__

Un séisme de magnitude 5 a été ressenti ce lundi soir à 21h29 dans les Alpes-du-Sud, les Alpes-Maritimes, les Bouches du Rhône, l'Isère, la Savoie et l'Italie. Une réplique a eu lieu deux minutes plus tard,  mais cette fois-ci de Magnitude 1,5 sur l'échelle de Richter.

La plus forte secousse a été très nettement ressentie à Briançon, Serre Chevalier, Vallouise, L’Argentière-la-Bessée, La Roche de Rame, Réotier, Guillestre et dans toutes les Hautes Alpes. L'épicentre a été localisé par les services du Rénass entre Vars (Hautes Alpes) et Barcelonnette (Alpes de Haute Provence). A 22h50, on peut le situer plus précisément dans les Alpes-de-Haute-Provence à 3 km de Saint-Paul-sur-Ubaye dans la vallée de l'Ubaye.

CAN84_l-epicentre-du-seisme-se-situe-entre-embrun-et-barcelonnette.jpgTrente minutes après la secousse, le Centre opérationnel départemental d’incendie et de secours (Codis) des Hautes-Alpes avait déjà enregistré 200 appels. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, 50 sapeurs-pompiers étaient engagés pour des opérations de reconnaissance. « On intervient pour des dégâts matériels, des cheminées, des tuiles tombées, mais pas de victimes pour le moment », précise-t-on au Codis 04. Les opérations se concentraient dans la vallée de l’Ubaye même si la secousse a été ressentie dans tout le département, et aussi « dans les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône ».

Selon la préfecture des Alpes de Haute Provence, "un séisme d'une magnitude de 5 sur l'échelle de Richter et à environ 5 km de profondeur a été enregistré le lundi 7 avril à 21 h 27 dans les Alpes-de-Haute-Provence. L'épicentre est situé à 18 km au nord ouest de Barcelonnette. La secousse a été ressentie dans une grande partie du département et de la région PACA. Les gendarmes et les sapeurs-pompiers du département sont actuellement sur place pour des reconnaissances. A ce stade, on note uniquement quelques dégâts matériels dans le secteur de Barcelonnette, Jausiers, La Condamine, Meyronnes, Faucon-de-Barcelonnette. Aucune victime n'est à déplorer à cette heure. Les autorités informent que des répliques sont encore possibles".

La magnitude du séisme est encore en cours d'analyse, certains instituts de mesure donnant 4,8, d'autres jusqu'à 5,19 sur l'échelle de Richter. Des répliques ont également été enregistrées à 22h22 et 22h39. Elles étaient de plus faible intensité, 1,6 et 1,8 sur l'échelle de Richter et leur épicentre était situé un peu plus à l'Est de l'autre côté de la frontière au niveau de Sestrières puis Giaveno. Les chercheurs du laboratoire Isterre sont mobilisés.

CAN84_seisme-repliquesjpg.jpgEn raison de sa magnitude, le séisme de cette nuit risque de générer des répliques et de réactiver les essaims actuels et passés. De nombreuses répliques se sont effectivement produites et continuent à se produire. La plus forte (M=2,2) a eu lieu à 2 h 25 ce matin. Ces répliques, jointes à une éventuelle activité de type essaim, vont se poursuivre pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. "On ne peut exclure l'occurrence de répliques de magnitude 3, voire 4." précise les spécialistes.

Selon le réseau Sismalp , c’est - jusqu'à présent - en moyenne tous les 15 à 20 ans qu’un séisme atteint la magnitude 4,8 dans le grand quart sud-est de la France. Comme antérieurement la région n'avait aucun site nucléaire d'implanté en son sein les dégâts même importants n'avaient pas la même implication géographique et humaine qu'aujourd'hui.

Tout le sud-est provençal et rhône-alpin touché

A Jausiers dans les Alpes-de-Haute-Provence, les habitants ont été incités à sortir de chez eux par la sous-préfecture, de peur des répliques qui pourraient survenir. Beaucoup de gens restent enfermés dans leur voiture en attendant la suite... « des cheminées ont décroché, surtout dans le centre du village où la circulation a été coupée. Des habitants ne souhaitant pas rentrer chez eux, la salle polyvalente conçue selon les normes antisismiques pourrait les accueillir. » On imagine l'horreur qui adviendra si le site nucléaire de Cadarache est touché.

D'autres inquiétudes se sont manifestées à La Condamine-Châtelard et Saint-Paul sur Ubaye, plus proches de l’épicentre : « : « Nous avons ressenti une forte secousse. Cela a duré dans les 3 à 4 secondes. J’ai longtemps habité au Rwanda, et j’ai l’habitude des secousses sismiques. Celle-ci était vraiment violente » a précisé l'ancien maire de la commune.

CAN84_les-chercheurs-du-laboratoire-isterre-sont-mobilises-ce-soir-apres-le-seisme-photo-le-dl-christophe-agostinis.jpgA Crévoux, séparé de l’épicentre par le Parpaillon, les Crévolins ont ressenti une forte secousse, comme rarement. "Ça a duré 10-12 secondes", raconte un couple habitant au hameau La Chalp, à 1700 mètres d’altitude. "C’est plus long que le dernier, qu’on avait ressenti en décembre dernier. Et plus bruyant que celui de février, il y a deux ans. Ca a fait comme un avion qui dépasse le mur du son. Depuis hier soir, il y a eu une vingtaine de répliques."

De nombreux témoignages ont afflué : "A Chorges nous avons ressenti un léger tremblement de terre. Pas de dégâts apparents mais un grondement venant du sol et les maisons ont bougé de gauche à droite, certains meubles ont également vibré. Cela a duré entre 10 et 20 secondes. Cela s’est ressenti dans une ligne de Gap vers Chorges."; d'autres : "Il y a eu un bruit, comme un éboulement. Ça a vibré. Nous avons eu peur".
Dans les Alpes-Maritimes, le Codis a recensé 600 appels dans les 30 minutes qui ont suivi la secousse, a confirmé un officier mardi matin.

CAN84_sismographe.jpgBien que localisé dans les Alpes du Sud, le séisme de magnitude 5 a été resenti bien plus au Nord. Jusqu'en Haute-Savoie. Les sapeurs-pompiers ont reçu une quinzaine d'appels de témoins, persuadés que la terre avait tremblé près de chez eux. La plupart des témoins habitaient le bassin annécien (Annecy, Annecy-le-Vieux, Meythet,...) et certains ont fortement senti le sol trembler: "Les portes, les meubles et les lustres ont bougé, témoignait ainsi une habitante du centre-ville d'Annecy. Alors que les sapeurs-pompiers ne trouvaient aucune trace d'un séisme local, la faille du Vuache, responsable des séismes d'Epagny en 1996 et en 2011 étant restée inactive, c'est donc bien le séisme des alpes du Sud qui a fait trembler le sol de Haute-Savoie, à 21h30. La terre a également tremblé au centre de Chambéry (Savoie).

Silence radio du lobby nucléaire

Comme à l'accoutumée, les dirigeants des installations nucléaires n'ont rien à déclarer, n'ont rien vu, rien ressenti, rien constaté.

Il est vrai qu'après la catastrophe de Fukushima au Japon, la gestion de la communication auprès des populations est devenue cruciale pour le lobby. "Il faut gérer deux crises en même temps, qui peuvent amener parfois à des réponses contradictoires à apporter à l'une et à l'autre, expliquait en 2012 le préfet. Il faut peser clairement le pour et le contre, lorsque l'on décide par exemple de confiner la population ou de procéder à son évacuation."  Aveu de taille : " l'exercice a révélé que des procédures bien huilées ne le sont plus, que les habitudes ne sont pas adaptées", expliquait, en son temps le maire de Vinon en précisant : "la sirène de Cadarache n'est pas audible partout."

Pourtant dans un rapport publié le 3 janvier, l'ASN n'hésitait pas à affirmer qu'il existe un niveau de sûreté suffisant pour ne demander l'arrêt d'aucune des installations nucléaires mais... toutefois avouait elle aussi que " leur robustesse face aux situations extrêmes doit être améliorée". Depuis, à Cadarache, les évaluations sont en cours et les travaux préconisés dépassent la vingtaine de millions d'euros (au bas mot). Alors, on verra bien plus tard d'autant que sécuriser une installation nucléaire en cas de tremblement de terre c'est un peu comme faire une omelette sans casser les oeufs... (1)
 
__

* sur le site de Sismo-Azur, il est possible de suivre en temps réel les répliques du séisme de magnitude 5 ressenti lundi soir sur une carte.

(1) extrait du compte-rendu de l'exercice de crise "séisme" de 2012 : "Cela permet de... réaliser qu'en définitive, on est très vulnérables. Même si on est préparés, on se rend compte qu'une conjonction d'événements comme ce qui est arrivé à Fukushima peut nous mettre dedans", conclut le maire. Selon les bilans de fin de journée, l'incident aurait, d'après Thierry Winter du BRGM, causé sur toute la zone des dommages matériels sur plus de 3 500 bâtiments – dont 185 entièrement détruits – privant 10 300 personnes de logment, causant la mort de 99 personnes et blessant 700 habitants, dont 120 gravement. Aucun vent n'ayant balayé la zone, aucune répercussion radioactive n'a été enregistrée hors du centre de Cadarache. "C'est un peu comme avec Tchernobyl, ironise son maire, on imagine peut-être que le nuage (radioactif) s'arrête aux frontières des Bouches-du-Rhône !"