nuits les plus froides depuis le début de la marche, les antinucléaires vont cheminer de village en village dans le Parc naturel régional du Luberon. Départ de Villelaure et direction Cadenet pour une première halte.

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10h00 - Le marché du lundi matin est toujours animé dans ce village. C’est l’occasion de se rencontrer, d’échanger. Au cœur de la population, les semeurs d’espoir, vont et viennent comme poissons dans l’eau, là un échange passionné avec un commerçant, plus loin une discussion avec une touriste résidente ponctuelle au village et étonnée que le vendeur ne lui ait jamais dit qu’on était à proximité de site nucléaire, là encore un retraité s’enflamme contre « cette saloperie de radioactivité ». Il en sait quelque chose et désigne d’un doigt la cicatrice qui lui barre le cou à hauteur de la thyroïde. Opération juste à temps avant que la faucheuse ne passe ; il a eu plus de chance que sa femme décédée de la même atteinte il y a à peine deux ans. « Y’en a marre de ces crimes à répétition » déclare une jeune femme dont le papa est décédé à 35 ans. Il travaillait sur le site nucléaire de Cadarache. 

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11h30 – Avant de reprendre la route, vers le village de Lauris, les marcheuses et marcheurs se voient offrir par quelques marchands : du fromage, des fruits et légumes. Et certains tentent de faire croire que la solidarité a disparu en France. Non pas, lorsque la cause est juste et que le courage est apprécié.

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Aujourd’hui de nouvelles têtes ont rejoint le groupe. Après Marie hier qui est venue de Marseille, c’est au tour de Danielle et d’Augustin de s’impliquer dans l’action. Elle, vient de Ansuis, à une dizaines de kilomètres de là. Lui, vient de Arles à la porte de la Camargue. Pauvre Camargue dont les terres sont cernées par le Rhône charriant les rejets des sites nucléaires de Marcoule et du Tricastin. Il y a quelques années du plutonium a été détecté sur les plages de Sainte-Marie-de-la Mer. Mais chut ! silence radio ! surtout ne pas en parler ! se taire ! plutôt contaminer les gens que perdre le fruit du tourisme et du riz.  Horreur !

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13h30 – Arrivée au rond-point de Lauris pour la pause repas. Très vite celui-ci se pare de tous ses atours : banderoles et drapeaux antinucléaires, panneaux pour la vie. Le site nucléaire de Cadarache n’est pas si éloigné que cela et le plateau d’Albion – haut-lieu des têtes nucléaires tricolores en principe neutralisées de nos jours – n’est guère plus loin.

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Ici la centrale siffle 3 fois et les truands poursuivent leur sale besogne l’air menaçant (allégorie illustrée par l’image). Un fourgon-aménagé s’arrête à hauteur des antinucléaires. Il est immatriculé en Allemagne. Deux jeunes en descendent et viennent offrir quelques friandises et chocolat aux marcheurs. Solidarité internationaliste contre le crime atomique. Des gestes simples, des gestes d’humain à humain, directs, sans arrière pensée. Voilà, c’est fait, on est avec vous, bravo, merci. Chacun poursuit son chemin mais on reste relié.

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14h50 – Départ pour le village de Mérindol. La route est sans fin. Interminable ligne droite empruntée par des camions roulant à tombeaux ouverts. Les marcheurs de la vie doivent redoubler de vigilance. Et se protéger du soleil qui emplit tout l’espace et pointe ses rayons sur les jambes et les cuisses, sur la tête et l’appendice nasal. Ce soleil, bien commun de l’humanité. Redoutable parfois, généreux toujours. Mais bon sang, ça suffit. Voilà ce que nous vole le lobby nucléaire : l’énergie naturelle, notre énergie. La chaleur et l’électricité. Quelle aberration ! surtout ici en Provence qui compte pas moins de 2600 heures d’ensoleillement par an. Une petite halte, histoire de lancer sur la feuille blanche une ré-écriture de "l'important c'est la...dose" (à découvrir dans un prochain reportage).

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17h00 – Le village de destination se trouve à présent à une petite dizaine de kilomètres à peine. Aujourd’hui la distance à parcourir est élevée. D’autant qu’il faut se rendre au-delà du village, dans la ferme des Millet qui accueille, pour la nuit, les antinucléaires. Cette année encore, dîner champêtre pour les valeureux sous les arbres bienveillants de « Bio à la ferme ». Une petite ondée, comme on les connaît bien en Provence, vient fouetter les visages. Mais déjà le soleil réapparaît et le repas reprend son cours avec, ce soir, offert par des citoyens-militants locaux - Vincent, Elisabeth et Jean-Louis Millet, Jean- non seulement le repas mais aussi le dessert. Merci à eux.

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20h00 - Il est temps à présent de se diriger vers le village où a lieu la seconde projection-débat de la « marche ». « Grand Central » sert d’introduction à un échange plus qu’instructif : la « dose » de radioactivité supportable : il n’y en a pas d’inoffensive ; les rejets de radio-contaminants mortels rejetés en permanence par les installations nucléaires : avec autorisation du pouvoir et des préfets car le nucléaire ne peut pas exister sans autorisation de la pollution-contamination ; la propagande ininterrompue pour pousser les français à la sur-consommation électrique afin de justifier la sur-production nucléaire; le lien indissociable du nucléaire militaire et du nucléaire dit "civil", ce dernier produisant les éléments de la bombe atomique et le premier étant à la manœuvre derrière; la loi du silence tant sur le nombre de victimes de la destruction atomique ici en France par le fonctionnement quotidien des installations nucléaires que sur le million de morts dus à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl; le modèle périmé du système de concurrence, de rapports de forces, de dominations et d'effacement de l'humain derrière un hybride "consommateur",...

Moment intense aussi lorsque 2 anciens - un homme et une femme - viennent dire la réalité de Cadarache. Pas celle que les communicants et autres "consultants" mettent en scène à longueur d'années depuis des décennies. Non, celle de l'intérieur ou plutôt de l'en-dessous. Car derrière la vitrine extérieure de haute technologie se cache en sous-sol la pire saloperie. Comme celle du secteur des "tranchées". Un joli nom pour une horreur. Là, dans un coin de la propriété du CEA de Cadarache qui couvre plusieurs milliers d'hectares, jour après jour ont été balancés pendant 30 ans tous les déchets radioactifs des expériences de destruction atomique militaire et civile. Tout ce qui n'était pas balancé en mer méditerranée. "Zone chaude" inaccessible sans équipement de protection... et encore. Aucun être humain ne peut sans risquer sa vie s'en approcher.

Le terrible aussi, précise la femme, c'est comment "les ingénieurs et chercheurs sont intégrés à l'idéologie de la supériorité de leur fonction", de leur "race" œuvrant pour le "bien du progrès et de l'humanité". Comment, à chaque instant, "par séminaires, stages intensifs et autres formations interne d'entreprise on nous apprend à assimiler un discours de défense et grandeur du nucléaire. Comment on nous fait répéter des mises en situation face à une population qui pourrait soit poser des questions gênantes soit tenir un propos hostiles". Et de préciser : "on nous apprend à manipuler". Et c'est d'autant plus facile lorsqu'on nous rabâche que c'est pour la "grandeur du pays". Une "fanatisation" telle celle que la dictature nippone distillait à ses kamikazes.

Plusieurs heures d'échanges ininterrompus et fructueux qui brisent un peu l'omerta et la domination du pouvoir sur l'esprit. Une réunion pour le bien commun de l'humanité.