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Monsieur Vernaz,

Ayant assisté au débat qui vous opposait à Monsieur Pierre Péguin, ce vendredi 31 mai 2013 à Tavel, à l’initiative de l’association « Les jardins d’Epicure » sur le thème : « Nucléaire, mythes et réalités » que je remercie pour ce débat contradictoire, j’ai été atterré par le niveau de votre prestation.

Votre présentation a, malheureusement, la même odeur que toutes les interventions dans l’espace public de soi disant experts ou scientifiques, qui, du fait de leurs travaux et compétences dans leur discipline, se croient autorisés à parler de tous les sujets, avec aplomb et autorité, alors qu’ils n’en connaissent pas plus, si ce n’est moins, que n’importe quel citoyen qui fait l’effort de s’informer.

Après une théorie de contrevérités concernant dans le désordre : l’expansion du nucléaire dans le monde, le moindre coût de l’électricité nucléaire, quand vous appelez « investissements » les coûts de maintenance ou ceux du renforcement de la sécurité, « heureusement » rendu nécessaire par les « retours d’expériences des accidents majeurs », vivement le prochain (!,), vous voilà à présent tenu par le lobby de nous y préparer. Car, le prochain accident majeur risquant fort de se produire dans l’hexagone, voilà que vous y allez de votre couplet sur la radioactivité naturelle en regard des normes -largement surévaluées prétendez-vous !- des doses acceptables, affirmant qu’en deçà de 100 mSv l’innocuité est totale. Vous n’avez pas osé, actualité du Niger oblige, nous infliger l’argument de l’indépendance énergétique, ouf ! Rendons en grâce à notre nouveau Ben Laden, Mokhtar Belmokhtar !

Vous nous avez par contre asséné le lieu commun habituel sur l’augmentation de l’espérance de vie.

Mais de quelle vie s’agit-il ? Vous le reconnaissez vous même en vantant les bienfaits de la médecine nucléaire, il s’agit de la « malvie » celle des malades, des dépendants, des grabataires. Puisque vous êtes friand de sources en voici une sur le site de l’INSEE :

http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/default.asp?page=dossiers_web/dev_durable/esperance_vie_et_vie_bonne_sante.htm

On y lit en effet que l’espérance de vie en bonne santé commence à décroître. Autrement dit, les français chanceux, nés avant les années 50 qui, pendant leur croissance, ont connu une alimentation dépourvue de pesticides et d’engrais de synthèse, ont échappé à la contamination des essais nucléaires militaires, et sont de plus assistés par cette médecine moderne qui traite les cancers, prolonge la vie, -même contre la volonté des malades-, ceux-là ont effectivement vu leur espérance de vie augmenter. Mais la courbe va bientôt s’inverser car, malgré cette assistance médicale, l’espérance de vie en bonne santé commence à décroître. De plusles« progrès » des techniques prénatales, forçant la naissance d’enfants qui, au siècle avant dernier seraient morts nés ou en bas âge, ont abouti à une augmentation tout à fait artificielle de l’indicateur « durée de vie ». Cet indicateur n’étant qu’un indicateur, un scientifique sérieux s’abstient d’en tirer des conclusions hâtives.

Concernant l’impact des accidents majeurs sur la santé, vous citez l’OMS comme source indiscutable. Or, sur ces sujets, l’OMS est tenue par l’AIEA, à la « confidentialité », depuis l’accord signé le 28 mai 1959 :

Texte de l’accord :

http://fr.wikisource.org/wiki/Accord_entre_l%E2%80%99Agence_Internationale_de_l%E2%80%99%C3%89nergie_Atomique_et_l%E2%80%99Organisation_Mondiale_de_la_Sant%C3%A9

Je vous rappelle donc quelques fondamentaux à propos de l’AIEA :

Fondée en 1957 et basée à Vienne, elle cherche à promouvoir les usages pacifiques de l'énergie nucléaire et à limiter le développement de ses applications militaires.

L'OMS possède une réelle expertise sur Tchernobyl mais est liée par cet accord avec l'AIEA en ce qui concerne les communications publiques. Les dommages génétiques causés par Tchernobyl ne peuvent, par exemple, être cités par l'OMS sans consultation de l'AIEA. Ainsi, en 1995, les actes d'un colloque organisé par l'OMS réunissant plus de 700 médecins étudiant les effets de la catastrophe de Tchernobyl, ont tout simplement été censurés. Les explications de l'attitude de l'OMS sont les suivantes :

  • Depuis la signature de l’accord du 28 mai 1959, l'AIEA surveille toutes les recherches sur les risques médicaux entraînés par l'utilisation commerciale de l'énergie nucléaire, en lieu et place des organisations de médecins indépendants.

  • L'accord entre l'OMS et l'AIEA de 1959 implique que tous les projets de recherche dont les résultats pourraient limiter la croissance de l'industrie nucléaire ne pourront être menés par l'OMS que si elle « collabore » avec l'AIEA.

  • L'accord entre l'OMS et l'AIEA de 1959 implique dans son article 3 que L'OMS et l'AIEA reconnaissent qu'elles peuvent être appelées à prendre certaines mesures restrictives pour sauvegarder le caractère confidentiel de certains documents.

  • L'AIEA est la seule institution qui dépend directement du Conseil de Sécurité de l’ONU. Elle a donc préséance sur l'OMS.

Voilà pourquoi les sources dont vous vous gargarisez n’ont aucune valeur. Mais il est vrai que les médecins vous font des « standing ovation », et, cela, c’est un bon critère scientifique.

Ne parlons pas de nos académiciens des sciences ou de médecine qui vivent constamment dans le conflit d'intérêt.

Il n’y a aucune étude sérieuse en France, concernant, par exemple, l’impact sur la santé des populations autour des centrales.

En effet, « l'étude publiée dans le British Medical Journal par Dominique Pobel et Jean-François Viel (à proximité de La Hague), est bien faite, mais l'effectif de l'échantillon est malheureusement trop faible pour permettre une réelle analyse de tous les facteurs étudiés. Si l'étude a été bien menée, il semble que les résultats en aient été surinterprétés. L'hypothèse soulevée reste intéressante et mérite d'être approfondie, même si elle n'est soutenue que par peu d'études » écrit Élisabeth Cardis dans la Recherche :

http://www.larecherche.fr/actualite/aussi/trop-leucemies-autour-hague-peu-vraisemblable-01-09-1997-87919

L'absence d'études « sérieuses » doit également être imputée au fait qu'il n'existe toujours pas de registres régionaux des cancers.

L’argument de validité des études financées par de l’argent public n’a bien entendu aucune valeur. C’est même le contraire. L’état français est pro nucléaire, toutes couleurs politiques confondues, depuis au moins Charles de Gaulle. Il ne finance donc que des études se devant d’affirmer l’innocuité du nucléaire.

Curieusement, l’Allemagne a des études qui constatent, elles, cet impact morbide autour des centrales :

http://www.bfs.de/de/bfs/presse/pr07/pr0711.html

Dernier lieu commun, plus grave celui là : le rapport « risque/ bénéfice » ( !) du nucléaire au regard de l’impact de la radioactivité sur la santé. Au delà de la méconnaissance, certainement voulue de votre part, des études sur les faibles doses, vous nous présentez un tableau où il n’est question que d’impact par irradiation, avec le marronnier de la radioactivité naturelle. Vous n’ignorez cependant pas que les plus gros dégâts provoqués par un accident nucléaire le sont par contamination : l’ingestion par l’organisme de substances dont les isotopes radioactifs, prenant la place d’atomes « similaires », irradieront de ce fait le vivant de manière permanente jusqu’à disparition du toxique au bout de sa durée de vie. Non, vous ne l’ignorez pas, mais votre salaire, manifestement, doit être suffisamment attractif pour ne vous faire voir, entendre et répéter que ce qui arrange vos employeurs, à savoir le CEA et le lobby nucléaire.

Votre argumentaire semble curieusement tout droit sorti du contre rapport du gouvernement japonais produit à Genève en réponse au rapport Grover présenté le même jour 27 mai 2013, sans doute le lobby nucléaire l’a-t-il inspiré, on y retrouve notamment vos chiffres sur la nocivité…

http://www2.ohchr.org/english/bodies/hrcouncil/docs/14session/A.HRC.14.20.pdf

http://www.ohchr.org/Documents/HRBodies/HRCouncil/RegularSession/Session23/A.HRC.23.41.Add.5_Rev.1_ENG.pdf

A noter que le rapport Grover tient quant à lui largement compte des études effectuées par de nombreux auteurs, notamment sur les faibles doses, vous trouverez leurs références au fil de la lecture.

Enfin, et cela n'a pu être évoqué lors du débat car ce n'était pas le cœur du sujet, j’avais étudié attentivement vos publications. J'y ai trouvé des erreurs de calcul, mais, au delà, et c'est beaucoup plus grave, des incohérences sur l’existence de substances très dangereuses produites chaque année par le parc nucléaire français... dont on perd complètement la trace ! Par ailleurs la vitrification s'avère à la lecture beaucoup moins performante que vanté .

Je vous joins un document reprenant toutes mes remarques sur votre travail, comme je m'y étais engagé.

J’avoue être très inquiet que des « scientifiques » comme vous soient (ir)responsables de notre avenir.

Je voulais enfin vous préciser que, malgré votre présentation powerpoint, le public (non CEA) a tout à fait apprécié la brillante présentation de Monsieur Péguin, dont les sources sont d'autant plus fiables qu'elles sont gratuites, contrairement aux vôtres ! Monsieur Péguin n’est payé par personne, il cherche à informer les gens. Vous êtes rétribué par le CEA pour propager des contres vérités.

J’attends que vous répondiez aux questions posées dans le document joint.

Salutations,

Gilbert Tallent

Document joint "Questions à Monsieur Etienne Vernaz" disponible ici :

Questions à Monsieur Etienne Vernaz