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9h00 – C’est le départ de Saint-Paul les Durance. L’air matinal se réchauffe très vite aux rayons de l’astre. Nous sommes en Provence, région qui devrait et pourrait subvenir, naturellement, à ses besoins électrique et de chaleur, sans la destruction atomique.

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Le groupe de marcheurs et marcheuses franchit le canal de la Durance. De nouvelles personnes ont rejoint le groupe. La longue descente vers le Pont Mirabeau, lieu de passage entre Bouches-du-Rhône et Vaucluse, est amorcée. Des automobilistes saluent d’un coup de klaxon les antinucléaires. D’autres manifestent leur soutien par un pouce levé en l’air. Il y a peu de monde sur les routes ce matin, nous sommes samedi et la plupart des habitants doit s’autoriser une grasse matinée.

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Il y a quelques heures, en pleine nuit du 26 avril 1986, à 1 h 24 mn, le réacteur n° 4 de la centrale nucléaire ukrainienne de Tchernobyl explosait. Le début de la catastrophe nucléaire pérenne commençait au cœur de l'Europe. Aujourd’hui, après l’évacuation de la population de toute la région et les terres devenues impropres à toute culture, toute vie, toute résidence : le premier sarcophage de béton qui enveloppe la centrale doit être doublé d’un second sarcophage. Le premier est usé et ne limite plus la diffusion des radiations mortelles. Le second en cours de construction, dont les mastodontes français Bouygue et Véolia bénéficient du contrat de construction, est déjà considéré comme incapable d’empêcher la contamination radioactive extérieure. Et déjà plus de un million de morts victimes des radiations et retombées radioactives (source : « Académie des sciences de New-York). Et ce n’est malheureusement pas fini.

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10h00 - Le rond-point symbole de la jonction entre Bouche-du-Rhône/Var/Alpes-de-Haute-Provence/Vaucluse est atteint. Un arrêt qui est l'occasion d'interpeller les automobilistes qui filent vers Aix-en-Provence ou se dirigent vers le Vaucluse.
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10h30 – La longue remontée vers le Vaucluse est en cours. Raide. Les mollets se mobilisent pour accrocher la pente. Point de mire : le petit village de Mirabeau.

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Une halte permet d’échanger avec quelques habitants et de se détendre les muscles quelques peu sollicités depuis près de deux heures. L’air est doux sous le platane et au pied de la fontaine de la place du village. On aurait presque envie de replonger dans le sommeil ou de s’alanguir quelques instants.
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Mais le temps est venu de quitter les lieux et de reprendre le chemin.

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11h30 – Bien que la route soit à présent épuisante sous la chaleur installée, la détermination des marcheurs ne faillit pas. D’autant qu’un groupe de 5 personnes vient de se joindre à eux.

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Direction La Bastidonne, village de vignes et de fermes qui sera atteint une heure plus tard. Ici c’est la domination sociale-démocrate depuis des décennies. On s’installe pour la halte du repas mais l’accueil des élu-es est pour le moins surprenant. 

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13h00 - Changement du tout au tout avec l’élue de la veille à Vinon. Ici, la 1ère adjointe* se veut menaçante : « Vous ne pouvez rester ici » et, accompagnée d’un « homme de main », tente de se prévaloir d’un statut bureaucratique pour tenter de chasser les antinucléaires du lieu. Pourtant pas moins de 3 courriers ont été adressé au maire du lieu l’informant de la halte dans ce village et le besoin d’avoir un point d’eau, la proposition d’une rencontre aussi pour présenter les arguments pour l’arrêt immédiat du nucléaire. Plusieurs appels téléphoniques aussi la semaine passée. « Oui mais si on ne vous a pas répondu c’est que… vous ne pouvez pas être là » assène l’élue. La monarchie est de retour ! Nous sommes les maîtres des lieux et vous, simple citoyen de passage, devez montrer patte blanche et vous soumettre. S’engage alors l’affirmation par les antinucléaires que l’espace public est… public. Un espace citoyen dont une municipalité ne peut s’octroyer et se réserver l’usage privé selon son bon vouloir. Les marcheurs revendiquent leur statut républicain face à une attitude d’hostilité et leur droit de cohabiter dans l’espace public… d’ailleurs désert. L’incident est clos, l’élue bat en retraite, les antinucléaires demeurent là. La Résistance réussie.

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14h00 – Après le repas, un moment musical. Les nouveaux marcheurs et marcheuses venues de Sisteron (Alpes de Haute-Provence) se mettent à la guitare, au xylophone et à la voix. Un vaste répertoire de chansons de luttes, d’amour et d’espoir emplit l’espace. Voilà la meilleure des réponse à l’autoritarisme et au despotisme local.

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Une nouvelle fois la gendarmerie vient faire son travail de renseignement politique. Qui est le "chef" ? Que faites-vous ? Où allez-vous ? Le ton est plus courtois que la veille - le grade augmente - mais le travail reste le même. Les numéros des véhicules sont relevés, des prénoms ou des noms compilés dans le carnet. Ils jaugent, ils évaluent, ils soupèsent le citoyen. Il recherche aussi le militaire - celui du plateau d'Albion - qui, hier, devant le site nucléaire de Cadarache, a osé se manifester en opposant au nucléaire.

Les antinucléaires s’égaillent dans le village à la rencontre des habitants, tracts en main. Ce soir a lieu le premier ciné-débat accueilli par une ferme amie, à quelques kilomètres à peine du centre nucléaire de Cadarache.. Merci à eux.
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20h30 – Le chapiteau sous toile s’est empli peu à peu. Mais un incident technique perturbe la projection. Dommage car 3 grandes lettres auraient pu s’afficher en grand sur la toile : « R.A.S », rien à signaler. C’est ce qu’exige de fait les directions des centrales nucléaires de la part des ouvriers et techniciens en charge des réparations des réacteurs mis à l’arrêt. La plupart des intérimaires, des nomades qui vont de centrales en centrales. Inscrire « rien à signaler » sur les rapports de travail même si des dysfonctionnements existent, si des fissures et systèmes sont inopérationnels ou risque de défaillir et lâcher. C’est que ça coûte cher l’arrêt d’une tranche de réacteur, l’évacuation de l’uranium usé et plus suffisamment exploitable, les inspections à effectuer sur l’ensemble des installations, les réparations. Chaque minute de gagnée est une minute de rentabilité du capital. La pression, toujours la pression, on presse le citron qu’on jettera de toute manière car celui-là ou l’autre aura dépassé la dose de radioactivité mortelle qui sera ponctuée en premier par une maladie, un cancer, une leucémie. Ce film prend aux tripes. Les témoignages des travailleurs, de ces voix sacrifiées, sont insoutenables. Oui le nucléaire broie, tue, contamine et ment.

Le film n'a donc pas pu être projeté mais les présents ont souhaité que la discussion ait lieu. Le besoin de parole s’impose, les premières réactions se manifestent. Le débat et les échanges vont se prolonger tard dans la nuit. Des explications, des révélations, des informations souvent inconnues du public circulent. Dans l’assistance, chacun-e cerne un peu mieux le danger du nucléaire. Et l’urgence d’y mettre un terme immédiatement. Pas dans dix ans, pas dans vingt ans… La nuit est tombée depuis longtemps déjà, chacun regagne son chez soi.

* du moins elle se présente ainsi mais quelques heures plus tard une autre élue 1ère adjointe elle aussi se présente. La Bastidonne seule commune de France a avoir deux 1er adjoints ?Une petite usurpation de fonction élective ?