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Tout s'aggrave encore un peu plus à Fukushima depuis le début de la catastrophe nucléaire du 11 mars 2011. Les responsables de la centrale en perdition viennent d'annoncer avoir constaté une nouvelle augmentation vertigineuse de césium radioactif.

2013-07-07_fukushima-radioactivite-ocean.jpgDes prélèvements effectués le 8 juillet 2013 dans l'eau souterraine à 25 mètres de la mer présentent une contamination de 9 000 becquerels de césium 134 par litre et de 18 000 becquerels de césium 137. Trois jours avant la contamination était de 99 becquerels/litre en Césium 134 et 210 becquerels/litre en Césium 137. Le contamination est donc multipliée, dans ce court laps de temps, 91 fois dans le premier cas et 86 fois dans le second.

L'exploitant nucléaire avoue être incapable d'en dire plus tant l'impossibilité à maîtriser le désastre se confirme chaque jour :  "Nous ne sommes pour le moment pas en mesure de dire si l'eau contaminée s'écoule ou non dans la mer".

Le 5 juillet, Tepco avait déjà découvert au même endroit un niveau phénoménal d'autres éléments radioactifs, en l'occurrence une quantité de strontium 90 et d'autres éléments produisant des rayons bêta, de 900 000 becquerels/litre. Le 8 juillet, le niveau de ces substances était à peu près identique, 890 000 becquerels/litre, soit plusieurs milliers de fois le plafond admis pour l'eau de mer.

2013-07-07_japon-radioactivite-fukushima-tokyo.jpgTepco avait expliqué que le point de prélèvement se situe là où passe un tuyau et où s'étaient déversées de grandes quantités d'eau contaminée le mois suivant la catastrophe nucléaire, soit en avril 2011. Cela n'explique toutefois pas l'augmentation soudaine des quantités de césium car si du combustible a fondu dans trois des six réacteurs du site (d'où la présence de nombreux éléments radioactifs alentour)  l'augmentation laisse supposer l'existence d'une réaction en chaîne non-contrôlée.

Lors de l'explosion des réacteurs nucléaires des 11 et 12 mars 2011, la mer a subit l'essentiel du panache aérien radioactif déporté vers l'océan. Pas moins de 27 000 téra becquerels rien que pour le césium 137 ! De mars à juillet 2011 la majeure partie de l'eau utilisée pour refroidir les réacteurs y a été aussi rejetée et les fuites persistantes sur les installations détériorées génèrent des conséquences sanitaires et écologiques de très grandes ampleur. Le 21 mars 2011, un niveau de radioactivité élevé est constaté en mer près de la centrale : les taux d’iode 131 et de césium 134 sont 126,7 fois et 24,8 fois plus élevés que la propre norme japonaise. Le lendemain (22 mars 2011), à 100 m au large de la centrale le taux d'iode est 131 encore 126,7 fois supérieurs aux normes fixées (à 0,04 Bq/cm³) par le gouvernement japonais1 et le césium 134 es 24,8 fois plus présent que le niveau "normal".

2013-07-07_CAN84_courants-marins_surface-profondeur_2.jpgLes produits de la mer tout comme ceux des installations aquacoles du littoral Est sont ainsi contaminés* . La bioconcentration importante des radionucléides se retrouve dans toutes les espèces. Les algues stockent 10 000 fois plus que certains poissons déjà très contaminés par l'eau de mer. Le Japon a localement interdit la pêche sur 20 km autour de la centrale mais à osé par la suite (fin août 2012) limiter cette interdiction à seulement 5 km. Pourtant le 9 septembre 2011, l'Agence japonaise de l'énergie atomique avait reconnue que la pollution du pacifique en mars-avril avait été sous-estimée (volontairement?) d'un facteur 3.

Ce sont 15 térabecquerels de césium 137 et d'iode 131 qui auraient ainsi pollué le Pacifique du 21 mars au 30 avril 2011 avec une diffusion dans le Pacifique pour des années ( jusqu'en 2018 selon une modélisation hasardeuse). Jusqu'à fin juillet 2011 les concentrations sont restées plus élevés qu'attendues prouvant qu'il y a eu des fuites non maitrisées provenant des réacteurs ou d'autres sources contaminantes (relargage à partir des eaux souterraines et de sédiments côtiers ?) Ainsi en juillet, les niveaux de Césium 137 dépassaient toujours de 10 000 fois ceux mesurés avant l'accident (en 2010) au large du Japon.

Fukushima_les-rejets-de-cesium-137-dans-le-milieu-marin.jpgDu Césium 134, qui n'était pas détectable dans le biote du Pacifique avant l'accident de Fukushima, est maintenant détecté et démontre la diffusion des rejets dans l'océan et que le césium particulaire issu d'un panache de pollution perdure longtemps dans les couches supérieurs de l'océan. La contamination des thons rouges du Pacifique qui migrent du Japon aux États-Unis, via le Courant de Californie est avérée. Le césium 134 radioactif se concentre dans les organes mous, dont le foie et les muscles. Déjà fin 2011 les muscles blancs de thons provenant des abords du Japon contenaient du césium 134 (0,7 ± 0,2 Bq/kg en moyenne) et encore plus de césium 137 (2,0 ± 0,5 Bq/kg).

Des lottes pêchées le 1er août 2012 au large de la centrale (20 km) révèlent un taux de 25 800 becquerels de césium par kilogramme, soit 258 fois plus que la limite fixée par le gouvernement.

La France touchée par Fukushima

Météo-France a réalisé une modélisation de la dispersion des rejets radioactifs dans l'atmosphère, en prenant le césium 137 comme élément représentatif. Il en ressort que l'hémisphère nord a été concerné. Le panache s'est déplacé d'ouest en est. Il a atteint la côte Ouest des États-Unis le 16 mars 2011, puis la côte est entre le 18 et le 19 mars. Les polluants ont atteint les Antilles françaises à partir du 21 mars et Saint-Pierre-et-Miquelon à partir du 23 mars. Toutefois les concentrations étaient trop faibles pour que les sondes du dispositif de mesure du rayonnement ambiant détectent le passage182.

2013-07-06_Japon_catastrophe-nucleaire_nuage_Fukushima_impact-monde-France.jpgÀ partir du 22 mars, le panache aborde le nord de la Grande-Bretagne puis les pays scandinaves où de l’iode 131 a été mesuré dans l’air à Stockholm, Umeå et Kiruna en Suède (concentration à 0,30 mBq/m3), ainsi qu’en Finlande (1 mBq/m3). Le panache redescend ensuite sur l'Europe continentale et atteint la France le 24 mars où de l'iode 131 est mesuré à des concentrations variant entre quelques dixièmes de mBq/m3 et quelques mBq/m3. Du césium 134, du césium 137 et du tellure 132 ont également pu être détectés à des concentrations de quelques centièmes de mBq/m3183. Dans la dernière semaine de mars, le panache s'est ensuite déplacé vers l'Asie, où des concentrations similaires à celles en Europe ont pu être mesurées en Chine et en Corée.

Parmi les contaminants, les isotopes radioactifs du césium (césium 137 et césium 134) subsisteront durablement dans l’air, probablement sur plusieurs mois, avec des concentrations baissant progressivement. (Toutefois l'IRSN continue à juger inexistant le risque pour la santé pour des personnes exposées à cet air pollué car  les concentrations en Europe ou en Asie seraient trop faibles).

Mort du directeur de la centrale nucléaire

Masao Yoshida - 58 ans - directeur de la centrale Fukushima Daiichi au moment de l’accident en mars 2011, est décédé ce mardi des suites d’un cancer de l’œsophage. Il avait subit des radiations de 70 millisieverts lors de l’accident et depuis son départ de la centrale six mois plus tard en novembre 2011.

2013-07-06_masao-yoshida-ancien-directeur-Fukushima.jpgMasao Yoshida avait refusé d'appliquer certains ordres venus directement du siège de Tepco à Tokyo notamment celui d'arrêter l’opération de refroidissement des réacteurs par l’eau de mer pour des raisons économiques et tenter de préserver l'exploitation financière ultérieure de la centrale nucléaire.

* Le Césium gagne le fond avec la pluie de phytoplancton mort (Neige marine) et les pelotes fécales sécrétées par le zooplancton180, mais peut aussi être localement remontée par le zooplancton ou par des courants de type upwelling (où l'on trouve généralement le plus de poissons) ou circuler via le réseau trophique. L'absorption du césium par le plancton peut considérablement allonger son temps de suspension avant la sédimentation.

nota : le temps de demi-vie correspond à la période radioactive, durée nécessaire pour que la moitié (50%) des noyaux radioactifs d'une source se soient désintégrés. La demi-vie est la durée en deçà de laquelle on a encore 50 % de radioactivité mortelle restante.  Le terme demi-vie est souvent mal interprété : deux demi-vies ne correspondent pas à la vie complète du produit mais à 50% + 25% (50% des 50% restant) + 12,5% (50% des 25% restant) + 7,5% (50% des 12,50% restant)+ 3,75% (50% des 7,5% restant) +1,85% (50% des 3,75% restant) + 0,92% (50% des 1,85% restant) + 0,46% (50% des 0,92% restant)+ 0,23% (50% des 0,46% restant)+ 0,115% (50% des 0,23% restant)+ 0,06% (50% des 0,115% restant) + 0,03 (50% des 0,06% restant)+ 0,015 (50% des 0,03% restant)+ 0,007 % (50% des 0,015% restant)+ ...